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Les femmes rebâtissent la République Centrafricaine

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La République centrafricaine est ravagée par de multiples crises qui ont mis à mal ses infrastructures essentielles. Afin d’améliorer l’environnement social et urbain des quartiers précaire de la capitale Bangui, des travailleurs ont été recrutés pour des «Travaux à haute intensité de main d’œuvre » (THIMO).

Cette approche THIMO a pour but de faire travailler localement un grand nombre de personnes non qualifiées ou peu qualifiées et de leur transmettre de nouvelles compétences tout en leur permettant de toucher des revenus indispensables pour subvenir aux besoins de leur famille. Depuis le lancement du Projet de Reconstruction Économique et Social en milieu Urbain (PRESU) en 2015, elle a permis l’embauche sur les chantiers de plus de 4 900 travailleurs dont 781 femmes. 

Malia Simadoro est l’une d’entre elles. Elle accompagne l’équipe de topographie sur le chantier de la voie numéro 15R. Une partie de son salaire l’aide à s’occuper des 10 membres de son foyer. Elle contribue également à une tontine ce qui lui permet d’économiser pour des besoins futurs. 

Chimène MAMADOU 34 ans mère de 3 enfants, est aide-maçon sur le chantier réhabilitation du collecteur Bouagba projet PRESU
Chimène Mamadou 34 ans mère de 3 enfants, est aide-maçon sur le chantier de réhabilitation du collecteur Bouagba du projet PRESU - Copyright: Evodie M’Balanga/AGETIP-CAF
Depuis que mon mari a perdu son emploi, c’est de ça qu’on vit.
- Malia
Malia, manœuvre sur le chantier PRESU
Malia, manœuvre sur le chantier PRESU -  Copyright: Evodie M’Balanga/AGETIP-CAF

De nouvelles perspectives professionnelles pour les femmes

Ce projet représente l’opportunité pour ces femmes d’avoir de nouvelles perspectives sur le plan professionnel. Elles peuvent désormais se projeter comme aides maçons, assistantes topographe ou encore ouvrières qualifiées du secteur de bâtiments et travaux publics …

Gaella Nguemandji, est aide-maçon sur le chantier R+2 du Lycée de Miskine. Elle déclare : « les collègues professionnels ont jugé intéressant de m’apprendre à faire le montage des briques ainsi que le crépissage. Parfois, nos chefs nous donnent l’occasion de les accompagner sur d’autres chantiers pour mieux s’imprégner des techniques. » Elle poursuit : « je sais que les connaissances que j’ai reçues durant ces périodes nécessitent d’être approfondies. Mais présentement je suis en mesure de faire moi-même l’enduit de lissage de ma maison »

Gisèle Zouma, 39 ans, confirme : « J’ai appris beaucoup de choses […] c’est la maçonnerie qui m’a le plus captivée. J’aimerai à la longue devenir maçon ». Elle compte même se former afin d’atteindre cet objectif.

Se libérer des préjugés sexistes

« Une femme ne peut pas faire ce travail ! C’est un travail d’homme ! ». Voici un exemple de phrase que les femmes impliquées dans les THIMO entendent à longueur de journée. Ces préjugés ne semblent pas venir des collaborateurs hommes avec lesquels elles travaillent mais plutôt de la famille ou de l’entourage.

Gisèle Zouma explique ainsi que sur son chantier, elle travaille avec 5 hommes.

Gisèle vivait au km5 avant que les récents conflits de 2013 la fasse fuir avec sa famille. Travailler sur le chantier est pour elle un moyen promouvoir cohésion sociale entre musulmans et chrétiens
Gisèle vivait au km5 avant que les récents conflits de 2013 la fasse fuir avec sa famille. Travailler sur le chantier est pour elle un moyen de promouvoir la cohésion sociale entre musulmans et chrétiens - Copyright: Evodie M’Balanga/AGETIP-CAF
Il n’y a pas de discriminations entre nous, je fais ce que les hommes font.
- Gisèle Zouma

Gaella raconte que des femmes lui disent que c’est un travail réservé aux hommes car « ce travail est trop dur et nécessite de l’endurance ». Adjidja confirme que faire accepter son nouveau métier n’a pas été chose facile : « Les autres femmes se moquent de moi […] notre culture est très stricte sur certaines valeurs culturelles féminines ». Mais elle trouve du réconfort et du courage dans le fait que grâce à ces travaux elle arrive à répondre efficacement aux besoins de sa famille.

Un travail de sensibilisation a été entrepris par l’ong GRET afin de prémunir ces femmes contre ces formes de violence verbale : « Effectivement, cela les affecte mais nous les sensibilisons sur le fait que le chantier n'est pas seulement réservé aux hommes et qu'il fallait contribuer à déconstruire les préjugés. De plus, c’est en travaillant que la femme peut avoir aussi une autonomie financière lui permettant de contribuer au développement de sa famille mais aussi d'avoir un statut social respectable dans leurs communautés » explique Yolande Ngbodo, cheffe de mission chez le Gret.

Les femmes employées sur le chantier peuvent se réjouir des premiers résultats atteints. Le projet mené par l’AFD et financé par le Fonds Bêkou a déjà permis la réhabilitation d’infrastructures structurantes telles que la maison de la femme à Miskine ou encore l’atelier des forgerons de Yakité. D’autres travaux sont en cours à l’image de la réhabilitation du centre de santé Mamadou M’Baïki, du lycée de Miskine et de l’Avenue Idriss Deby.