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L’aide psychosociale vue à travers les yeux d’Aïcha, survivante du conflit au Nigeria

STORY | 08 July 2021

Aïcha¹ a fui les conflits qui frappent la région de Maiduguri au Nigeria. Elle a trouvé refuge au Niger. Elle raconte son vécu et son combat pour surmonter les traumatismes.

« Ma vie entière était bouleversée. Je me sentais coupée de la réalité. Au moindre bruit, je sursautais. Toutes ces situations m’empêchaient de fermer l’oeil. Les nuits étaient longues, peuplées de cauchemars. J’avais des maux de tête quotidiens. Je ne voyais plus l’utilité de ma vie sur terre. »

Ce témoignage glaçant vient d’Aïcha, mère de 5 enfants, originaire d’un village proche de Maiduguri au Nigéria. Cette femme a été victime de plusieurs expériences extrêmement traumatisantes. Elle a trouvé refuge dans un village au Niger, dans la commune de Diffa, et a bénéficié d’un soutien en santé mentale grâce à un suivi psychosocial de groupe dispensé par les équipes de RESILAC.

Nous vous proposons de découvrir les étapes clés de ce programme à travers l’histoire d’Aïcha.

 

Une prise en charge psychologique indispensable

La région du Lac Tchad est confrontée à de multiples aléas socio-économiques, politiques, sécuritaires et environnementaux qui impactent de manière significative les dimensions familiales, sociales, et économiques. Notamment, les attaques fréquentes de groupes armés sont à l’origine de nombreux traumatismes.

Dans ce contexte d’intervention, la détresse psychologique très présente chez les individus, se manifeste fréquemment à travers des états de stress aigu, anxiété, dépression et stress chronique¹.

Pour venir en aide aux victimes, le projet RESILAC propose un accompagnement psychologique groupal aux personnes identifiées en détresse psychologique. En amont, dans chaque village, le programme est présenté aux chefs traditionnels : le cadre de l’activité, sa nature et son objectif. Le projet leur demande aussi leur permission pour intervenir au sein du village.

Au sein du groupe de parole d’Aïcha, plusieurs personnes ont vécu des expériences similaires. Les activités de soutien psychologique sont animées par les travailleurs psychosociaux, et suivent un projet thérapeutique qui vise à renforcer les ressources internes et externes (notamment grâce à l’approche de groupe), l’élaboration des deuils et la réduction des symptômes liés à l’exposition à des événements traumatiques.

 

Santé mentale : les étapes clés du processus de l’aide psychosociale

À chaque étape, le processus inclut non seulement un échange verbal, mais aussi des exercices de relaxation corporelle. À la grande surprise des encadrants, lors de la première rencontre, Aïcha prend spontanément la parole et raconte :

« Avant, au Nigéria, ma vie était pleine de joie. Mon mari s’occupait bien de moi, il était cultivateur de poivrons, reconnu dans le village. Je voyais mes enfants presque tous les jours. Mes petits-enfants passaient tout leur temps avec moi. Ils m’aidaient dans mon petit commerce de vente de fruits au détail ». Son comportement manifeste un sentiment de regret, elle parvient à faire quelques sourires chargés d’émotion entre ses phrases.

À la fin de l’entretien, les cliniciens concluent qu’Aïcha présente des signes de dépression et de stress post-traumatique. Elle a été victime d’événements d’une grande violence.

Suite à l’attaque de son village par des groupes armés, elle s’est sauvée avec ses deux petits-enfants : « Ils ont incendié le village… Je n’arrive pas à me souvenir comment, à partir de cet instant, je me suis retrouvée en-dehors du village avec mes deux petits-enfants. »  Aïcha est restée sans aucune nouvelle de son mari, de ses enfants et de ses coépouses.

Depuis, elle est triste, épuisée, à bout de forces. Elle explique qu’elle sursaute au moindre bruit, souffre de céphalées intenses et a un sommeil perturbé. Il lui arrive même de songer à mettre fin à ses jours.

« Le moment le plus difficile de ma vie, c’est lorsque j’ai vu mourir sous mes yeux mes deux uniques petits-enfants. Nous avions été contraints de nous déplacer dans des situations extrêmement difficiles avec quatre jours de marche sous une intense chaleur ; j’avais perdu tous mes biens aussi dans ce mouvement allant jusqu’à la mort survenue sous mes yeux de mes petits-enfants. Leur enterrement dans la précipitation sans rituel culturel digne d’un être humain, me fait mal jusqu’à présent. Parfois, je me demande pourquoi mon Dieu ne m’a pas prise à leur place. Cela a vraiment bouleversé ma vie. »

Aïcha raconte aussi avoir perdu ses deux parents à l’âge de 11 ans. À ce jour, elle n’a toujours pas de nouvelles de ses enfants, son mari et ses coépouses depuis qu’elle a quitté son village. Elle pense qu’ils sont également morts.

Malgré la succession de drames qui sèment son parcours, Aïcha parvient, au cours du processus, à explorer ses propres forces internes: « J’ai perdu tous mes biens… Mais avec l’aide des habitants de mon village d’accueil au Niger, et les invocations, les prières que je fais de temps à autre, j’arrive à me sentir mieux. »

Au moment de la clôture de l’accompagnement, les membres du groupe se préparent à se dire au revoir et partagent leur expérience personnelle dans le parcours thérapeutique proposé par le travailleur psychosocial.

À cette occasion, Aïcha décrit les améliorations qu’elle a ressenties depuis le début du programme.

« Ici, pour la première fois, je me suis sentie en famille avec de nouvelles personnes qui comprennent ma situation et qui sont prêtes à m’aider si besoin. Je n’ai jamais pensé que j’étais importante aux yeux des autres… jusqu’au jour où je suis arrivée en retard, et que j’ai vu que vous m’attendiez pour démarrer la séance ! Cela m’a beaucoup touchée. J’ai aussi compris que je n’étais pas seule dans cette situation : j’ai aujourd’hui des amis dans mon village d’accueil, des gens qui me comprennent pour avoir vécu aussi des situations presque similaires à la mienne. »

A la fin de son suivi de groupe, Aïcha présentait donc de nettes améliorations de son bien-être général. Par la suite, les travailleurs psychosociaux de RESILAC ont aidé les membres du groupe à consolider leurs acquis et leur capacité de résilience.

 

¹Le prénom a été modifié. La bénéficiaire souhaite rester anonyme et aucune photo d’elle ne sera publiée avec son témoignage.

Cet article a été publié pour la première fois ici

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