Madame la Présidente,

Mesdames et Messieurs les députés,

Je suis heureux d’avoir l’occasion d’échanger avec vous dans ce dialogue structuré annuel.

Le période de crise sanitaire et économique que nous vivons actuellement pose une multitude de défis pour l’écosystème culturel, des médias et de l’audiovisuel. Je souhaite ici exprimer tout mon soutien à ces femmes et ces hommes de culture et des media pour qui la situation semble interminable. Et leur dire une chose : Nous voyons la lumière au bout du chemin.

Bien sûr la pandémie a accentué les  vulnérabilités et les défis structurels auquel ce secteur est confronté dans un marché fragmenté qui peine à s’adapter à la concurrence exacerbée des grandes plateformes. Mais je vois également une multitude d’opportunités, notamment dans la transformation  numérique.

Mon ambition s’inscrit autour de trois dimensions :

 

Tout d’abord, nous devons accompagner l’ensemble de l’écosystème pour traverser cette crise et s’adapter aux transformations. En décembre dernier, j’ai présenté un plan d’action pour les médias, notre feuille de route stratégique pour la reprise et la transformation du secteur, avec 10 actions concrètes, en cours de mise en œuvre.  

Sur le soutien financier, nous avons désormais un ensemble de moyens qu’il s’agit de mobiliser. Au-delà d’Europe Créative, dont le premier programme de travail sera bientôt adopté, nous avons Horizon Europe, le Programme Europe Numérique ou InvestEU. De plus, les plans de relance nationaux sont une opportunité sans précèdent d'investir dans la transformation et la résilience de l’écosystème, notamment en bénéficiant de l’objectif de 20% - soit jusqu’au 134 milliard d’euros – dans le numérique. Il s’agit pour les États Membres de saisir cette opportunité. Il s’agit aussi pour la Commission de les encourager et je m’y emploie.

Sur les productions audiovisuelles, nous travaillons – en capitalisant sur le succès de notre instrument de garantie financière  -  avec le Fonds Européen d'Investissement autour de Media Invest, une plateforme européenne d’investissement, dédiée au secteur, qui permettra de mobiliser 400 millions d’euros d’investissement dans la production et la distribution européenne.

Le 26 avril, nous lancerons une première version d’un outil interactif pour guider les entreprises des médias dans leur recherche de financement.

Nous avons également entamé des travaux spécifiques pour l’écosystème culturel, des médias et de l’audiovisuel pour l’établissement d’un espace de données ainsi que sur la question des compétences. La semaine dernière, j’ai d’ailleurs animé avec Nicolas Schmit et Maryia Gabriel une table ronde sur le « Pact for skills » avec l’écosystème créatif et culturel sur leurs besoins en matière de compétences.

Permettez-moi d’aborder à ce stade une question qui, je sais, est importante pour votre Commission. Sur la ligne multimédia, qui concerne notamment Euronews et Euranet Plus, vous le savez, la Commission a décidé d’ouvrir progressivement toutes les actions multimédias à la concurrence.

Sans entrer ici dans les détails, sur la diffusion audiovisuelle, la Commission envisage de réduire progressivement le soutien financier direct octroyé à Euronews pour aboutir à une ouverture à la concurrence complète à mi-parcours du cadre financier pluriannuel, c’est-à-dire en 2024.

En ce qui concerne la radiodiffusion, nous restons déterminés à continuer à soutenir les radios. La Commission a décidé de lancer un appel à propositions à destination des réseaux de radios européens en 2021 ayant pour objectif de couvrir les affaires européennes. Fort de son expérience, Euranet Plus pourra se porter candidat à cet appel, et nous l’avons encouragé à le faire. 

 

Mon deuxième point concerne la réorganisation de notre espace informationnel, en particulier en ce qui concerne la responsabilité des plateformes. Il s’agit de nos deux propositions jumelles le Digital Services Act (sur les contenus haineux, la transparence des algorithmes et la modération des contenus) et le Digital Markets Act (sur le rôle dans le marché des grandes plateformes structurantes – les gatekeepers)

Ces instruments horizontaux complètent notre législation sectorielle et ne la remettent pas en cause. C’est important et c’est un engagement très ferme de ma part.

Car ces dernières années, nous avons adopté des législations très structurantes pour le secteur des médias: la directive sur le droit d'auteur et la directive audiovisuelle. Notre priorité est leur mise en œuvre rapide et sans déviation dans tous les États Membres. J’y suis particulièrement attentif, et je n’hésiterai pas à agir si nécessaire. D’ailleurs, des procédures d’infraction pour retard de mise en œuvre de la directive Audiovisuel sont en cours.

Pour ce qui concerne le droit d’auteur, je souhaite ici évoquer l’Article 17 de la directive, qui est au cœur de notre dispositif pour renforcer la position de nos créateurs et leur garantir une rémunération équitable. Nous présenterons notre guidance sur l’application de l’article 17 dans les semaines à venir afin d’aider à sa mise  en œuvre qui, j’en suis convaincu, apportera des bénéfices considérables au secteur créatif européen.

 

Mon intervention aujourd’hui ne serait pas complète si je n’abordais pas la question centrale de la liberté et du pluralisme des médias en Europe, et des développements inquiétants dans certains pays, par exemple la Pologne, la Hongrie, la Slovénie ou la Tchéquie.

La préservation de la liberté et du pluralisme des médias est absolument nécessaire et constituent le fondement de nos systèmes démocratiques. Toute atteinte à ces principes, est une atteinte au pacte qui unit l’Union européenne.

La Présidente de la Commission européenne a récemment rappelé, à l’occasion du meurtre tragique du journaliste grec George Karaivaz, que la liberté de la presse était certainement la liberté la plus sacrée. Nous nous devons de la défendre, ensemble, avec force.

Dans ce domaine, la Commission européenne s’est lancée dans un programme ambitieux et volontariste.

Pour la toute première fois, nous avons présenté, grâce au soutien fort du Parlement européen, une approche holistique avec les plans d’action « Démocratie » et « Media » adoptés en décembre dernier.

La Commission cofinance un portefeuille croissant de projets qui défendent la liberté des journalistes, surveillent les violations du pluralisme et apportent un soutien juridique et pratique aux journalistes menacés.

Nous préparons une recommandation sur la sécurité des journalistes, pour que ceux qui diffusent des informations bénéficient des normes de protection les plus élevées, tant en ligne qu’hors ligne. Car nous ne devons pas oublier que la  sécurité des journalistes est une condition préalable fondamentale à la liberté de la presse, mais qui reste fragile.

Je reste très vigilant quant au respect des règles de l’Union sur l’indépendance des régulateurs de médias. C’est pourquoi je serai intransigeant dans la mise en œuvre de la  Directive SMA qui renforce considérablement cette exigence d’indépendance, et ce d’ailleurs grâce au travail de votre Commission.

Cependant, la réalité est que la boîte à outils dont dispose la Commission pour intervenir en matière de liberté des médias est limitée, en particulier alors que nous voyons dans certains pays une politisation des médias grandissante et inquiétante. Car les médias, et peut être plus encore les médias du service public, doivent être au service de l’ensemble des citoyens et non d’une fraction partisane d’entre eux.

Comme la Vice-Présidente Jourova l’a déjà mentionné au sein de ce Parlement, il nous faut sans doute un outil complémentaire. Et je suis prêt à mettre mon action au service de cet objectif.

Car je considère aussi que nous devons faire plus, même si notre compétence est limitée en la matière.

Personnellement, je crois que nous devrions préparer un « European Media Freedom Act » qui viendrait compléter notre arsenal législatif afin de garantir que la liberté et le pluralisme des médias soient les piliers de nos démocraties.

Soyons clairs, le point de départ de toute action sera la Directive SMA, notamment sur l’indépendance des régulateurs. Il ne s’agit pas de rouvrir les débats que nous avons eu à ce sujet.

Cependant, face à des changements importants dans le secteur des médias dont les conséquences potentielles sur l'indépendance et le pluralisme des médias devraient être regardées de plus près, je considère qu’il nous faut un mécanisme pour augmenter la transparence, l’indépendance et la responsabilité autour des actions affectant le contrôle et la liberté de la presse. Ce serait aussi l’occasion d’examiner les capacités de résilience des petits acteurs, et leur modèle de financement novateurs. 

Par ailleurs, nous pourrions aussi réfléchir à la meilleure façon de renforcer la gouvernance des médias publics, autour d’un cadre commun permettant de mieux prévenir les risques de politisation et de garantir davantage la diversité et le pluralisme.

Et enfin, nous devrions aussi réfléchir aux financements soutenant le pluralisme et la liberté des médias, et aux structures qui portent ces financements.     

Je suis à l’écoute du Parlement sur ces sujets majeurs et vous pouvez compter sur ma volonté à travailler ensemble à de meilleurs instruments pour défendre les valeurs fondamentales de l’Union. 

 

Mesdames et Messieurs les députés,

 

Je me réjouis de travailler avec le Parlement européen et notamment avec la commission CULT pour avancer ensemble sur l’ensemble de ces actions qui nous permettront d’assurer les bonnes conditions de développement pour le secteur culturel ainsi que celui des médias et de l’audiovisuel en cette période décisive.