Protection Civile et Operations d'Aide Humanitaire Européennes

Service tools

Grèce : l’accompagnement des réfugiés dans les hôpitaux

Ahmed walks together with Andrianna and Haji inside a Greek public hospital. Ahmed is very worried as he has not seen a doctor for a long time.
Ahmed (à gauche) se rend avec Andrianna (au centre) et Haji (à droite) dans un hôpital public grec. Ahmed est très inquiet car il n’a plus vu de médecin depuis longtemps. © Vangi/CARE

L’une des premières difficultés auxquelles se trouvent confrontés les réfugiés et demandeurs d’asile au quotidien en Grèce est la barrière de la langue. Ne pas être capable de communiquer avec les locaux entraîne d’importants problèmes d’intégration et d’interaction avec les autorités et services publics. Lorsque la santé qui est en jeu, pouvoir communiquer clairement est crucial. Le service de la Commission européenne pour la protection civile et les opérations d’aide humanitaire octroie des fonds à CARE, qui aide et guide ces personnes lors de leurs visites à l’hôpital.

Dora Vangi, Communications Officer at CARE Greece

Par Dora Vangi, agent de communication chez CARE Grèce @CAREGlobal

Pouvez-vous imaginer ce que l’on ressent quand on va à l’hôpital et qu’on se retrouve face à des médecins qui parlent une langue que l’on ne comprend pas ? Et d’autre part, pouvez-vous imaginer ce que ça fait, en tant que médecin, de ne pas parvenir à se faire comprendre et poser une question aussi simple qu’essentielle, comme « Quel est le problème ? » ?

Andrianna, travailleuse sociale, et Haji, interprète, travaillent tous deux pour PRAKSIS, partenaire local de CARE. Ils jouent un rôle essentiel de médiation, pour faciliter la communication entre réfugiés et médecins se trouvant dans cette situation.

Ils accompagnent environ trois patients dans différents hôpitaux chaque jour, mais parfois ils doivent en escorter plus de huit par jour, tous nécessitant des soins d’urgence immédiate. Chaque consultation dure au moins deux heures, selon les cas. Ils se rendent dans tous les types d’hôpitaux, qu’il s’agisse de cliniques d’accouchement ou d’hôpitaux de médecine générale pour des tests de routine, ou encore des services spécialisés dans le traitement des cancers, du VIH ou d’autres maladies ou blessures graves.

« Une fois nous avons dû accompagner une femme enceinte en urgence à l’hôpital. Il s’est avéré que son bébé était en danger et elle a dû être hospitalisée directement. Elle était enceinte de huit mois. Après quelques jours, le médecin a établi qu’elle avait besoin d’une césarienne. Nous étions présents, ce fut un moment très intense. Je me souviens, nous sommes restés jusqu’au bout. C’est l’un de mes meilleurs souvenirs depuis que j’ai commencé à travailler sur ce projet.

Son mari n’a pas pu être là à temps et quand elle nous a vu attendre devant sa chambre elle nous a serrés dans ses bras et nous a dit ‘Vous êtes ma famille ici’. Elle nous a remerciés. Je serais incapable de décrire ce que j’ai ressenti. Parfois, nous avons la chance d’assister à des moments précieux comme celui-là », nous expliquent Andrianna et Haji.

« C’est un travail très gratifiant parce qu’on peut directement constater l’impact de nos actions. »

Ahmed, un Pakistanais de 30 ans, a dû se rendre à l’hôpital pour une consultation concernant son psoriasis et son hépatite C. Il avait été diagnostiqué au Pakistan mais n’a pas eu la chance de voir un médecin récemment. Dans le bureau de l’hôpital, il demeure silencieux mais on peut voir l’angoisse dans ses yeux. Il se tourne vers Haji et lui demande en ourdou : « C’est grave ? » Il est au bord des larmes.

« Ça va, essaie de te calmer. Le médecin est en train de noter quels types d’examen tu vas devoir passer avant que l’on puisse organiser les étapes suivantes de ton traitement. » Haji réconforte Ahmed et lui donne une petite tape dans le dos. « Vous devez bien vous nourrir. Pourriez-vous me décrire à quoi ressemblent vos repas quotidiens ? », lui demande le médecin.

Andrianna fouille dans ses papiers et discute des étapes suivantes du traitement avec le médecin. Il a besoin de faire passer de nouveaux tests sanguins à Ahmed pour vérifier la progression de son hépatite C et il va lui prescrire un traitement pour son psoriasis. Andrianna explique la suite de la procédure à Ahmed, tandis que Haji s’occupe d’interpréter la discussion. Les documents des précédents tests qu’Ahmed a passés et des prescriptions qu’il a reçues sont empilés sur le bureau du médecin mais Andrianna sait exactement ce qu’il faut faire.

Andrianna and Haji wait with a nervous Ahmed in the waiting room of a Greek public hospital in Athens. They are there to calm him down and explain the bureaucratic procedures.

Andrianna et Haji assis dans la salle d’attente d’un hôpital public d’Athènes, aux côtés d’un Ahmed nerveux. Ils sont là pour le calmer et lui expliquer les procédures et démarches administratives. © Vangi/CARE

« Ce service est l’une des plus importantes composantes du projet commun de CARE et PRAKSIS. C’est un service extrêmement utile, tant pour les réfugiés que pour les médecins, puisqu’il permet de surmonter la barrière linguistique qui les sépare. Les hôpitaux publics n’ont pas les moyens d’organiser ce type de services et les médecins ne savent souvent pas comment faire avec ces patients qui ne sont pas en mesure de communiquer clairement leurs problèmes.

Ils apprécient que quelqu’un endosse ce rôle de médiateur, puisque ça leur permet de faire correctement leur travail et de traiter les patients de façon adaptée. En outre, notre rôle est aussi d’expliquer, aux médecins et patients, les procédures à suivre pour la prescription d’examens ou traitements médicaux », souligne Andrianna, avec un doux sourire.

« C’est un travail très gratifiant parce qu’on peut directement constater l’impact de nos actions. »

Les problèmes de santé auxquels sont confrontées les équipes sont divers. Mais les médecins et autres membres du personnel hospitalier, même indépendamment de l’urgence de certains cas, ont toujours une attitude positive. Ils insistent sur le fait que les interprètes leur sont d’un grand soutien dans leur travail, de même que les travailleurs sociaux, qui se font les avocats des patients, expliquant les choses et prenant le temps de guider les personnes dans le besoin au travers des méandres des procédures bureaucratiques.