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Réfugiés syriens en Turquie : « Rien n’est difficile ici, à part la langue »

Families in Turkey by Maria del Mar Marais
De nombreuses familles de réfugiés en Turquie luttent quotidiennement pour accéder aux services fondamentaux. © ONG Diakonie/Maria del Mar Marais

Les réfugiés en Turquie sont confrontés à de nombreux défis, aussi bien pour se loger, se nourrir ou couvrir l’ensemble des besoins de leurs familles. En raison de la barrière linguistique, ils sont nombreux à ne pas être au courant de leurs droits et des services auxquels ils peuvent accéder. Grâce à un financement humanitaire de l’UE, l’ONG allemande Diakonie Katastrophenhilfe implémente un projet qui vise à répondre à certains de ces défis.

Maria del Mar Marais

Maria del Mar Marais, Communication Officer avec le ONG Diakonie @diakoniekh

Eyad et sa famille ont fui de chez eux, dans la campagne d’Alep, en février 2017, lors de la reprise de la ville par le régime. « Les bombardements n’étaient plus supportables. J’ai vu la mort de mes propres yeux. Je ne veux pas que mes enfants soient témoins de cela », explique-t-il. Maintenant, Eyad, sa femme Mona et leurs sept enfants louent un appartement au rez-de-chaussée à Adana, dans le sud de la Turquie, l’une des six provinces où le projet est implémenté. La province se situe sur la côte méditerranéenne de la Turquie, à environ trois heures de route de la frontière syrienne, et accueille quelque 200 000 réfugiés syriens. Comme la plupart des Syriens qui se sont installés ici, Eyad y est venu en quête de travail.

Eyad et ses trois aînés travaillent ensemble, ils collectent du carton qu’ils revendent ensuite au poids. Les quatre membres de la famille gagnent 15 lires turques par jour (environ € 3,8). Certains mois, ils ne peuvent pas payer leur loyer. Heureusement, le propriétaire est compréhensif et patiente jusqu’à ce qu’ils parviennent à réunir l’argent nécessaire.

Malgré les difficultés auxquelles ils sont confrontés, Eyad avoue que « rien n’est difficile ici, à part la langue ». En raison de la barrière linguistique, les réfugiés sont nombreux à ne pas être au courant des services publics turcs auxquels ils peuvent accéder, notamment en matière de soins de santé et d’éducation, et qui pourraient les aider à faire face à ces difficultés quotidiennes.

Pour soutenir ces familles de réfugiés, Diakonie Kastastrophenhilfe, avec son partenaire de terrain Support to Life (STL) et grâce à une aide humanitaire de l’UE, a lancé en novembre 2016 un projet visant à aider les réfugiés à mieux connaître leurs droits et les services publics auxquels ils ont accès dans ce pays.

STL fournit deux types d’aide : une aide ponctuelle devant suffire à résoudre les problèmes rencontrés par les réfugiés, comme une aide à l’enregistrement pour bénéficier d’une protection temporaire ou une aide pour accéder aux services médicaux ; et une aide de gestion de dossiers pour les cas plus complexes exigeant un suivi plus soutenu et éventuellement une solution multidisciplinaire. Ce deuxième type d’aide s’applique notamment dans les cas de violence domestique, d’abus, de mariage précoce, de travail des enfants ou d’invalidité physique. Le personnel de terrain se compose de travailleurs sociaux de formation et s’occupe généralement de la prise en charge des dossiers plus complexes. En outre, des séances sont organisées pour informer et sensibiliser les réfugiés.

Eyad and family by Maria del Mar Marais Adena

Eyad et sa famille. © NGO Diakonie/Maria del Mar Marais

Quelques jours après que l’équipe de terrain de STL soit passée chez eux, Ahmed, le plus jeune de la famille, est tombé malade. Puisque l’enfant (1 an) était seulement pré-enregistré et ne bénéficiait pas encore d’une pleine protection temporaire, il n’a pas pu bénéficier d’un traitement à l’hôpital. STL est alors intervenu. Ils ont accompagné la famille à l’hôpital et demandé à ce que le médecin émette un rapport indiquant que l’enfant était bien malade et nécessitait un traitement médical. Avec ce document, ils se sont ensuite rendus avec la famille d’Ahmed au ministère de la migration pour demander que l’enregistrement d’Ahmed soit traité en priorité.

La famille d’Ahmed n’est qu’une parmi de nombreuses familles de réfugiés en Turquie qui luttent quotidiennement pour accéder aux services fondamentaux. Leurs besoins les plus urgents sont des besoins en traduction pour briser la barrière linguistique et en aide à l’enregistrement pour pouvoir accéder à la protection temporaire et aux services de santé. Les équipes de STL se coordonnent également deux fois par semaine pour organiser le transport des patients depuis Hatay, une autre province méridionale de Turquie, vers Adana où ils peuvent accéder à des services d’oncologie et de cardiologie - la province d’Hatay n’en ayant pas. Citant Volkan Pirincci, le coordinateur de ce projet, on peut conclure qu’ « il y a des services à leur disposition, le problème c’est de pouvoir y accéder ».

Le jour où j’ai rendu visite à la famille d’Ahmed, ils venaient de recevoir les documents des autorités turques attestant de leur protection temporaire. Maintenant, Ahmed et sa famille, disposant tous d’une pleine protection temporaire, on tous accès aux services de base à Adana.