Monsieur le Président,          

Chers membres du Comité des Régions,     

Monsieur le Président, permettez-moi d’abord de vous remercier de cette invitation et de vous féliciter. Je sais que vous allez bientôt quitter ce mandat de Président et je voudrais vraiment vous rendre hommage pour le travail que vous avez accompli pendant ce mandat. Vous avez donné non seulement de la visibilité au Comité des Régions, mais vous avez surtout aussi mis l’accent sur le rôle important que ce Comité joue dans la promotion de l’idée européenne, et surtout dans l’action concrète de l’Europe dans les territoires.

Je voudrais également vous exprimer tous mes vœux pour le 25e anniversaire de votre comité. J’étais dans les négociations de Maastricht quand l’idée d’un Comité des Régions a émergé. Et je crois que c’était une excellente idée puisque l’Europe c’est d’abord les régions, les villes, et les cultures régionales. C’est tout cela qui a façonné notre continent et qui a donné naissance à l’idée européenne. Donc je vous souhaite pour l’avenir la même énergie et la même volonté de contribuer au projet européen, puisque le projet européen se concrétise, se réalise dans les territoires.

En effet la nouvelle Commission a pris ses fonctions il y a quelques jours et vous êtes en quelque sorte mes premiers interlocuteurs. Et j’ai été chargé dans cette Commission à la fois de l’emploi et des droits sociaux. Je suis très fier d’ailleurs de porter ce titre de Commissaire à l’emploi – l’emploi c’est d’ailleurs quelque chose qui vous tient très à cœur - et les droits sociaux. C’est la première fois d’ailleurs qu’il y a un Commissaire aux droits sociaux qui clairement fait référence au Socle des droits sociaux, et qui montre la direction. Et la direction c’est le renforcement de l’Europe sociale comme l’a dit et soutenu et exprimé avec force la présidente Ursula von der Leyen à plusieurs reprises, notamment dans son discours devant le Parlement européen.

Cette Commission a devant elle de grandes échéances, de grands enjeux. Vous avez écouté tout à l’heure le vice-président Frans Timmermans sur la transition écologique, sur le « Green Deal », qui sera un peu le « fil vert », je dirais, de cette mandature et qui est très ambitieux puisque nous voulons effectivement transformer l’Europe en un continent, en une Union respectueuse de l’environnement et étant à l’avancée de la lutte contre le changement climatique. Mais nous ne réussirons cette transition que si elle est socialement équitable. Donc la lutte contre le changement climatique et l’engagement pour une Europe sociale vont de pair, et l’un ne réussira pas sans l’autre.

Le deuxième grand volet c’est les transitions économiques, et notamment les grandes transitions technologiques. La réponse à ces transitions technologiques et économiques c’est entre autres, le Socle des droits sociaux qui a été mis en place sous la Commission présidée par Jean-Claude Juncker. Je dois dire que cette Commission et Jean-Claude Juncker, un compatriote, nous a légués un formidable instrument que nous devons maintenant utiliser pour rendre cette Europe plus sociale et plus proche des citoyens.

La digitalisation – et vous allez vous en occuper, j’ai regardé l’avis que vous avez préparé – va façonner à la fois nos industries, nos services, le travail mais aussi nos régions, nos villes, nos services publics. Elle va profondément changer la façon de travailler, la façon de communiquer. Elle va changer aussi la globalisation, à la fois en sortant un certain nombre de régions d’un relatif isolement. Elle va permettre de les désenclaver, même les régions ultrapériphériques. C’est donc une nouvelle chance. Elle va bien sûr aussi créer de nouvelles concurrences, puisque les plates-formes ne sont pas nationales, ne sont pas européennes : elles sont globales. Elle va permettre de relocaliser un certain nombre d’activités qui ont quitté nos régions, nos villes, et qui ont quitté l’Europe. Donc à la fois des opportunités formidables, mais aussi des transformations auxquelles il faut se préparer, et qu’il faut préparer.

Et il faut les préparer en investissant beaucoup. Je crois que l’investissement dans l’avenir, l’investissement à la fois dans les infrastructures digitales (les networks, les réseaux) est capital, notamment capital pour vous, pour vos régions, pour vos villes. Parce que si votre ordinateur, si votre téléphone ne marche pas, c’est que vous êtes déconnectés à une époque où il faut absolument être connecté. Investir aussi dans les hommes et les femmes : l’investissement dans les compétences est crucial. Et nous ne réussirons cette transformation à la fois climatique, environnementale et digitale que si nous investissons massivement dans les compétences. Et c’est aussi une chance, notamment pour les régions plus périphériques, puisque peut-être allons-nous pouvoir rapprocher la périphérie du centre et réduire ces écarts qui existent au sein de l’Europe et avoir un instrument de cohésion économique et sociale beaucoup plus fort. D’ailleurs je rappelle cette idée de « EU Action for Smart Villages » qui montre que les villages – les villages isolés où il y a beaucoup d’insatisfaction, d’inquiétude dans les milieux ruraux aujourd’hui – peuvent retrouver une place nouvelle dans cette Europe qui rejoint l’économie du 21e siècle.

Pour moi, les compétences sont au cœur de cette révolution. L’investissement dans les compétences est crucial. Et l’investissement dans les compétences se fait aussi dans les territoires, se fait dans les villes, se fait dans les écoles, se fait dans les institutions qu’il faut créer, qu’il faut rapprocher des citoyens pour qu’effectivement ils s’approprient les compétences nécessaires pour maîtriser les nouvelles technologies et avoir des emplois d’avenir de qualité.

Je pense aussi au chômage des jeunes. La présidente von der Leyen m’a chargé de revoir, de renforcer la garantie pour la jeunesse. Vous connaissez le drame, la tragédie des jeunes au chômage. Vous connaissez – personnellement et souvent dans les villes – les jeunes dans les quartiers difficiles et qui n’ont aucune perspective sociale ni aucune perspective d’emploi. C’est à ces jeunes-là qu’il faut s’adresser. C’est avec vous que l’Europe doit aller les trouver et leur donner, leur ouvrir une vraie perspective. Et c’est à cet égard que nous allons travailler sur cette garantie de la jeunesse qui a été un grand succès mais qu’il faut améliorer encore, qu’il faut renforcer. Je salue tout à fait ce que le Parlement européen a voté : une rallonge du budget pour lutter contre le chômage des jeunes – autour de €400 millions – qu’il faut effectivement utiliser pour sortir ces jeunes-là de la détresse et du désespoir. Puisque l’Europe se renforce si les jeunes reprennent confiance et reprennent espoir.

Nous sommes entrés dans une négociations difficile sur le cadre financier. Et dans ce contexte-là il s’agit en tout cas de ne pas priver le fonds social européen des ressources nécessaires. Parce que c’est le fonds social qui nous permet au niveau européen de mener un certain nombre de politiques sociales dans les régions, dans les villes et notamment nous adresser aux plus vulnérables et à ceux qui en ont le plus besoin. Et dans ce contexte, ce fonds qui va être créé pour lutter contre le changement climatique –  dont a sûrement parlé mon collègue le vice-président Timmermans – le Fonds pour une transition juste sera un instrument important à côté d’autres instruments, notamment aussi le fonds d’ajustement à la mondialisation.

Je voudrais dire aussi un mot sur l’économie sociale. Il y a quelques jours la présidente von der Leyen m’a confié la mission de mettre en œuvre un plan d’action de l’économie sociale. Je m’en félicite, et je crois que l’économie sociale c’est celle qui est aussi très attachée aux territoires. C’est souvent une réponse au chômage, au chômage des plus vulnérables, au chômage des personnes souvent exclues du marché du travail. Et donc avec vous, avec votre Comité, je vais travailler sur ce plan d’action pour qu’effectivement cette économie sociale qui représente des millions d’emplois, qui représente près de 10% du PIB européen soit encore renforcée et nous permette d’allier convergence économique d’un côté et convergence sociale de l’autre. Les deux sont inséparablement liées.

Un mot sur les salaires. Oui, nous allons travailler sur un cadre pour un salaire minimum en Europe puisque la convergence salariale est un élément central de la convergence sociale mais est aussi un élément important de la cohésion économique et sociale. Ce que nous voyons aujourd’hui c’est que des régions se dépeuplent, parce que des jeunes les plus qualifiés, les plus dynamiques, partent parce qu’ils n’y voient pas d’avenir, parce qu’ils voient que leurs conditions de vie sont trop difficiles. Donc nous avons besoin d’un alignement, d’une convergence des salaires en Europe.

Sur les plates-formes, j’en ai déjà un peu parlé. Je crois que le principe c’est que tout travailleur doit avoir des droits – indépendamment du statut du travailleur, qu’il soit un indépendant, un semi-indépendant. C’est ça l’esprit du socle des droits sociaux. Il doit avoir des droits à la protection sociale, il doit avoir des droits à la négociation collective, doit avoir le droit aussi à des conditions de travail équitables et justes.

Mon dernier point c’est la lutte contre la pauvreté. Nous avons remporté des petits succès dans cette lutte contre la pauvreté, quand je lis qu’effectivement le taux de pauvreté est passé de 25% à 22%. Nous pouvons nous en réjouir, mais nous ne pouvons pas nous arrêter là. Donc, quand on sait qu’il y a 110 millions de pauvres en Europe – ou de personnes menacées par le risque de pauvreté – nous avons une tâche énorme devant nous. Et la lutte contre la pauvreté c’est d’abord la lutte contre les causes de la pauvreté, c’est la lutte pour une plus forte égalité. Et d’ailleurs la présidente – je la cite encore une fois – a beaucoup plaidé pour l’égalité, une Union de l’égalité dans tous les sens. Et la lutte contre la pauvreté c’est d’abord plus d’égalité pour plus d’équité en Europe.

Nous avons comme un des grands projets dans le cadre de cette lutte contre la pauvreté une garantie pour l’enfance, parce que des enfants pauvres viennent de familles pauvres. Mais pire encore : ils reproduisent de la pauvreté, puisque deviendront souvent, généralement, malheureusement, des adultes pauvres et auront des familles pauvres. C’est la pire des exclusions, la pire des discriminations. Attaquer la pauvreté par les enfants c’est, je crois, extrêmement important. Donner à chaque enfant européen des droits: des droits à une école, des droits à une instruction, donner des droits à des soins médicaux, à – et c’est presque honteux de devoir le dire – à un repas convenable tous les jours. C’est honteux quand on sait qu’il y a des enfants, des milliers et des millions d’enfants en Europe qui n’ont pas ce droit-là. Donc nous allons travailler sur cette garantie pour l’enfance. Et là encore, je crois que votre comité et ceux qui le composent doivent nous aider, parce la lutte contre la pauvreté des enfants elle ne se fait pas à Bruxelles, elle se fait dans les villes, dans les régions. Elle se fait même dans les quartiers. Donc nous avons besoin de cette action locale pour effectivement réussir ce projet.

Un dernier mot sur le logement, parce que le logement est souvent au cœur même de l’exclusion sociale et de la pauvreté. Certes, je sais que l’Europe n’a pas de grandes compétences en matière de logement. Mais nous devons aussi avoir un regard sur ce volet. Nous devons peut-être orienter plus de fonds sur la promotion du logement, sur l’assainissement des logements – Frans Timmermans en a sûrement parlé. Il y a des centaines de milliers de sans-domicile en Europe. Ce sont des exclus aussi du marché du travail. Et on ne récupère pas quelqu’un pour le marché du travail s’il n’a pas, d’abord, un logement. Donc nous devons aussi, dans cette lutte contre la pauvreté, intégrer une politique du logement – qui bien sûr ne sera pas à réaliser au niveau européen mais qui devra être déclinée aux niveaux national et régional.

J’ai dit que nous voulions une égalité dans tous les sens pour l’Europe. Nous voulons une Union de l’égalité. Notre cap c’est une économie au service de tous, au service de tous les citoyens. Une économie qui travaille pour les gens. Je crois que, là-dedans, le social est crucial, il est très important.

J’ai lu avec beaucoup d’intérêt les propositions du Comité européen des Régions pour renouveler l’Union européenne à partir du terrain. Travailler ensemble pour rapprocher l’Union européenne de ses citoyens. C’est une proposition que j’accepte très volontiers. Je partage votre idée d’une subsidiarité active, c’est-à-dire inclure les villes, inclure les régions dans le processus de prise de décision de l’Union. Et nous n’aurons des succès dans ces différents programmes que j’ai mentionnés que si nous arrivons à les faire prendre racine dans les territoires et dans les régions. Je me réjouis de mettre en pratique cette subsidiarité active. De la mettre en pratique avec vous, avec le but de renforcer la dimension sociale de l’Union et ainsi de renforcer la cohésion économique et sociale au sein de l’Union, pour une Union plus proche des citoyens, plus proche des territoires : une Union plus solidaire. Merci.