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À Djibouti, traditions et agroécologie pour booster la productivité des fermes agropastorales

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La République de Djibouti ne compte que 1 000 km2 de terres arables sur un territoire de plus de 23 000 km2. Le faible taux de précipitations par an (13 cm), la pauvreté des sols, la salinité des eaux contribuent largement à cette situation. Ainsi, bien que 30% de la population vive en zone rurale, l’agriculture représente moins de 5% du PIB.

Le FED, Fonds Européen de Développement, finance le projet 'Appui à la résilience des populations rurales à Djibouti' afin de permettre aux populations rurales de développer une agriculture locale allant de pair avec leurs traditions pastorales.

Faire évoluer les traditions agricoles

L'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) qui gère un des volets de ce projet, Renforcement de la Productivité des Productions Végétales et Animales à Djibouti - Re.Pro.VA, s’allie avec des agro-éleveurs. Dans 5 régions du pays (Arta, Ali-Sabieh, Dikhil, Tadjourah et Obock), elle soutient des « fermes modèles » à travers la fourniture d’intrants et équipements agricoles (kits de goutte-à-goutte, serres agricoles, pompes solaires, produits vétérinaires, etc.), la construction et installation d’ouvrages pour l’irrigation et d’abreuvoirs, ainsi que par des formations et de l’encadrement technique. Dans ces fermes, les traitements naturels sont privilégiés, et certaines d’entre elles n’appliquent aucun traitement chimique.

Mohamed Moussa Bouha dans son jardin agro-pastoral situé les montagnes du Nord de Djibouti
Mohamed Moussa Bouha dans son jardin agro-pastoral situé dans les montagnes du Nord de Djibouti © Houssein Isman Hersi /Union européenne

Dans la région de Tadjourah, à Randa, Mohamed Moussa Bourha, qui gère une terre de 10 hectares, se réjouit de ces nouvelles méthodes : « Depuis qu’on nous a appris et montré les résultats avec l’utilisation du compost pour enrichir la terre et de l’arbre de Neem pour traiter les cultures en prévention, on a vu un enrichissement du sol et on a pu se débarrasser d’insectes envahissants sans avoir besoin d’utiliser des produits chimiques et toxiques. En plus, on avait du mal à trouver les produits en vente ici, alors que maintenant on fait pousser de l’arbre de Neem directement sur nos terres. »

Transmettre le savoir à la communauté

Ces fermes sont conçues pour servir de périmètres agropastoraux de démonstration (PADs) et pour permettre à d’autres agriculteurs d’abandonner certaines méthodes traditionnelles non adaptées. Le projet s’attache également à former des moniteurs de l’agro-élevage qui transmettront leurs savoirs à leurs pairs.

Plus de cinquante moniteurs ou auxiliaires d’élevage ont déjà été formés. À Ab-Aytou, dans la région de Dikhil, Ali Mohamed Guelleh, qui élève des chèvres et cultive ses terres depuis 20 ans passe ainsi le savoir à son fils : « Depuis 20 ans je travaille dur, et maintenant que mon fils est en âge de m’aider je lui transmets toutes mes connaissances. Il est devenu moniteur en agro-élevage avec ce projet et un jour il reprendra cette ferme, et transmettra à son tour ses connaissances aux autres. »

Dans une autre région, plus aride, celle d’Obock, Dini Moyalé, qui gère une ferme communautaire dans la localité d’Assassan renchérit : « Ici tout ce que nous récoltons bénéficie d’abord à la communauté, et nourrit toutes les familles du village. Après moi c’est ma fille, qui est monitrice de l’agro-élevage, qui pourra travailler la terre et servir la communauté. »

Ali Mohamed Guelleh, et son fils Habib dans un de leurs champs d’oignons
Ali Mohamed Guelleh, et son fils Habib dans un de leurs champs d’oignons ©Margot Hardy-Quinty/Union européenne

Avec l’aide de la FAO, il a installé un bac à compost qui lui permet de fertiliser les terres de sa ferme en recyclant les matières organiques, notamment les déjections provenant de l’élevage. Il explique : « L’utilisation des bacs de compost est nouvelle grâce à ce projet, mais avec notre tradition pastorale, elle nous permet d’obtenir un compost très fertile qui est réutilisé sur nos terres, et complète le cycle qui relie la partie élevage avec l’agriculture ».

Dini Moyalé, dans son bac à compost
Dini Moyalé, dans son bac à compost ©Margot Hardy-Quinty/Union européenne

Omar Osman, agronome pour le projet, témoigne des enjeux autour de la sensibilisation : « Il y a une difficulté dans le changement des mentalités, certains bénéficiaires sont réticents à des modifications de leurs façons de faire. Mais quand on arrive à implanter un changement et que les résultats positifs sont visibles, ensuite le changement est accepté plus facilement et une vraie coopération se crée.»

 

Des premières retombées positives

Bien que freinés par la pandémie qui a frappé l’année où les programmes ont débuté, les personnes impliquées ont résisté et continué à travailler pour que rien ne s’arrête.

Malgré tous les problèmes et les délais modifiés qu’on a subi dans les 2 dernières années on voit le résultat du travail effectué ; l’augmentation de la productivité, les relations solides avec les agro-éleveurs, la mise en place des formations de moniteurs, et la complémentarité du pastoralisme et de l’agriculture qui créé un environnement fertile.
- Omar Osman, agronome pour le projet

Sur le terrain les résultats sont visibles, avec des fermes exploitées, des récoltes en cours, une grande variété de produits, des animaux en bonne santé qui fournissent un compost de qualité. Sous les serres de la ferme de Djama Guedi Dideh, à Dikhil, à l’abri du soleil et de la chaleur, poussent une grande variété d’herbes aromatiques. Il explique : « On peut tout faire pousser dans notre pays avec des techniques d’adaptation à l’environnement, c’est juste qu’on ne les a pas encore bien apprises. […] Regardez tout ce qui pousse, sans pesticides, comme ça ! J’ai beaucoup d’espoir pour l’avenir de l’agriculture djiboutienne, on peut faire de grandes choses. »

 

Les herbes aromatiques et bio de Djama Guedi Dideh
Les herbes aromatiques et bio de Djama Guedi Dideh ©Margot Hardy-Quinty/Union européenne

Ainsi, un des agro-éleveurs appuyé a pu produire en une année sur ses 3 hectares : 5 000 kg d’oignons, 100 kg de poivrons verts, 1 000 kg de piments, 100 kg de gombo, 2 000 kg de tomates, 2 000 kg de betteraves, 100 kg de carottes, 200 kg de chou, 200 kg de dattes, 20 000 kg de melon et 20 000 kg de pastèques. Cette production lui a permis de générer une recette de 5 090 000 Francs Djiboutiens (DJF) soit plus de 24 000€.

Depuis son lancement début 2018, le projet Re.Pro.VA a permis l’aménagement direct de 17,2 ha de superficie des PADs et indirect de 195 ha dans les fermes agropastorales environnantes des PADs, bénéficiant à plus de 7 600 personnes.