Monsieur le Président de l’Université de Strasbourg,

Prof. Michel Deneken,

Monsieur le Secrétaire d’état,

cher Thierry

Monsieur le Président du Conseil européen de la recherche,

cher Jean-Pierre,

Mesdames et Messieurs,

C’est la deuxième fois que je suis invité par l’Université de Strasbourg. Cependant, aujourd’hui, cette invitation a un caractère plus particulier. Nous sommes tous ici rassemblés pour célébrer un succès, un succès européen. Par conséquent, c’est un véritable honneur pour moi d’être ainsi associé aux 10 ans du Conseil Européen de la Recherche (CER), une décennie d’engagements en faveur de l’Europe.

Au cours des deux dernières années à la Commission européenne, j’ai eu le privilège de rencontrer et de partager l’expérience de nombreux boursiers du Conseil Européen de la Recherche. Aujourd’hui encore, c’est pour moi un point d’honneur d’intégrer ces moments d’échange dans chacun de mes déplacements, soient-ils en Europe ou dans le reste du monde.

Tous ces chercheurs, à leur façon, sont différents. Ils font partie de l’élite mondiale, que j’appelle souvent les “mini Nobel” dans un sens positif et prometteur du terme. Mais ce qui les différencie véritablement, ce n’est pas tant cela, ils sont tous extraordinaire. Mais plutôt la passion contagieuse qu’ils disséminent autour d’eux.

Ils savent comme personne raconter leur histoire. D'une façon que tout le monde comprend- Les américains apellent cela “Story Tellers”. Beaucoup disposent d’une capacité à communiquer leur projet que vous ne trouvez nulle part ailleurs. Ils arrivent à nous passionner pour des découvertes que nous n’arrivons même pas pleinement à comprendre. Incroyable.

Lorsque le prix Nobel Jean-Pierre Sauvage vous raconte comment il a créé un nano-véhicule à quatre roues et comment, un jour, ce nano-véhicule voyagera dans votre organisme pour réparer des cellules. Vous comprenez tout suite sans même chercher à comprendre les détails. C’est d’une telle puissance.

Cette capacité narrative est contagieuse, et c’est en cela que ces chercheurs sont uniques et si puissants dans le monde de la science. Ils sont les meilleurs ambassadeurs du Conseil Européen de la Recherche. Il devrait être aussi les meilleurs ambassadeurs de L'Union Européenne.

Nous sommes ici aujourd’hui pour célébrer les 10 ans du Conseil. Pour moi, ce qui le rend si particulier, c’est cette conviction unique et plus fort que tout dans les sciences fondamentales.

Cette conviction sans faille du Conseil Européen de la Recherche est le symbole même de sa grande réussite. Et pas seulement au bénéfice du progrès de la science mais plus largement encore du projet européen. Dans les prochaine semaines, il y aura plus de 140 manifestations et événements comme celui-ci aujourd’hui, partout dans le monde, pour célébrer ce dixième anniversaire. Un programme à la hauteur de l’importance du Conseil Européen de la Recherche pour la science à l’échelle mondiale. Une réussite inégalée.

En fait, le succès du Conseil Européen de la Recherche n’est pas seulement européen, international, mondial. Il est planétaire !

Le Professeur Michael Gillon, dont certains d’entre vous ont entendu parler récemment, en est un parfait exemple. Il est le chef de file du projet “Spéculoos” financé par le Conseil Européen de la Recherche qui a conduit à la découverte récente de sept nouvelles exo-planètes.

Belge, de l’Université de Liège (d’où la dénomination spéculoos et trappiste), j’ai eu le privilège de parler avec ce chercheur, bénéficiaire d’une bourse du Conseil Européen de la Recherche. Mais à part sa capacité incroyable à raconter son histoire, ce sont surtout ces mots. Disait-il:

Je suis très heureux que le Conseil européen de la recherche ait investit dans notre idée et cru dans notre intuition en 2013.

Ces mots m’ont amené à conclure que l’Europe est encore un des rares endroits sur cette planète où vous pouvez encore vous fier à votre intuition scientifique avec l’appui d’institutions comme le Conseil Européen de la Recherche. 

C’est ce qui fait du Conseil Européen de la Recherche une institution si exceptionnelle: sa foi dans les potentialités de la science, sa confiance en l’intuition scientifique et sa conviction que la science naît de l’intersection de différentes disciplines. 

Toutefois, cette grande et belle histoire a un revers lourds de conséquences : pendant plusieurs jours, personne n’a vraiment su que le Prof. Gillon était un chercheur européen financé par des fonds européens. Les “unes” des journaux étaient : «la NASA a découvert 7 nouvelles planètes». Cette histoire doit nous servir de leçon: nous devons être plus audibles sur nos succès. Nous hésitons trop souvent à parler de nos projets pour un grand public. Nous sommes trop timorés. L’Europe doit parler plus.

Le Conseil Européen de la Recherche est un géant pour soutenir les meilleurs des meilleurs de la recherche fondamentale. Mais il montre aussi comment nous avons en Europe une capacité intrinsèque à innover.

En dix ans, le Conseil Européen de la Recherche a évolué comme institution qui est sensible et à l’écoute des besoins de la communauté scientifique.

Je ne vais pas vous inonder des chiffres ou avec des statistiques. Mais sachez qu’ils parlent d’eux-même. En une décennie, le Conseil Européen de la Recherche a atteint des résultats impressionnants:

  • 6 prix Nobel et 5 prix Wolf et 4 médailles Field.
  • 100,000 articles publiés dans les revues scientifiques les plus prestigieuses, dont plus de 5,500 dans le 1 % des revues plus citées.

Cela signifie, tout simplement que, pour la première fois, l’Europe a dépassé les États-Unis.

Nous nous devons de nous exprimer haut et fort à ce sujet. 

Être européen, c’est aussi être fier de la science européenne.

Après dix ans d’existence, nous constatons également des succès que nous n’avions pas prévu a priori.

Le Conseil a pris parti pour les sciences fondamentales et cette conviction est devenue contagieuse. En effet, son modèle a aujourd’hui valeur d’exemple au niveau national dans plusieurs Etats-Membres de l’UE:

  1. 8 pays européens ont mis en place leur propre Conseil Européen de la Recherche sur base du modèle européen.
  2. Et 11 pays ont mis en place des mécanismes de financement inspirés du Conseil Européen de la Recherche.

En dix ans, Il a réussit non seulement à devenir un pôle d’excellence de la science, mais il a également lancé un effet domino en propageant cette conviction dans toute l’Europe et dans le monde entier.

Si Montaigne disait que

nous ne sommes savants que de la science présente,

attardons-nous maintenant, si vous le voulez bien, sur notre avenir commun avec du Conseil Européen de la Recherche.

Comme vous le savez peut-être, il y a deux semaines, le Président Juncker, a lancé le Livre blanc sur l’avenir de l’Europe qui énonce les défis auxquels nous devons faire face aujourd’hui.

De mon point de vue, la science représente un élément central de l’avenir de l’UE, et ce essentiellement pour deux raisons:

  1. c’est un des meilleurs outils dont nous disposons pour rétablir le lien avec les citoyens;
  2. c’est l’outil indispensable pour apporter des solutions aux grands défis auxquels nous sommes confrontés, tels que le changement climatique, le vieillissement de la population et des menaces à notre sécurité.

Comme modèle d’excellence, le Conseil Européen de la Recherche devrait également nous servir de modèle pour nous-même.

Au cours des dix prochaines années et au-delà, nous allons essayer de capitaliser l’expérience du Conseil Européen de la Recherche pour construire un futur Conseil Européen pour l’Innovation (CEI). Si nous voulons relever les défis que le Président Juncker a évoqué, nous devons renforcer les liens entre la recherche et l’innovation, dans le respect de l’identité de chacun.

Et dans un futur proche, le Conseil Européen de la Recherche sera également un élément clé du 9ème Programme Cadre. Nous savons parfaitement que le Conseil Européen de la Recherche partage les valeurs que sont l’excellence, l’ouverture et l’impact. Et il continuera certainement à afficher ces valeurs dans le prochain programme cadre.

Saint-Exupery nous apprends que "préparer l'avenir ce n'est que fonder le présent. L’avenir n'est jamais que du présent à mettre en ordre. L'avenir, tu n'as point à le prévoir mais à le permettre".

Il y a par conséquent des actions à entreprendre maintenant pour atteindre cet avenir que j’ai décrit il y a peu.

1- Premièrement, les scientifiques, et en particulier les bénéficiaires du Conseil Européen de la Recherche, doivent crier haut et fort la valeur et l’importance de la Science pour leurs travaux et les retombés sur la société. Ils pourraient être nos meilleurs ambassadeurs. J’ai lu récemment un article du Professeur Herman Goosens. Il y invite les scientifiques à crier sur l’importance des financements européens. Il a déclaré, et je cite: «il faut que les chercheurs aillent crier sur tous les toits que bon nombre de nos problèmes actuels ne peuvent être résolus qu’au niveau européen». Tel est précisément mon argument. Comme vous le savez, nous entamerons bientôt de pénibles débats sur l’avenir de l’Union européenne et en particulier sur le budget de l’UE, y compris celui consacré à la science.

Nous avons donc besoin de nos scientifiques à revendiquer suffisamment fort. Mais ce discours positif sur la plus-value européenne en matière de recherche, c'est aussi à vous, en tant que bénéficiaire des programmes européens, que vous soyez chercheurs, entrepreneurs et responsables politiques, de le porter auprès de vos familles, amis, collègues et société.

Ne prenez pas l’avenir de l’UE pour garantit. 

2- Deuxièmement, nous nous devons de rester unis. Le Conseil Européen de la Recherche est unique car il n’a qu’une approche fondée sur l’excellence de la science. Celle-ci ignore la géographie et soutient aveuglement les projets, où qu’ils se trouvent, dès lors qu’ils sont les meilleurs projets dans leurs domaines de compétence. Je me souviendrai toujours du jour où j’ai donné la 5.000ème bourse à une chercheuse croate qui m’a dit:

ce que je valorise le plus de cette bourse c’est qu’elle m’a été attribué parce que je suis la meilleure, pas parce que je suis croate. Ainsi que je peux rester et continuer à vivre dans mon pays

C’est pourquoi nous devons rester unis dans la défense d’une vision d’ouverture, d’excellence de la science avec le ERC comme fer de lance. Et ce, quel que soit le nombre d’États membres de l’UE dans les années à venir.

3- Enfin, je veux voir la réputation de ce Conseil aller au-delà des milieux scientifiques. Dans les 10 prochaines années, nous devrions oeuvrer à ce que le ERC atteigne le même niveau de visibilité et de sensibilité de nos citoyens que le prix Nobel. 

Le Conseil devrait devenir une identité de renom, non seulement pour les scientifiques, mais aussi pour tous les citoyens européens.

Nous devons créer des rêves qui appellent à la fierté des Européens. La science est le meilleur outil à cet égard. Si vous créez ces rêves, les citoyens vous suivront et se sentiront fiers de leur appartenance européenne.

Pardonnez-moi de faire preuve d’audace en vous donnant quelques exemples:

  • Nous devons être les premiers à guérir la maladie d’Alzheimer,
  • Nous devons être les premiers à passer d’une économie linéaire vers l’économie circulaire.

Nous devons renouer les liens avec les citoyens par le biais d’objectifs concrets qui, une fois atteints, auront cet effet.

 

Mesdames et Messieurs,

Vous entendrez aujourd’hui qu’en à peine dix ans, le ERC a changé le paradigme de la recherche fondamentale et de son financement. Et qu’il est devenu l’une des plus grandes réussites de la construction européenne.

Soyons ambitieux à la hauteur des succès. Ne nous arrêtons pas là !

Encourageons nos chercheurs à propager la bonne parole sur le Conseil Européen de la Recherche. 

Consolidons une marque d’excellence scientifique mondialement reconnue par et pour nos citoyens. 

Affrontons l’avenir du ERC ensemble. Et continuons de croire dans le potentiel unique de la science.

Permettez-moi de conclure avec les mots de Simone Veil:

Venus de tous les continent, croyants et non-croyants, nous appartenons à la même planète, à la communauté des hommes. Nous devons être vigilants, et la défendre non seulement contres les forces de la nature qui la menacent, mais encore plus davantage contre la folie des hommes.

 

Strasbourg, 15/03/2017