International Partnerships

Faciliter l’accompagnement des ONG par les autorités centrafricaines

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Comment s’assurer de la qualité de l’action humanitaire et du développement dans un pays qui se relève d’une grave crise dont les répercussions sont encore vives aujourd’hui ?

Au sein du ministère centrafricain de l’économie, du plan et de la coopération, le Secrétariat Permanent aux ONG (SPONG) est l’organe de coordination qui accompagne les ONG œuvrant dans le pays. Il assure la gestion des agréments permettant aux ONG d’opérer : 187 ONG nationales bénéficient à ce jour d’un agrément. Il réalise aussi un travail de coordination et d‘évaluation des actions menées dans le cadre du Plan de relèvement et de consolidation de la paix adopté en 2016.

Le SPONG dispose d’une équipe d’une dizaine de personnes mais manquait d’un appui pour assurer la pertinence des évaluations menées auprès des ONG lors de ses missions de supervision sur le terrain. Le Fonds Bêkou, Fonds Fiduciaire de l’Union européenne pour le relèvement de la République Centrafricaine a fourni une réponse à ce besoin par le financement du projet « Renforcement des capacités locales à œuvrer pour la résilience des populations et la réponse aux crises » mis en œuvre par le consortium Bioforce  & Oxfam en partenariat avec l’Agence Centrafricaine pour la Formation Professionnelle et l’Emploi (ACFPE) et le Laboratoire d’Economie Rurale et de Sécurité Alimentaire de l’Université de Bangui. (LERSA).

Gisèle Wazogbia, employée du SPONG, avec des bénéficiaires.
Gisèle Wazogbia, employée du SPONG, avec des bénéficiaires. ©Bioforce

L’importance des supervisions sur le terrain 

Brice Damas et Gisèle Wazogbia travaillent au SPONG depuis 5 ans. Le premier est responsable des études et analyses stratégiques tandis que la seconde est chargée d’études, responsable du suivi et de l’évaluation des ONG.

Ils se rendent au moins une fois par mois sur le terrain, pour des missions de supervision, avec un collègue expert du ministère concerné par les projets de l’ONG visitée.

« Avec les responsables des ONG on regarde les documents dont ils disposent : leur plan d’action par exemple, le rapport d’activités de l’année précédente » détaille Brice. « On tente de voir la cohérence du projet entre ce qui est affiché et ce qui est réellement fait sur le terrain : on part visiter les réalisations et on a des entretiens avec les bénéficiaires des projets. »

Ces missions permettent d’identifier les difficultés rencontrées et de donner des pistes de solutions pour faciliter le travail des ONG.

Brice Damas.
Brice Damas. ©Bioforce
Avant, on avait parfois des problèmes de communication avec des ONG qui pensaient que le SPONG n’est qu’une structure de contrôle, mais nous avons travaillé pour mieux faire comprendre notre rôle d’accompagnateur.
- Brice Damas

Doter le SPONG d’outils d’évaluation répondant aux standards internationaux

Pour améliorer la pertinence des actions de suivi et d’évaluation du SPONG, Bioforce a mené pendant un an une mission d’appui. Marion Junca, experte des questions de qualité des ONG, a accompagné le SPONG afin de créer des outils qui optimisent les visites de suivi. Il s’agissait d’introduire des éléments standardisés et de pouvoir répondre à des questions comme : « L’objectif est-il atteint ? Les critères de qualité de l’aide sont-ils validés ? »

Pour ce faire, Marion a travaillé avec le SPONG à l’élaboration d’outils permettant d’évaluer à travers des critères communs :  l’efficience, l’efficacité, la cohérence, l’impact, la pérennité et la pertinence des projets menés. Ces outils se basent sur les critères utilisés par la communauté internationale en matière de qualité de l’aide.

Lors de la supervision l’ONG centrafricaine FJDC, Gisele Wazogbia, interroge des jeunes bénéficiaires pour vérifier si les actions décrites comme réalisées dans rapports ont bien été menées.
Lors de la supervision de l’ONG centrafricaine FJDC, Gisele Wazogbia, interroge des jeunes bénéficiaires de l’ONG pour vérifier si les actions décrites comme réalisées dans les rapports de l’ONG ont bien été menées. ©Bioforce
On pose donc des questions en rapport avec ces critères à l’ONG elle-même, aux autorités locales, aux populations cibles, aux bénéficiaires du projet etc. On va du coup pouvoir se faire une idée de la qualité du projet: est-il pertinent ? Efficace ? Quel impact à long-terme sur la vie des gens ? Comment l’argent est-il dépensé ?
- Marion Junca

Les outils autant qualitatifs que quantitatifs sont appliqués différemment en fonction de l’ONG visitée. Elle explique que les enjeux varient énormément entre, par exemple, « une grande ONG internationale et une petite organisation locale. On ne peut pas appliquer les mêmes outils d’évaluation quand l’ONG est trop petite pour utiliser la gestion du cycle de projet, il faut alors déterminer une approche différenciée. » complète Marion.

Le travail extraordinaire des ONG est plus que jamais nécessaire aujourd’hui en République Centrafricaine. Avec le soutien du Fonds Bêkou, Brice et Gisèle veillent à rendre leur action encore plus efficace.