chevron-down chevron-left chevron-right chevron-up home circle comment double-caret-left double-caret-right like like2 twitter epale-arrow-up text-bubble cloud stop caret-down caret-up caret-left caret-right file-text

EPALE

Plateforme électronique pour l'éducation et la formation des adultes en Europe

 
 

Blog

VAE dans les universités françaises : Quelles coopérations et collaborations? Témoignage

13/12/2017
by Isabelle Houot
Langue: FR

 

Quand on pense partenariat en VAE, on pense généralement partenariat entre des entités (économiques, sociales …) distinctes : entre entreprises et universités, universitaires et professionnels externes, etc... Il semble cependant intéressant d'aller voir de plus près les partenariats internes à l'université,  tant il est vrai que derrière l'institution "université" se dessinent une multiplicité de territoires de compétences et d'action ainsi que d'acteurs, aux logiques d'interventions assez différentes. Par ailleurs, on peut aussi entendre le terme de partenariat sous l'angle de sa finalité : l'action commune, en l'occurrence ici, permettre à un(e) candidat(e) d'accéder à un diplôme.

Ces considérations entrainent ainsi trois questions : Qui à l'université contribue à cette action commune et avec quels présupposés ? Comment cette action est-elle mise en œuvre et quelles sont les conditions à réunir pour qu'elle aboutisse au mieux ?

 

/epale/fr/file/agesjpg-0ages.jpg

Agnès VEILHAN[1], accompagnatrice VAE à l'université Pierre et Marie Curie (Paris)  témoigne :

Vous êtes accompagnatrice VAE à l'université depuis 2002 , Qu'a selon vous apporté de spécifique la VAE dans les universités françaises ?

A grand trait on peut dire que mieux qu’aucun autre dispositif, la VAE a fait entrer l’expérience dans les modalités d’évaluation et de certification comme une mise en évidence de « l’intelligence de l’agir ». Elle a permis aux enseignants-chercheurs, membres des jurys et accompagnateurs, une meilleure prise en considération de la complexité des situations professionnelles et d’« appréhender réellement la notion d’apprentissage par compétences »[2]. L’évaluation des acquis par la preuve en VAE a amené à réfléchir différemment les pratiques d’évaluation. S’inscrivant plus dans la valorisation que de la validation, elle constitue un changement de paradigme dans les pratiques pédagogiques.

Les responsables de diplômes les plus impliqués ont rapidement su tirer profit de la VAE comme ressource de nouvelles compétences pédagogiques. Ils recrutent des candidats validés totalement voire partiellement (entre 70 et 80%) : comme intervenants professionnels, membres professionnels de jurys VAE, tuteurs EAD en méthodologie... La VAE doctorale, également « vivier de nouveaux talents » pour la recherche, constitue un axe de développement des relations Universités-Entreprises même s’il est encore balbutiant (18 délivrés en 2015)

Comment de votre point de vue, y avez-vous vu se construire les pratiques d'accompagnement ?

La création du droit à la VAE place la mise en œuvre d’un droit à un accompagnement[3] à la croisée d’une logique d’injonction sociale utilitariste et d’une logique d’éthique de l’accompagnement. La personne qui sollicite ce droit en est la seule réelle bénéficiaire, ce processus lui appartient. Nombres de travaux en analyse du travail ont démontré que l’accompagnement VAE est en soi porteur de développement des compétences que l’élaboration du dossier VAE est sensé démontrer. Centré sur la dynamique de développement global de la personne, l’accompagnement est un espace-temps de coévaluation et de reconnaissance par le bénéficiaire de sa démarche de recherche et d’évolution. J’adhère à la démarche des accompagnateurs universitaires qui s’inspirent des méthodes de la Recherche-Action. Pour répondre aux attentes de conceptualisation des enseignants chercheur : le dossier propose et problématise des situations réelles complexes choisies par le candidat, seul expert de son expérience. Des ateliers d’accompagnement personnalisés en collectif en petit collectif permettent de développer une dynamique d’autoévaluation mutuelle accompagnée, porteuse d’émancipation, la mutualisation et un travail collaboratif dont l’objectif est l’expression et la démonstration d’un niveau d’apprentissage singulier par l’exercice des compétences situées au moyen d’éléments d’analyse socio professionnelle contextualisé

Comment se sont constitué et comment ont évolué les jurys ?

Dès 2002 un décret spécifique de mise en œuvre de la VAE dans l’Enseignement supérieur[4] a permis d’instaurer des jurys Vae garantissant l’équité de traitement dans l’ensemble des UFR, Unité de Formation et de Recherche, pour éviter les éventuelles discriminations dans la prise en compte des acquis de l’expérience en fonction des secteurs disciplinaires. Le travail de professionnalisation des acteurs lancé par la FCU dès 2001 a permis d’accompagner la construction d’une « réponse enseignement supérieur » harmonisant les pratiques des universités trop souvent à l’abri dans leur « souveraineté et autonomie ». Rappelons le principe fondamental de la loi de modernisation sociale (2002) qui permet de délivrer en VAE les mêmes diplômes/certifications qu’aux étudiants de formation initiale. Le principe de la compensation est donc également applicable aux candidats en VAE, permet aux jurys de travailler en insistant sur la reconnaissance de la compétence d’apprendre à apprendre[5] (pour par exemple dispenser de suivre le cours sur le dernier logiciel sur le marché alors qu’un responsable de diplôme reconnait à ses étudiants de formation initiale ayant obtenu leurs diplôme il y a 10 ans la capacité de s’auto former et d’actualiser leurs connaissances). Enfin chaque université étant à la fois certificateur et formateur, le jury VAE peut en cas de validation partielle garantir un accompagnement pour la réalisation des prescriptions et l’obtention de la certification totale. La mise en œuvre de la Vae à l’université a permis de développer une ingénierie de parcours personnalisé pour un projet de réussite. Les nouveaux dispositifs législatifs français de formation professionnelle qui nous éloigne du concept d’offre de formation au profit de celui de parcours devraient permettre de financer et de sécuriser ces modes accès à la certification par la VAE couplés à un parcours de professionnalisation et d’acquisition de nouvelles compétences.

Vous expliquez que la grande difficulté posée en jury est celle de s'entendre sur les critères d'évaluation  ...pouvez-vous expliquer ?

En 1993 pour la mise en œuvre du décret VAP-Validation des Acquis Professionnels, qui inaugurait la possibilité de délivrer partiellement un diplôme/certification, j’avais proposé aux responsables pédagogiques de l’Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle des critères transversaux[6] de Validation des Acquis professionnels et personnels, les « critères des 3P pour une validation dynamique »[7] : progression du parcours, pertinence du projet et potentialités du candidat. Transférés pour les jurys de sciences de l’UPMC, ils sont adossés avec la charte des membres de jury VAE à chaque convocation de jurys. Ils constituent une grille adaptable par chaque université, voire chaque jury de VAE si nécessaire pour affiner leurs propres indicateurs d’évaluation. Les critères ne suffisent pas, le travail du jury est de parvenir à une « intime conviction » partagée par tous ses membres. Le temps fondateur de bonnes délibérations semble être le tout premier : lors des échanges d’observations sur le dossier du candidat avant de le recevoir. Il s’agit d’y affirmer ses interrogations, voire d’y confirmer les exigences qui pourraient être restées implicites… pour in fine construire sur cette base les axes des échanges et de la recherche de preuves supplémentaire lors de l’entretien. Le président du jury joue un rôle fondamental de cadrage et de respect des procédures VAE comme de la légitimité des attentes des membres du jury.


Le décret du 4 juin 2017 ramène la durée d'expérience requise à un an ?  Qu'en pensez-vous?

En ramenant la durée de l’expérience minimum nécessaire pour solliciter une VAE à un an le législateur a également renforcé le « rapport direct avec le diplôme ou titre à finalité professionnelle ou le certificat de qualification professionnelle pour lequel la demande est déposée ». Ce décret rapproche également l’acte de validation du jury de diplôme/certification ce qui impliquer plus étroitement les équipes pédagogiques dans le processus et permettre de développer des partenariats « de professionnalisation » dans des secteurs proches des recherches universitaires (que certains masters ou licences professionnelles ont déjà largement expérimentés). Identifier, certifier et délivrer les blocs de compétences en cas de validation partielle va accélérer la démarche compétences dans les universités.

 

[1] Agnès Veilhan a créé et animé l’option formation d’Accompagnateur VAE du Master DEPRA, Développement des Pratiques professionnelles par la Recherche Action, et coordonne le plan de professionnalisation des acteurs universitaires à la VAE de la FCU, Réseau des services universitaires de formation continue français. Elle participe également à la formation des conseillers Pôle Emploi de la région Ile de France

[2] Rapport d’expertise du projet Tempus ADIP le Dr Joelle Demougeot-Lebel : http://www.tempus-adip.org/experts/

[3] Décret du congé VAE https://www.supagro.fr/web/UserFiles/File/06-professionnels-entreprises/...

[4] Décret n°2002-590 du 24 avril 2002 pris pour l'application du premier alinéa de l'article L. 613-3 et de l'article L. 613-4 du code de l'éducation et relatif à la validation des acquis de l'expérience par les établissements d'enseignement supérieur 

[5] Le nombre de diplôme délivré en totalité est en constante augmentation ces dernières années dans l’enseignement supérieur, https://cache.media.enseignementsup-recherche.gouv.fr/file/2016/13/3/dep...

[6]A. Veilhan http://www.education-permanente.fr/public/articles/articles.php?id_revue...

[7] idem

Share on Facebook Share on Twitter Share on Google+ Share on LinkedIn