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France: Parcours d'intégration - Réussites et échecs en terme d'emploi et d'éducation

Dans le cadre d'une étude conjointe, 22 chercheurs de l’Institut national d’études démographiques (INED) et de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) ont scruté les vies de 8 300 immigrés issus de sept vagues d’immigration successives. Ils les ont comparées à celles de 8 200 de leurs descendants et à des Français non issus de l'immigration. Les résultats de leur 10 années de recherche ont été publiés ce 8 janvier 2016 sous le titre "Trajectoires et origines" et présentent une intégration "asymétrique".

Globalement, 55 % des descendants d’immigrés (ou immigrés arrivés avant 6 ans) sont aujourd’hui bacheliers. Ce qui place les deuxièmes générations, filles et garçons confondus, à 7 points des adolescents non issus de l'immigration, pour l’obtention de ce diplôme tellement symbolique. D’autres preuves du parcours d’intégration peuvent se lire dans les mariages mixtes qui concernent 67 % des fils et 62 % des filles d'immigrés, et autant de descendants des deuxièmes générations que des femmes de la population majoritaire à 40 ans.

Mais d'autres indicateurs viennent relativiser ces résultats. En effet, l’intégration économique des deuxièmes générations ne suit pas leur insertion sociale. D’abord, un diplôme n’a pas le même rendement pour un Français de lignée et pour un enfant d'immigrés. "Ayant plus de mal à s’insérer dans le monde du travail, ils acceptent plus souvent des postes déqualifiés et ensuite y progressent moins vite que leurs collègues qui ne sont pas issus de l’immigration", regrette la sociologue Christelle Hamel. "Les enfants d’immigrés sont partout confrontés à des discriminations. Ce qui est vrai dans la recherche d’un emploi l’est aussi pour le logement ou l’accès aux loisirs, insiste-t-elle. En fait, eux font le travail d’intégration. Mais quand la dynamique doit venir de la société française, là, les blocages apparaissent, regrette Patrick Simon.

Si l’intégration sociale est mieux réussie que l' intégration économique, l’étude de l’INED montre aussi qu'un groupe, très masculin, n’a même pas réussi son insertion sociale. Il s'agit des fils de Maghrébins ou de Turques qui cumulent les indicateurs d’exclusion à cause de leur échec scolaire massif. Plus d’un tiers d’entre eux n’ont aucun diplôme, pas même le diplôme national du brevet. A leur niveau d’éducation trop faible pour entrer sur un marché du travail s’ajoute leur relégation dans des quartiers fuis par les autres. Pour eux et pour les autres, les chercheurs recommandent une mise en place de politiques de lutte contre le racisme et les discriminations, afin de ne pas "stopper ce processus d’intégration, en marche, par ces assignations aux origines de leurs parents".

Cette étude a donné lieu à de nombreuses publications.

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