Français
  • English
International Cooperation and Development

Les filières agropastorales, tremplins de la croissance en RCA

Share on

En République Centrafricaine (RCA), les nombreuses crises militaro-politiques, qui se sont succédées de 2003 à 2014, ont fragilisé le tissu économique et augmenté la vulnérabilité de la population rurale.

Désireuses de donner un nouvel élan à l’économie du pays, les autorités centrafricaines ont identifié le développement du potentiel agropastoral comme stratégique au sein de leur Plan National de relèvement et consolidation de la paix (RCPCA). C’est ainsi que le Fonds Bêkou, Fonds Fiduciaire de l’Union européenne pour la Centrafrique, a choisi de soutenir ce secteur clé à travers son programme de développement rural.

Ce programme appuie plusieurs initiatives dont le projet « Yakakindayèrè » qui signifie « l’agriculture terrasse la pauvreté » en langue sango. Mené par Welthungerhilfe en partenariat avec les ONG ACTED, CONCERN et COOPI et plusieurs partenaires nationaux, ce projet promeut une dynamique de croissance durable et de création d'emplois à travers les chaînes de valeur porteuses dans 3 préfectures (Ombella Mpoko, Lobaye et Kemo) et dans la capitale, Bangui.

Soutien aux filières porteuses et à l’agroforesterie

L’ONG Welthungerhilfe focalise ses activités sur les groupements paysans à Bangui et dans sa périphérie. En 2019, plus de 57 hectares ont pu être emblavés grâce à la distribution auprès des membres de 14 groupements de 6 900 kg de semences d’arachide et de 1 380 kg de maïs ainsi que par la dotation en petits outils agricoles. Des groupements maraichers composés de 210 bénéficiaires dont 36 femmes ont également reçu semences et outils. Pour soutenir ces cultures, plus de 3 km de canaux d’irrigation ont été réalisés dans la zone de Bégoua. De plus, le projet a réalisé 60 creusages d’étangs piscicoles dans les zones de Macka, Sabo, Pétévo et Bégoua.

Avant, je travaillais traditionnellement sans connaitre les techniques culturales, mais avec l’appui de l’organisation, j’ai appris la culture des arbres à chenilles et le moringa
- Un bénéficiaire du projet en agroforesterie dans le village de Macka Sabo

Un accent important a été mis sur l’agroforesterie. Durant la 1ère année de mise en œuvre du projet, une superficie de 8 000 hectares a été plantée d’arbres agroforestiers avec la contribution de 420 jeunes (313 hommes et 107 femmes). Un des bénéficiaires de ce projet en agroforesterie dans le village de Macka Sabo témoigne de l’impact de ces nouvelles plantations « Avant, je travaillais traditionnellement sans connaitre les techniques culturales, mais avec l’appui de l’organisation, j’ai appris la culture des arbres à chenilles et le moringa ». Grâce à la vente des chenilles aux femmes commerçantes, la vente du moringa à des fins thérapeutiques mais aussi la vente de ses graines pour sa transformation en huile, il a vu sa situation changer : « Avec l’argent du commerce des huiles, j’ai pu acheter un terrain de construction et un champ de trois hectares pour me permettre de cultiver le maïs, manioc et de l’arachide pendant la saison pluvieuse ».   

Champ d’expérimentation des arbres à chenille
Champ d’expérimentation des arbres à chenille ©Martinien Wandoukou/ Welthungerhilfe

Dans les sous-préfectures de M’baïki et Damara, l’ONG COOPI a essentiellement accompagné les éleveurs. Ainsi, 100 éleveurs de porc, 50 aviculteurs, 50 éleveurs de caprins et 25 apiculteurs ont bénéficié de formations et de kits d’élevage. Un éleveur de caprins et de pintades dans le village Gbango à 55 Km de la ville de Bangui témoigne de ses difficultés à vivre de son métier : « Je suis né dans une famille d’éleveurs de caprins et dans le passé, il était difficile pour moi de bien entretenir mon élevage. Il y a eu une épidémie qui m’a causé une lourde perte et j’étais découragé. ». Il explique comment le projet lui a permis de relancer son exploitation : « j’ai été formé sur les bonnes pratiques d’élevage, j’ai reçu des kits (mangeoires, abreuvoir et pierres à lichée) et les médicaments de traitement de mes caprins. L’organisation a mis à ma disposition un médecin vétérinaire qui passe très souvent pour traiter les caprins et je crois qu’ils sont tous en bonne santé. Depuis lors, mon troupeau ne cesse de s’agrandir, de 17 à 49 [têtes] pour le moment. »

Éleveur des caprins en train d’alimenter son cheptel
Éleveur des caprins en train d’alimenter son cheptel ©Africain Amolo/COOPI
L’organisation a mis à ma disposition un médecin vétérinaire qui passe très souvent pour traiter les caprins et je crois qu’ils sont tous en bonne santé. Depuis lors, mon troupeau ne cesse de s’agrandir, de 17 à 49 têtes.
- Un éleveur de caprins et de pintades dans le village Gbango
Les techniciens vétérinaires de l’ONG COOPI déparasitent des caprins
Les techniciens vétérinaires de l’ONG COOPI déparasitent des caprins ©Africain Amolo/COOPI

Développement des infrastructures et de la microfinance pour soutenir les acteurs ruraux

Un important volet du projet consiste en la réhabilitation des infrastructures routières. Dans la Sous-préfecture de Boali, 4 ponts ont été réhabilités avec le soutien de l’ONG CONCERN.

Pont réhabilité dans le village de Zalingo
Pont réhabilité dans le village de Zalingo ©Africain Amolo/CONCERN

Les autorités locales se réjouissent de ces investissements à l’image du Sous-préfet de Boganangone : « La réhabilitation de certains ponts nous facilite le passage des véhicules mais aussi encourage les cultivateurs à multiplier leur production. Avant, l’écoulement des produits agricoles était difficile à cause des ponts impraticables et de la route accidentée, qui décourageait constamment les conducteurs de faire le trajet. ».

Dans la Préfecture de Kémo, et plus précisément dans les Sous-préfecture de Sibut et Dékoua, c’est l’ONG ACTED qui développe ce volet à travers l’approche THIMO (Travaux à Haute Intensité de Main d’œuvre). Ainsi, 829 personnes dont 414 femmes et 415 hommes ont été mobilisées sur les différents chantiers. En plus de la réhabilitation de ponts, les travaux ont réhabilité 187 kilomètres de pistes rurales et permis le curage des fossés. 

Sous-préfet (représentant de l’Etat) à Boganangone
Sous-préfet (représentant de l’Etat) à Boganangone ©Africain Amolo/CONCERN

Le Sous-préfet de Dekoa se réjouit de ces constructions « C’est grâce à ACTED que la circulation sur l’axe Dekoa-Mala est maintenue pour ne citer que le pont Kombélé à Dekoa centre, le pont Ouolo et la buse à Tilo. »

En plus des infrastructures routières, ACTED réhabilite ou construit 35 infrastructures post-récolte et 2 agropoles, en employant la main d’œuvre qualifiée locale. Les 21 magasins de stockage, 8 aires de séchage, 2 aires d’abattage, 2 Unités de Transformation et 2 Pharmacies vétérinaires bénéficieront aux groupements agropastoraux (GAP) et aux communautés locales ; via la mise en place de comités de gestion communautaires inclusifs.

C’est un immense plaisir de voir Dekoa se doter des infrastructures post-récoltes agricoles comme les agropoles, magasins de stockage et aires de séchage.
- Maire de Dekoa
Élargissement des pistes pour faciliter la sortie produits agricoles
Élargissement des pistes pour faciliter la sortie des produits agricoles ©Martinien Wandoukou/ACTED
Élargissement des pistes pour faciliter la sortie produits agricoles
©Martinien Wandoukou/ACTED

L’ONG s’est également engagée dans la réorganisation des Associations Villageoises d’Epargne et de Crédits (AVEC). Au sein de ces associations, les membres des GAP et de la communauté achètent des parts, s’accordent des prêts à court terme et cotisent pour un fonds de solidarité lors des réunions hebdomadaires. Tous ces mécanismes leur permettent de développer des activités commerciales en dehors des activités champêtres et de faire face aux coups durs de la vie. Depuis le lancement du projet, 30 AVEC nouvellement créées ont déjà achevé un premier cycle de 6 mois.