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L’Europe est submergée par les migrants ! Vraiment ? #DecodeursUE

L'Union européenne compte 510 millions d'habitants. Environ 1,5 million de migrants sont arrivés sur le continent depuis 2015 – soit 0,3 % de la population de l'Union ou 3 migrants pour 1 000 habitants. Face à cette situation, l'Europe s'est mobilisée pour sauver des vies en mer, accueillir les réfugiés qui fuient la guerre et les persécutions, aider les États membres à éloigner et à raccompagner dans la dignité les migrants illégaux, renforcer la sécurité des frontières externes et dialoguer plus étroitement avec les pays d'origine et de transit des migrants.

12/12/2016

Un afflux à relativiser

Guerres en Syrie et en Irak, conflits dans de nombreuses régions d'Afrique : le nombre de déplacés dans le monde a atteint le chiffre record de 65,3 millions, inégalé depuis la Seconde Guerre mondiale selon le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés.

Ce sont d'abord les pays limitrophes des zones de crise qui ont accueilli ces populations, et non l'Europe. La Turquie abrite ainsi 3 millions de réfugiés syriens, le Liban 1,1 million, et la Jordanie 640 000.

L'Europe des 28 a accueilli 1,5 million de personnes sur son territoire depuis 2015, soit à peine 0,3 % de ses 510 millions d’habitants, son économie représentant par ailleurs près de 25% du PIB mondial.

Le droit d'asile est une valeur fondamentale

La protection de ceux qui fuient la guerre et les persécutions est une valeur fondamentale de l'UE. Les conventions de Genève, qui organisent le droit d'asile sont, comme l'Union européenne elle-même, la réponse humaniste aux atrocités de la Seconde Guerre mondiale. Protéger et respecter le droit d'asile fait donc partie de l'ADN de l'Union européenne !

L'Union européenne constituant un espace commun, elle travaille depuis maintenant une vingtaine d'années à rapprocher les politiques d'asile en Europe : définition de critères communs pour les demandes d'asile, de procédures administratives claires et transparentes, ou encore de conditions d'accueil dignes pour les réfugiés.

  • Le terme «migrant» recouvre des réalités différentes

Si l'Europe doit impérativement accueillir ceux qui fuient les guerres et les persécutions, elle ne peut accueillir tous ceux qui cherchent une vie meilleure en quittant leur pays. Les migrants économiques en situation irrégulière doivent être reconduits dans leurs pays dans la dignité.

  • L'Union a renforcé son dialogue avec les États d'origine des migrants

L'Union développe, avec les États d'origine et de transit, des dialogues étroits sur les questions migratoires, articulant renforcement de l'aide au développement, politique de réadmission plus souple, appui au contrôle des frontières et à la lutte contre le trafic d'êtres humains, et information des personnes sur les risques de la migration illégale.

  • L'accord avec la Turquie a stoppé le flux des arrivées

Afin d'éviter les nombreuses noyades en mer Égée et des arrivées désordonnées sur les îles grecques, l'UE a conclu en mars 2016 un accord avec la Turquie visant en particulier à lutter contre les passeurs et à stopper le flux des arrivées. Aux termes de cet accord, l'Union aide en particulier la Turquie dans l'accueil des migrants sur son territoire. Une somme de 3 milliards d'euros a été débloquée et 1,2 milliard a déjà été versé. Depuis la conclusion de cet accord, le nombre d'arrivées est passé de 2 000 personnes par jour à moins d'une centaine. Le nombre de noyades en mer Égée a également chuté de plus de 90 %.

  • Solidarité avec les États européens situés en première ligne pour l'accueil des migrants

L'Union doit se montrer solidaire avec ses États membres directement confrontés à l'accueil des réfugiés - notamment la Grèce et l'Italie. Pour ce faire l'Union a appuyé la création de centres d'accueil et d'enregistrement pour les migrants dans ces pays, mobilisé plus de 500 agents Frontex pour améliorer les contrôles aux frontières grecque et italienne et débloqué 700 millions d'euros pour la période 2016-2018 afin d'aider la Grèce à faire face à la situation actuelle.

En juillet et septembre 2015, les États membres s'étaient engagés à relocaliser sur leur sol 160 000 migrants demandant le statut de réfugiés (demandeurs d'asile), arrivés en Grèce et en Italie.

Selon le 11e rapport sur l'avancement des programmes de l'UE en matière de relocalisation publié le 12 avril 2017, le nombre total de relocalisations de demandeurs d'asile s'élève à 16 340 personnes. La France a contribué à cet effort en accueillant 3 157 personnes.

Malgré des progrès constants dans la solidarité européenne, des efforts supplémentaires sont nécessaires pour relocaliser les 14 000 demandeurs d'asile qui se trouvent toujours en Grèce et les 3500 qui se trouvent en Italie.

  • La migration, une chance démographique et économique

L'Europe souffre d'un déficit démographique marqué : en 2015, pour la première fois depuis que des statistiques officielles sont établies au niveau européen, il y a eu plus de décès que de naissances dans l'Union. 11 États membres ont vu leur population baisser entre 2014 et 2015.

Les conséquences d'une baisse de la population sont nombreuses : mise en péril des systèmes de retraite, problèmes de soutenabilité des dettes publiques, diminution des rentrées fiscales… Or, malgré un nombre de décès plus élevé que celui des naissances, la population de l'Union a augmenté en 2015. Cette hausse n'a été possible que grâce à l'immigration.

Par ailleurs, certains migrants contribuent aujourd'hui grandement à notre économie. Pour n'en citer qu'un, Mohed Altrad, entrepreneur d'origine syrienne basé à Montpellier, est aujourd'hui à la tête d'une entreprise de BTP qui compte 70 filiales à travers le monde et emploie près de 2 500 personnes en France.

Ce genre de succès n'est possible qu'en améliorant l'intégration réelle des  réfugiés, notamment à travers des cours de langue, un meilleur accès à l'éducation ou la formation professionnelle, par exemple. L'Europe y contribue via le Fonds Asile, Migration et Intégration, doté de près de 3 milliards d'euros pour la période 2014-2020, dont 266 millions pour  la France.

Quelques précisions pour mieux comprendre

« Réfugié » : tout ressortissant d’un pays tiers qui, parce qu’il craint avec raison d’être persécuté du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de ses opinions politiques ou de son appartenance à un certain groupe social, se trouve hors du pays dont il a la nationalité et qui ne peut ou, du fait de cette crainte, ne veut se réclamer de la protection de ce pays, ou tout apatride qui, se trouvant pour les raisons susmentionnées hors du pays dans lequel il avait sa résidence habituelle, ne peut ou, du fait de cette crainte, ne veut y retourner.

« État membre de relocalisation » : État membre qui devient responsable de l'examen de la demande du statut de réfugié.

« Réinstallation » : en mai 2015, la Commission a proposé un programme européen de réinstallation qui a été adopté par le Conseil en juillet 2015. Afin d’éviter aux personnes déplacées ayant besoin d’une protection d’avoir à recourir aux réseaux criminels de passeurs et de trafiquants, le programme de réinstallation prévoit des voies légales et sûres pour entrer dans l’UE, épargnant ainsi de périlleux voyages à des personnes vulnérables. Selon ce qui a été convenu, ce programme permettra de réinstaller plus de 22 000 personnes ayant besoin d’une protection internationale depuis des pays extérieurs à l’UE vers les États membres de l’UE. Au 10 avril 2017, 15 492 personnes avaient été réinstallées dans 21 pays.

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