Représentation en France

Discours de la Présidente-élue von der Leyen à la séance plénière du Parlement européen à l'occasion de la présentation de son Collège des Commissaires et leur programme

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Ursula von der Leyen devant le Parlement européen le 27 novembre 2019
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La Présidente-élue de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, s'est exprimée le mercredi 27 novembre devant le Parlement européen réuni en session plénière à Strasbourg. A cette occasion, elle a présenté son équipe de commissaires (le "Collège") et leur programme. Le Parlement européen a approuvé la nouvelle Commission, qui entrera en fonction le 1er décembre 2019. 

28/11/2019

"Mesdames et Messieurs les membres du Parlement européen,

Le 27 novembre, il y a exactement trente ans, alors que retentissent les douze coups de midi.

Les cloches des églises carillonnent. Les sirènes se mettent à hurler. Et les travailleurs déposent leurs outils. Les usines, les mines et les magasins se vident tandis que les rues, noires de monde, accueillent des scènes de danse et d'espoir.

Cette grève générale, historique, d'une durée de deux heures, organisée au beau milieu de la Révolution de velours a vu des milliers de personnes, de Prague à Bratislava, prendre part à une magnifique vague pacifique de liberté, de courage et d'unité.

À mes yeux, ces deux heures constituent l'essence même de ce que l'Union européenne a toujours représenté.

Il n'est pas seulement question de partis et de politiques, de règles ou de réglementations, de marchés ou de monnaies.
Ce dont il s'agit en fin de compte – et par-dessus tout –, c'est d'un peuple et de ses aspirations.
Ce dont il est question, ce sont des citoyens qui luttent ensemble. Pour leur liberté, pour leurs valeurs, pour un avenir meilleur, tout simplement.

Je souhaiterais partager avec vous une citation du grand Václav Havel — l'un des héros de 1989 — qui est pour moi une source d'inspiration lorsque j'envisage l'avenir. Il a déclaré:

«Œuvrons à faire avancer une cause parce qu'elle est juste, et non uniquement parce qu'elle a une chance d'aboutir».

J'ai choisi cette citation car au cours des cinq prochaines années, notre Union tout entière s'engagera dans un processus de transformation qui affectera toutes les composantes de notre société et de notre économie.

Et si nous nous engageons dans ce processus, c'est parce que c'est la bonne décision à prendre, et non parce que ce sera facile.

Nous oublions parfois que nos plus grands succès ont toujours été le fruit de notre audace.

Nous avons fait preuve d'audace lorsque nous nous sommes efforcés de bâtir la paix là où tout n'était que souffrance.
Nous avons fait preuve d'audace lorsque nous avons créé un marché unique et adopté une monnaie unique.
Nous avons fait preuve d'audace lorsque nous avons accueilli une partie de notre famille européenne qui avait trop longtemps attendu que s'ouvre la porte.

Cependant, au cours des dernières années, nous avons dû consacrer toute notre attention à des problèmes exigeant une réaction immédiate, en gérant tour à tour les crises et les situations d'urgence, en luttant pour préserver notre unité et notre solidarité.

Si nous sommes sortis plus forts de ces épreuves, et je considère que c'est effectivement le cas, c'est en grande partie grâce au rôle moteur joué par mon prédécesseur, Jean-Claude Juncker, un grand Européen, et à ses convictions. Il a consacré tout son cœur, toute son âme et toute sa vie à notre Union, et son héritage parle de lui-même.

Jean-Claude… merci de nous tous !

Mesdames et Messieurs les membres du Parlement européen,

Il y a quatre mois, vous m'avez accordé votre confiance. Depuis, j'ai rencontré tous les groupes politiques et tous les chefs d'État et de gouvernement.

Ensemble, nous avons formé une équipe européenne exceptionnelle. Vous, les membres du Parlement, avez auditionné chacun d'entre nous.

Je vous avais promis de vous écouter. Et c'est exactement ce que j'ai fait. Et je continuerai de le faire, accompagnée par Maroš Šefčovič et tous les autres Membres du Collège. Nous avons souvent été d'accord et, oui, parfois nous n'étions pas d'accord. Mais ça, c'est la démocratie à l'œuvre.

Aujourd'hui, ici, au cœur de cette démocratie européenne, je demande votre soutien pour un nouveau départ pour l'Europe.

 

Mesdames et Messieurs les membres du Parlement européen,

L'équipe qui se présente à votre suffrage aujourd'hui se compose de personnes provenant de cultures différentes et de pays différents, issues d'horizons différents et affichant des couleurs politiques différentes.

Nous comptons dans nos rangs des enseignants et des agriculteurs, des maires et des ministres, des médecins et des diplomates, des ingénieurs et des entrepreneurs.

Certains d'entre nous sont nés avant la construction du Mur de Berlin, tandis que d'autres ont vu le jour après sa chute Certains ont vécu sous des dictatures et d'autres ont aidé de jeunes démocraties à devenir membres de notre Union.

Cette équipe compte pratiquement autant de femmes que d'hommes – il manque une seule femme pour atteindre la parité. Cela prouve que nous avons accompli de réels progrès, mais aussi qu'il nous reste encore beaucoup à faire.

Étant la première femme à assurer la présidence de la Commission, j'ai également demandé à chacun des membres de mon collège de composer un cabinet comptant le même nombre de femmes que d'hommes – il s'agira d'une grande première. Et d'ici la fin de notre mandat, nous aurons atteint l'égalité entre les hommes et les femmes à tous les niveaux de l'encadrement – il s'agira là encore d'une grande première.

Ces évolutions modifieront le visage de la Commission.

Chaque membre de mon équipe apportera sa propre expérience et ses propres perspectives au sujet de l'Europe. Il aura ses propres politiques et priorités à gérer.

Mais, tous ensemble, nous formerons une équipe unie qui travaillera dans l'intérêt européen commun. Nous constituerons une équipe qui collaborera avec la présente assemblée et avec les États membres pour relever les défis majeurs qui attendent notre génération.

Nous sommes prêts. Mais, surtout, l'Europe est prête.

Mon message est simple: Mettons-nous au travail!

 

Mesdames et Messieurs les membres du Parlement européen,

Nous vivons dans un monde instable, dans lequel de trop nombreuses puissances parlent le langage de la confrontation et de l'unilatéralisme. Mais c'est aussi un monde dans lequel des millions de personnes descendent dans la rue – pour protester contre la corruption ou exiger des changements démocratiques.

Ce monde a plus que jamais besoin que nous jouions notre rôle de chef de file. Que nous continuions à dialoguer avec les différents acteurs mondiaux comme une puissance responsable. Que nous soyons une force de paix et de changement positif.

Nous devons montrer à nos partenaires des Nations unies qu'ils peuvent compter sur nous, pour défendre le multilatéralisme.

Nous devons démontrer à nos amis des Balkans occidentaux que nous partageons le même continent, que nous partageons la même histoire, que nous partageons la même culture, et nous partagerons le même destin. Notre porte demeure ouverte.

Nous partageons également le même destin que nos partenaires transatlantiques.

Certes, des différends nous opposent — c'est incontestable. Mais les liens qui nous unissent ont résisté à l'épreuve du temps. À l'heure où je vous parle, des milliers d'étudiants, de chercheurs, d'entrepreneurs et d'artistes continuent de nouer une multitude d'amitiés et de relations d'affaires ou de mener ensemble d'innombrables projets scientifiques.

Cette myriade d'attaches, si fines soient-elles, s'entremêle pour constituer un lien plus fort que n'importe quel point de désaccord individuel.

Les pays du monde entier, de l'Est à l'Ouest, du Nord au Sud, ont besoin que l'Europe soit un véritable partenaire. Nous pouvons être les artisans d'un ordre mondial meilleur que le précédent.

Telle est la vocation de l'Europe. Et c'est d'ailleurs ce que souhaitent les citoyens européens.

 

Je suis heureuse de compter dans notre équipe un diplomate aussi expérimenté que Josep Borrell, qui travaillera aux côtés de Jutta Urpilainen, d'Olivér Várhelyi et de Janez Lenarčič. Ils accompliront ensemble un travail inestimable.

Nous investirons dans des alliances et des coalitions pour faire progresser nos valeurs. Nous garantirons la promotion et la protection des intérêts de l'Europe grâce à des échanges commerciaux ouverts et équitables. Nous renforcerons nos partenaires grâce à la coopération, car ce sont des partenaires forts qui rendront l'Europe plus forte.

La Commission que je présiderai ne craindra pas de parler le langage de la confiance. Mais ce sera à notre façon, par l'approche européenne.

Telle est la Commission géopolitique que j'ai à l'esprit, et dont l'Europe a besoin de toute urgence.

 

Mesdames et Messieurs les membres du Parlement européen,

S'il existe un domaine dans lequel le monde a besoin que nous jouions notre rôle de chef de file, c'est celui de la protection de notre climat. Il s'agit d'une question existentielle pour l'Europe – et pour le monde.

Comment cette question pourrait-elle ne pas être existentielle alors que 85 % des personnes vivant dans une extrême pauvreté habitent les 20 pays les plus exposés au changement climatique?

Comment pourrait-elle ne pas être existentielle alors que nous voyons Venise sous les eaux, les forêts portugaises en feu ou les récoltes lituaniennes réduites de moitié, en raison des sécheresses?

Cela s'est bien sûr déjà produit dans le passé, mais jamais avec cette fréquence et cette intensité.

Nous n'avons pas une minute à perdre dans la lutte contre le changement climatique.  Plus vite l'Europe avancera, plus nos citoyens, notre compétitivité et notre prospérité en profiteront.

Le pacte vert pour l'Europe est un impératif pour la santé de notre planète et de nos citoyens, ainsi que pour notre économie.

Frans Timmermans est la personne qu'il faut pour y parvenir. Et je suis ravie qu'il soit soutenu par Kadri Simson, Adina Vălean et beaucoup d'autres.

Le pacte vert pour l'Europe est notre nouvelle stratégie de croissance. Il nous aidera à réduire les émissions tout en créant des emplois.

L'élément central de ce dispositif sera une stratégie industrielle qui permettra à nos entreprises – grandes et petites – d'innover et de développer de nouvelles technologies tout en créant de nouveaux marchés. Nous serons une référence au niveau mondial. C'est notre avantage concurrentiel. Et c'est le meilleur moyen de garantir des conditions égales pour tous.

Mais tout cela doit être au service des citoyens européens.

Ils souhaitent et attendent que l'Europe agisse en matière de climat et d'environnement. Mais ils ont également besoin d'une énergie propre, sûre et à un coût abordable. Ils doivent être qualifiés pour occuper les emplois de demain. Ils doivent pouvoir se rendre sur les lieux de ces nouveaux emplois et en revenir, ou être connectés depuis leur domicile. Et nous devons veiller à ce que ces besoins soient satisfaits de manière durable.

Il s'agit d'une transition générationnelle vers la neutralité climatique d'ici le milieu du siècle. Toutefois, cette transition doit être juste et inclusive, sans quoi elle ne se produira pas.

Il faudra investir massivement dans l'innovation, la recherche, les infrastructures, le logement et la formation. Il faudra des investissements publics et privés, au niveau européen comme au niveau national.

Une fois de plus, l'Europe ouvre déjà la voie. L'Union européenne intégrera le financement de l'action climatique à l'ensemble de son budget, ainsi qu'à l'ensemble des marchés des capitaux et de la chaîne d'investissement. 

Dans les régions qui devront faire plus d'efforts que les autres, nous soutiendrons les citoyens et les entreprises grâce à un mécanisme ciblé de transition juste. Il impliquera l'ensemble des différents fonds et instruments et permettra d'attirer les investissements privés dont nous avons besoin.

Pour nous aider à y parvenir, la Banque européenne d'investissement sera un partenaire de confiance. Je me réjouis particulièrement que les progrès qu'elle a accomplis pour renforcer son rôle de banque européenne du climat soient manifestes. Cela stimulera l'investissement dans les technologies et solutions européennes que le monde recherche.

Mais il faut aller plus loin.

Nous ne représentons qu'environ 9 % des émissions mondiales. Nous devons entraîner le reste du monde avec nous et cela a déjà commencé.

De la Chine au Canada, en passant par la Californie, d'autres travaillent avec nous sur leurs propres systèmes d'échange de droits d'émission. Et Phil Hogan veillera à ce que nos futurs accords commerciaux comprennent un chapitre sur le développement durable.

Parce que, nous le savons, le changement climatique nous concerne tous. Nous avons le devoir d'agir et le pouvoir de montrer la voie.

Mesdames et Messieurs les membres du Parlement européen,

La numérisation rend possibles des choses qui étaient inimaginables il y a seulement une génération.

Les communications avec le monde entier, l'accès à l'information, les progrès dans les domaines de la médecine, de la protection de l'environnement, de la mobilité ou encore de l'inclusion. Aucun avenir n'est possible sans numérisation. Margrethe Vestager est la commissaire qui nous fera avancer sur cette voie.

Nous allons automatiser les activités pénibles pour l'être humain, comme le portage de charges ou les tâches répétitives, tant dans les usines que dans les bureaux.

Nous disposerons ainsi de davantage de temps. Du temps à consacrer à ce qui nous distingue en tant qu'êtres humains et ce dont les ordinateurs ne sont pas capables: l'empathie et la créativité.

Les robots de soins aideront à transférer les malades d'un lit à l'autre et la numérisation allégera les tâches administratives, afin que le personnel médical ait à nouveau du temps pour ce qui est vraiment important: parler aux patients, être présent à leurs côtés.

La numérisation nous permettra de gérer les ressources de manière plus efficace et plus efficiente, car nous pourrons tout maîtriser avec précision, la consommation d'eau, l'énergie, toutes les précieuses ressources de notre planète.

Oui, la numérisation va radicalement transformer notre société, notre économie, notre administration, et c'est d'ailleurs déjà le cas.

Afin de saisir ces formidables opportunités et d'affronter les risques, nous devons intervenir avec intelligence là où le marché ne le fait pas, nous devons protéger à la fois notre prospérité européenne et nos valeurs, nous devons maintenir notre approche européenne à l'ère numérique également.

Pour parler concrètement:

Premièrementil faut que nous maîtrisions les technologies clés et que nous, Européens, en soyons propriétaires.Parmi ces technologies figurent bien évidemment les ordinateurs quantiques, l'intelligence artificielle, les chaînes de blocs et les technologies critiques en matière de puces.

Pour parvenir à combler les lacunes existantes, nous devons nous atteler tous ensemble à un tel projet. Mettons en commun toutes nos ressources: nos moyens financiers, nos capacités de recherche, nos connaissances, pour aboutir à des réalisations concrètes.

C'est ce que nous avons fait avec les supercalculateurs. L'Europe est ainsi en train d'acquérir l'un des trois calculateurs les plus performants sur le marché mondial. Il faut que la prochaine génération de supercalculateurs soit le fruit de nos propres travaux.

Deuxièmementl'Europe dispose de tous les chercheurs et de toutes les capacités industrielles nécessaires pour être compétitive dans ces domaines, ne sous-estimons pas nos moyens et nos talents.

L'innovation a certes besoin de cerveaux intelligents, mais aussi de diversité, et d'espaces de réflexion ouverts. Or nous avons tout cela, ici, en Europe, les gens veulent vivre ici, ils veulent faire de la recherche ici, ils veulent façonner ici le monde de demain.

Troisièmementnous avons besoin d'infrastructures durables reposant sur des normes communes, ainsi que de réseaux gigabit et de nuages sécurisés, qu'ils appartiennent à l'actuelle ou à la prochaine génération.

Quatrièmementla matière première de la numérisation, ce sont les données. Chacun de nos clics alimente les algorithmes qui, à leur tour, influencent nos comportements.

Tout comme nous avons montré la voie au monde entier avec le règlement général sur la protection des données, nous devons agir de même pour l'intelligence artificielle. Parce qu'en Europe, la personne est au cœur de notre réflexion. Il ne s'agit pas de freiner la circulation des données. Il s'agit de fixer les règles de façon à ce que les données soient traitées de manière responsable. La protection de l'identité numérique constitue pour nous la priorité première.

Cinquièmement, nous voulons aussi produire des innovations. À l'heure actuelle, 85 % des données à caractère non personnel ne sont pas utilisées une seule fois. C'est un véritable gaspillage.

Nous devons exploiter les connaissances que recèlent ces données. Nous devons élaborer un cadre pour que les gouvernements et les entreprises puissent partager les données et les mettre à disposition dans un réservoir commun sécurisé. Je ne peux pas imaginer de personne plus compétente que Thierry Breton pour concevoir une stratégie en matière de données.

Sixièmement, la cybersécurité va de pair avec la numérisation – elle est donc tout aussi prioritaire pour nous.

Les exigences de sécurité les plus élevées et une approche commune européenne sont indispensables pour garantir la compétitivité des entreprises européennes. Nous devons échanger nos informations sur les menaces. Nous avons besoin d'une plate-forme commune, d'une Agence européenne de cybersécurité renforcée. C'est le seul moyen de renforcer la confiance dans l'économie connectée et d'accroître la résilience face à tous les types de risque.

Nous serons en mesure d'atteindre tous ces objectifs si nous agissons ensemble et si nous nous appuyons sur nos valeurs européennes. Enfin, je suis convaincue qu'à l'ère numérique aussi, l'Europe jouera un rôle de premier plan.

L'Europe en a la capacité!

 

Mesdames et Messieurs les membres du Parlement européen,

L'Europe peut être fière à de nombreux titres.

Nous sommes la première superpuissance commerciale au monde. Nous occupons le premier rang du classement mondial pour les exportations de produits manufacturés et de services. Nous sommes la plus grande source et le principal destinataire d'investissements directs étrangers partout dans le monde.

Notre industrie est l'une des plus performantes dans les secteurs à haute valeur ajoutée: elle produit, par exemple, un tiers des satellites dans le monde. Et nos sociétés, qui sont à la pointe du progrès, détiennent 40 % des brevets mondiaux dans le domaine des technologies renouvelables. 

Nous devrions tirer parti du pouvoir de transformation de la double transition numérique et climatique pour renforcer notre propre base industrielle et notre potentiel d'innovation.

Seul l'investissement nous permettra de le faire.

Mesdames et Messieurs les membres du Parlement européen, nous devons changer d'échelle. Depuis des années, nous avons moins investi dans l'innovation que nos concurrents. Cela constitue un énorme handicap pour notre compétitivité et notre capacité à mener cette transformation.

C'est pourquoi nous ne devrions pas considérer le prochain cadre financier pluriannuel comme un simple exercice comptable. Le monde d'il y a sept ans n'a rien à voir avec ce que sera le monde dans sept ans. Notre budget doit être considérablement modernisé.

Je sais que, dans ce domaine, je peux compter non seulement sur l'expérience et les compétences de Johannes Hahn, mais aussi sur vous, membres du Parlement européen.

 

Toutefois, les budgets publics ont des limites. Nous devons garantir que les investissements peuvent parvenir là où ils sont nécessaires en achevant l'union des marchés des capitaux. Cela contribuera à améliorer l'accès au financement des petites entreprises et des jeunes pousses, afin de leur permettre de croître, d'innover et de prendre les risques nécessaires.

Il en va de même pour l'union bancaire. Nous devons l'achever afin de rendre notre système financier plus solide et plus résilient.

J'ai confié cette tâche à Valdis Dombrovskis, qui est la personne qu'il faut au poste qu'il faut. Il fera en sorte que notre économie soit au service des citoyens, favorisant des d'emplois de qualité, l'égalité des chances, des conditions de travail équitables et l'inclusion. Il sait que nous avons besoin de finances publiques saines pour assurer une croissance durable.

Et il stimulera la compétitivité et la durabilité de l'Europe. Elles vont de pair.

Nous ne devrions jamais oublier que la durabilité compétitive a toujours été au cœur de notre économie sociale de marché.

C'est seulement que nous l'appelions autrement.

Il suffit de penser aux entreprises familiales dans toute l'Union européenne. Elles ne reposaient pas seulement sur la valeur actionnariale ou les prochaines primes. Elles étaient créées pour durer, de génération en génération, et offrir un gagne-pain honnête à leurs employés. Elles étaient fondées sur la passion de la qualité, de la tradition et de l'innovation.

Ce que nous produisons aujourd'hui est sans doute différent. Mais nous devons redécouvrir notre durabilité compétitive, chers amis membres de cette assemblée.

C'est dans cet esprit que chacun des États membres s'est engagé à respecter les objectifs de développement durable des Nations unies. Et c'est dans cet esprit que Paolo Gentiloni supervisera la mise en œuvre de ces objectifs. Il y croit et je crois en lui.

L'économie européenne s'est relevée de l'une des pires crises économiques et financières depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Le marché du travail reste solide et le chômage poursuit sa décrue.

Toutefois, alors que des nuages apparaissent à l'horizon, l'Europe devrait se préparer à ce qui est à venir. Nous devons nous appuyer sur ce qui fait notre force: notre marché unique, notre monnaie unique.

Il est grand temps de parachever notre Union économique et monétaire afin de générer de la croissance et des emplois en renforçant notre résilience macroéconomique. Nous devons utiliser la souplesse qu'offre le pacte de stabilité et de croissance pour laisser à nos économies le temps et l'espace de se développer.

Et parallèlement, nous devons soutenir les États membres en proposant des investissements ciblés et des réformes structurelles. Elisa Ferreira me semble la personne la mieux placée pour mener ce chantier.

Mesdames et Messieurs les membres du Parlement européen,

Le mois dernier, 39 personnes ont perdu la vie à l'arrière d'un camion, victimes d'un trafic d'êtres humains, après avoir traversé au moins quatre pays européens.

 

Une mère au Viêt Nam qui reçoit un message de sa fille en Europe disant qu'elle ne peut plus respirer: c'est tragique.

Pour ces 39 personnes, pour leurs mères, leurs pères, leurs amis, nous sommes tous d'accord: cela ne devrait absolument jamais arriver.

Les gens attendent de l'Europe qu'elle apporte des solutions communes au défi collectif de la migration. C'est une question qui nous a divisés, mais sur laquelle nous devrions aller de l'avant. Nous devons trouver des solutions qui soient valables pour tous.

C'est la mission que j'ai confiée à Margaritis Schinas et Ylva Johansson. Apportant chacun des compétences et des visions différentes, ils formeront une équipe formidable.

Mesdames et Messieurs les membres du Parlement européen, une chose est sûre:

l'Europe sera toujours un abri pour les femmes et les hommes qui ont besoin d'une protection internationale. Et il est de notre intérêt que celles et ceux qui restent s'intègrent dans notre société.

Mais nous devons également veiller à ce que les personnes qui ne sont pas en droit de rester retournent dans leur pays.
Nous devons briser le sinistre modèle économique des passeurs.
Nous devons réformer notre régime d'asile, sans jamais oublier nos valeurs de solidarité et de responsabilité.

Il nous faut renforcer nos frontières extérieures pour pouvoir revenir à un espace Schengen qui fonctionne pleinement. Il nous faut investir dans nos partenariats avec les pays d'origine afin d'y améliorer les conditions et d'y créer des débouchés

Ce ne sera pas facile, mais souvenons-nous des paroles de Václav Havel: c'est la bonne chose à faire.

La migration ne disparaîtra pas – c'est une réalité qui va perdurer.

Par conséquent, je crois qu'une Europe qui est si fière de ses valeurs et si fière de son état de droit doit être capable d'y apporter une réponse à la fois humaine et efficace. Nous devrions en être capables.

Et c'est la même équipe - Margaritis Schinas et Ylva Johansson - qui sera également chargée de renforcer la sécurité intérieure de l'Union.

Ensemble, ils veilleront à ce que la coopération en matière répressive soit en mesure de répondre aux menaces nouvelles ou émergentes. Et ils s'assureront qu'Europol, le meilleur outil dont nous disposons pour lutter contre la criminalité, soit adapté à sa mission.

 

Mesdames et Messieurs les membres du Parlement européen,

Quand j'étais jeune fille, à Bruxelles, ma petite sœur est décédée d'un cancer à l'âge de 11 ans. Je me souviens de l'impuissance totale de mes parents – mais aussi du personnel médical qui lui a prodigué tant de soins.

Chacun d'entre nous a une histoire semblable à raconter – ou connaît quelqu'un qui a vécu la même expérience. Le nombre des cas de cancer augmente, mais le diagnostic et les traitements s'améliorent.

L'Europe se placera en tête du combat contre le cancer.

Au début de l'année prochaine, Stella Kyriakides lancera un programme ambitieux de lutte contre le cancer. Elle est la personne qu'il faut pour veiller à ce que le plan européen de lutte contre le cancer contribue à réduire les souffrances causées par cette maladie.

 

Le fait est que l'Europe doit se préoccuper de ce qui préoccupe les citoyens.

Les gens se soucient de l'avenir de leurs enfants et de notre société.

C'est la culture et l'éducation qui créent le lien entre notre histoire et notre avenir. Voilà ce qui nous rend uniques. Notre esprit, notre culture, notre diversité, notre patrimoine.

Et je sais qu'avec Mariya Gabriel, tout cela est entre de bonnes mains. C'est pourquoi je suis heureuse de vous annoncer que l'intitulé de son portefeuille sera modifié et qu'elle sera commissaire à l'innovation, à la recherche, à la culture, l'éducation et à la jeunesse.

Les gens sont soucieux d'équité et d'égalité, dans tous les sens du terme.

J'ai donc choisi de confier à Nicolas Schmit la mise en œuvre de notre socle européen des droits sociaux et la lutte contre la pauvreté dès l'enfance. Il proposera un cadre visant à garantir que chaque travailleur dans l'Union bénéficie d'un salaire minimum équitable.

Et Helena Dalli sera la championne qu'il nous faut pour briser le plafond de verre. Ces barrières qui entravent les individus en raison de leur identité, de leurs croyances et de leurs préférences amoureuses,
ces barrières doivent tomber! Un point, c'est tout.

Les gens sont soucieux de protéger leurs droits, leurs valeurs et leurs libertés.

L'état de droit est notre fondement et ne saurait souffrir aucun compromis. Nous devons veiller à ce que ce principe soit respecté et défendu partout, et qu'à cet égard chaque pays soit traité sur un pied d'égalité.

Nous devons privilégier le dialogue et la prévention, sans toutefois jamais hésiter à prendre toutes les mesures nécessaires. Il nous faut des personnes expérimentées et engagées. Et Věra Jourová et Didier Reynders le sont précisément.

Les gens se soucient de l'air qu'ils respirent, de l'eau qu'ils boivent, de la nourriture qu'ils mangent et de la nature qu'ils apprécient.

Nous pouvons nous réjouir que Virginijus Sinkevičius prenne la tête de la lutte que mènera l'Europe pour préserver sa biodiversité et ses océans, tout en veillant à la prospérité de ses collectivités côtières et de ses pêcheurs.

Janusz Wojciechowski veillera à ce que nos agriculteurs puissent également prospérer tout en s'adaptant aux nouvelles réalités.

La double transition – climatique et numérique – sera source de changements pour tous, mais soyons clairs: l'agriculture continuera d'être valorisée comme composante de notre culture et de notre futur.

Il nous faut une stratégie durable «de la ferme à l'assiette», qui va de l'accès au capital pour les jeunes agriculteurs au fait que les denrées alimentaires importées de pays tiers respectent les normes environnementales de l'Union européenne.

Et les gens souhaitent avoir leur mot à dire sur leur avenir.

Le taux de participation à la dernière élection européenne a été le plus élevé depuis un quart de siècle. Mais la participation à la démocratie ne cantonne pas aux élections.

Nous mobiliserons les plus belles énergies provenant de toutes les régions de l'Union, de toutes les institutions, de tous les horizons, pour participer à la conférence sur l'avenir de l'Europe. La conférence devrait être ouverte à toutes les institutions et à tous les citoyens et le Parlement européen y occuper un rôle clé. Au sein de la Commission, Dubravka Šuica, membre éminent de cette assemblée, travaillera en étroite collaboration avec vous pour faire de cette initiative un succès.

 

Mesdames et Messieurs les membres du Parlement européen,

Nous savons tous qu'un membre de notre grande famille a l'intention de quitter l'Union.

Et je n'ai absolument jamais caché le fait que je serai toujours du côté des opposants au Brexit. Nous respecterons toujours la décision prise par le peuple britannique.

Nous collaborerons étroitement pour trouver des solutions aux défis communs, en particulier en matière de sécurité. Mais il convient d'être tout à fait clairs sur un point:

Quoi que l'avenir nous réserve, les liens et l'amitié qui existent entre nos peuples sont indestructibles.

 

Mesdames et Messieurs les Parlementaires,

Dans 30 ans, d'autres ici-même porteront un regard sur nos actions, comme je l'ai fait au début de mon discours.

Que diront-ils ?

Cela dépend de ce que nous ferons ensemble. Si nous faisons bien notre travail, l'Europe de 2050 sera le premier continent du monde neutre en carbone.

Elle sera une puissance de premier plan dans le numérique. Elle restera l'économie qui réussit le mieux à assurer l'équilibre entre le marché et le social. Et elle sera chef de file dans la résolution des grands enjeux mondiaux.

Le chemin est ardu, mais la tâche n'est pas facile. Mais ensemble, nous pouvons le faire.

 

Inspirons-nous de cet esprit optimiste et volontaire d'il y a 30 ans qui a fait tomber le rideau de fer.

Pour en revenir à Václav Havel, il y a des millions d'Européens qui s'engagent parce que c'est la bonne chose à faire.

Il y a ceux qui s'investissent pour renforcer leurs communautés.
Il y a ceux qui donnent de leur temps pour prendre soin des personnes âgées ou pour nettoyer un parc.
Il y a ceux qui sortent dans la rue – mais aussi changent leur style de vie pour protéger le climat. 

Des gens qui veulent faire la différence.

Nous aussi – Parlement, Conseil et Commission –, nous aussi devons faire la différence.

 

C'est dans cet esprit que j'ai construit mon équipe. Et c'est dans cet esprit que je suis ici aujourd'hui devant vous pour demander votre confiance.

Mettons-nous au travail, afin de pouvoir dire également dans 30 ans:

Vive l'Europe, es lebe Europa, long live Europe!"