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L'un des défis majeurs de la biologie
cellulaire est de recréer in vitro des tissus humains destinés
à être réimplantés dans l'organisme.
Les cultures tissulaires reposent sur une catégorie bien
particulière de cellules: les cellules souches, capables
à la fois de se multiplier - pour assurer le renouvellement
du stock - et de se différencier - et devenir ainsi des cellules
spécialisées.
Les cellules souches du sang, ou cellules souches hématopoïétiques
(CSH), intéressent tout particulièrement les chercheurs
et les médecins. Présentes dans la moelle rouge des
os, celles-ci donnent naissance à toutes les catégories
de cellules sanguines (globules rouges, cellules immunitaires ou
plaquettes). Cultiver les CSH in vitro pourrait donc permettre,
notamment, de produire des cellules immunitaires pour les individus
déficients en moelle osseuse ou des globules rouges pour
traiter les anémies - voire de créer un substitut
complet de sang pour les transfusions.
Multiplier, sans différencier
Toute greffe implique cependant de disposer d'une quantité
de cellules souches sanguines suffisante pour se réimplanter
et surtout régénérer le tissu. Or, comme pour
tous les organes et le sang, les donneurs sont trop rares. Dans
le cas précis des CSH, produites par la moelle rouge des
os longs - comme le fémur ou le sternum - le prélèvement
repose en outre sur une méthode chirurgicale lourde qui dissuade
plus d'une personne compatible.
Il faut donc pouvoir amplifier les rares CSH dont on dispose. La
difficulté est double : les cellules souches sont des cellules
au repos : elles ne se divisent pas spontanément; et, lorqu'elles
commencent à proliférer et entament leur différenciation,
elles meurent très rapidement. L'objectif du projet européen
Hematopoietic Bioreactor fut donc d'amplifier les CSH in vitro et
de réussir à ce qu'elles s'autorenouvellent, sans
différenciation et sans vieillissement. Inscrit dans le cadre
du programme Biotech 2, il a rassemblé huit équipes
de chercheurs durant quatre ans.
Le sang du cordon ombilical
Les partenaires du projet ont tout d'abord choisi une source de
cellules souches hématopoïétiques qui résout
le problème du don : le sang du cordon ombilical, généralement
détruit après la naissance. Les CSH présentes
dans ce cordon sont de meilleure qualité, moins susceptibles
d'être infectées, et surtout moins agressives pour
le receveur que celles de la moelle osseuse. "Nous nous sommes
rendu compte que le sang d'un seul cordon, soit un volume de 80
à 120 ml, contenait autant de cellules souches du sang que
les 800 à 1200 ml de moelle osseuse habituellement prélevés
sur un donneur", explique le Docteur Jacques Hatzfeld, coordinateur
du projet. "Le sang d'un seul cordon, même de petit volume,
permet d'amplifier suffisamment les cellules souches in vitro pour
permettre de greffer un adulte."
Ces précieuses cellules sont donc récupérées
et mises en culture dans des bioréacteurs - milieux dont
la composition est contrôlée en permanence - mais les
cellules souches sanguines sont normalement maintenues au repos
par des inhibiteurs de la division cellulaire. Les chercheurs ont
contré ce phénomène grâce à des
molécules capables de bloquer leur action, afin de permettre
aux cellules d'entrer en phase de division. Ensuite, ils sont parvenus
à freiner le processus irréversible de la différenciation
: la culture de CSH s'est ainsi autorenouvelée pendant plus
de 100 jours. Les scientifiques cherchent désormais à
augmenter la vitesse de cet autorenouvellement.
Des banques de sang placentaire
En Europe, notamment en Allemagne, en France, en Italie et en Espagne,
se constituent peu à peu des banques de sang ombilical et
placentaire, sous la forme d'échantillons congelés,
qui pourront être amplifiés le jour venu, par la technique
mise au point par le projet. Avant chaque prélèvement,
le sang de la mère est testé pour vérifier
l'absence d'agents infectieux, et classé suivant son type
HLA (1). L'avantage de ces banques de CSH
est de raccourcir considérablement le délai d'attente
de greffe : une fois trouvé l'échantillon de cellules
compatibles, celui-ci est immédiatement disponible pour le
receveur, alors qu'une greffe de moelle osseuse implique plusieurs
semaines de délai. A plus long terme, les médecins
souhaiteraient constituer pour chaque patient un réservoir
de cellules souches de sang compatible, à partir desquelles
ils produiraient, selon les situations, pour différencier
le type cellulaire (lymphocytes, globules rouges...) dont le malade
a besoin. On parvient actuellement, en effet, à orienter
des CSH en culture vers la différenciation voulue, en leur
donnant les nutriments et les facteurs de croissance appropriés.
Vers d'autres cultures tissulaires
Un autre volet de ce projet concerne la mise au point de milieux
de culture sans aucune protéine animale, de façon
à réduire le risque de transmission à l'homme
d'agents pathogènes comme les prions ou les virus. "Nous
avons développé un milieu dépourvu de sérumalbumine
et de transférine d'origine bovine ou humaine, qui sont respectivement
transporteur d'acides gras et transporteur de fer indispensables
à toute culture cellulaire. Nous les avons remplacées
par des molécules de synthèse, donc non contaminées,
et jouant les mêmes rôles", souligne le Docteur
Hatzfeld.
Les cellules souches sanguines utilisées par les chercheurs
européens constituent donc en quelque sorte un modèle,
qui pourra être appliqué dans l'avenir à d'autres
tissus comme le foie, le pancréas, les os ou encore les muscles,
et auquel s'intéressent déjà des partenaires
industriels. La voie est donc ouverte à la culture de cellules
souches de tissus humains en Europe.
(1) molécules HLA
: carte d'identité portée par les cellules, déterminante
pour la compatibilité entre donneur et receveur.
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Titre
Hematopoietic Bioreactor: a model for human somatic stem cell
culture
Référence
BIO4-CT960646
Contact
Docteur Jacques Hatzfeld,
Laboratoire de Biologie des cellules souches somatiques humaines
- Unité Propre de Recherche 1983 CNRS, 94 800 Villejuif.
France
Fax: +33-1- 49 58 33 15
E-mail : hatzfeld@infobiogen.fr
Partenaires
- Laboratoire Génétique Moléculaire et
Intgration des Fonctions Cellulaires, Centre National e la
Recherche Scientifique, Villejuif, France (coordinateur)
- Institute of Molecular Medicine, John Radcliffe Hospital,
Oxford, Royaume-Uni
-Laboratorio di Biologia Cellulare, Istituto Superiore della
Sanità, Rome, Italie
- Rhône Poulenc Rorer R&D, Vitry-sur-Seine, France
- Helmut Hund GmbH, Wetzlar-Nauborn, Allemagne
- Integra Bioscences GmbH, Fernwald, Allemagne
- Novo-Nordisk A/S, Bagsvaerd, Danemark
- Instituut Hematologie, Erasmus Universiteit, Rotterdam,
Pays-Bas
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Des banques de sang ombilical et placentaire,
sous la forme d'échantillons congelés susceptibles
d'être amplifiés, pourraient raccourcir considérablement
le délai d'attente de greffe.
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