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International Partnerships

Quand les communautés centrafricaines s’emparent des problématiques d’assainissement

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Plus de 2,3 millions de Centrafricains ont besoin d'une assistance de base en matière d’eau, d’hygiène et d’assainissement (OCHA, octobre 2020). Les installations manquent pour couvrir les besoins de la population. De plus, beaucoup d’installations existantes ont été sévèrement endommagées lors des multiples crises qui ont touché le pays et doivent être réhabilitées.

C’est dans ce cadre que le Fonds Bêkou, Fonds multibailleurs de l’Union européenne pour la résilience de la République centrafricaine, finance le projet « Accès à l’eau et à l’assainissement de base » mis en œuvre par World Vision, Oxfam, JUPEDEC et Water for Good.

L’assainissement « pour » et « par » les communautés 

En matière d’assainissement, le gouvernement préconise l’approche Assainissement Total Piloté par les Communautés (ATPC). Elle permet aux communautés d’analyser leurs conditions sanitaires et de prendre conscience collectivement de l’intérêt de mettre fin à la défécation à l’air libre.

 « Maman Jeannette », une Centrafricaine d’une soixantaine d’année vit dans une des 110 Communautés choisies pour des activités d’ATPC. Marquée par la souillure de l’eau qu’elle consomme, elle a décidé de se construire des latrines : « La petite démonstration faite par l’équipe de sensibilisation qui nous a présenté un verre dans lequel il nous était montré de l’eau à la couleur des excréments pour nous dire qu’en principe chacun de nous a déjà consommé les déchets de l’autre nous a convaincus ».

David Dila qui habite à Ngaoundaye (Nord-Ouest du pays) évoque aussi les problèmes sanitaires : « Nos enfants souffraient de maladies de la peau comme la gale. » selon lui, les maladies d’origine hydriques ont sensiblement diminué depuis la construction des toilettes. Il met également en avant un autre avantage : « Nous sommes désormais épargnés des mauvaises odeurs dues à la défécation à l’air libre. Avant, il y avait des excréments partout dans le village parce que les populations n’avaient pas des latrines ». 

Son maire, Luc Belpki, explique comment le projet est venu aider sa commune « Dans le passé, la Mairie disposait d’un service d’assainissement ; malheureusement, le comité n’a pas pu durer faute de personnel et d’un manque de dévouement. ». Il précise qu’il est difficile pour les autorités locales « de sensibiliser la communauté, car non seulement ce n’est pas leur priorité mais en plus, elle s’énerve rapidement ».  Il se réjouit des résultats tangibles « Aujourd’hui je suis fier de ma communauté ; je peux le dire de vive voix que presque 90% de ma population dispose de latrines. D’ailleurs, à moi seul j’ai construit trois latrines ; étant Maire, il s’avère que je reçois beaucoup de gens ». 

Les latrines construites par « Maman Jeanette » dans le village de Bégatara © Bertrand Gailemas/World Vision

Construction de latrines dans les bâtiments collectifs

En plus des toilettes familiales, le projet a permis la construction de latrines dans les lieux collectifs telles que les écoles, les marchés, les gares routières et les formations sanitaires.

Ainsi, le centre de santé de la localité de Béboura 1, située à 33km de Paoua, a bénéficié de nouvelles latrines. René Ndakaya, 52 ans, chef du centre de santé explique le problème auquel ils étaient confrontés : « Le centre a été construit en 2001. Lorsque j’ai pris fonction ici en 2012, il se posait déjà ce problème de latrines car on en n’avait qu’une petite pour tout le centre. Hommes, femmes et enfants, tous allaient au même endroit. C’était difficile de l’entretenir, ce qui poussait certains usagers impatients à se soulager à l’air libre ; chose qui est mauvaise pour la santé. ».

Il se réjouit de l’installation d’un nouveau bloc à quatre portes : « On est maintenant fiers d’avoir des toilettes dignes de ce nom. Les patients n’auront plus à faire la queue comme avant. Même les populations environnantes préfèrent venir ici pour se soulager car c’est plus propre et mieux entretenu, et donc plus hygiénique. »

Un Bloc de latrine construit au centre de santé de Béboura 1, au nord-est de Paoua. © Monges Samba/Oxfam

Certification des villages

Parmi les villages qui se sont lancés dans l’approche ATPC, 47 villages sont certifiés Fin de Défécation à l’Air Libre (FDAL) dont 15 dans la Sangha M’Baéré, 6 à Ngaoundaye 8 à Bocaranga et 18 à Paoua.

Cérémonie FDAL dans le village Menkonga I de la Sous-préfécture de Nola © Serge Gazembeti

Dans ces villages, 50 blocs de latrines VIP ont été construits et équipés d’accessoires pour personnes en situation de handicap : rampes, mains courantes, sièges surélevés et dispositif des lavages des mains.