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Pour les patients atteints du Syndrome d'Immunodéficience
Acquise (sida), l'année 1995 a marqué le retour de
l'espoir. Jusqu'à cette date, l'infection par le Virus d'Immunodéficience
Humaine (VIH) à l'origine de la maladie était fatale
à plus ou moins long terme. L'apparition des trithérapies,
association de trois médicaments antiviraux, permit de voir
enfin chuter les chiffres de la mortalité associée
au sida en Europe. Cette innovation a marqué un tournant
dans l'histoire de l'épidémie, mais pas sa fin. Certains
patients se sont avérés ne pas tolérer le traitement
et des effets secondaires graves ont parfois été décrits.
C'est dans le but de mieux connaître les conséquences
des trithérapies qu'a été lancé le réseau
EuroSIDA, soutenu par l'Union à hauteur de 450 000 euros
sur la période 1997-2000.
Un réseau pan-européen
La force d'EuroSIDA est de réunir pas moins de 63 hôpitaux
spécialisés dans le traitement de la maladie, répartis
dans tous les pays de l'Union (sauf le Luxembourg) mais aussi en
Suisse, en Norvège, en Israël, ainsi que dans des pays
candidats à l'adhésion (Pologne, République
tchèque, Slovaquie et Hongrie). Cette task force à
la pointe de la recherche médicale permet de regrouper des
spécialistes de domaines aussi différents que la virologie,
la recherche clinique ou les statistiques en un effort multidisciplinaire.
Des patients sont sélectionnés aléatoirement
puis inclus dans l'étude : l'évolution de leur dossier
médical (traitements, maladies, analyse biologique, etc.)
est alors suivie soigneusement durant plusieurs années. Plus
de 8500 patients sont à ce jour enrôlés dans
EuroSIDA, ce qui en fait une des plus grandes études mondiales.
Les informations médicales les concernant sont centralisées
tous les six mois sous forme anonyme à l'organe coordonnateur
d'EuroSIDA basé au Danemark. Des visites régulières
aux centres participants permettent de s'assurer de la qualité
des données recueillies.
Un tel protocole permet à la fois de suivre l'évolution
de l'épidémie sur une large échelle, d'évaluer
l'efficacité des traitements dans des conditions variées
et de détecter sans a priori les effets indésirables
des thérapies combinées. C'est ce que les spécialistes
des maladies infectieuses, qui s'intéressent à l'épidémiologie,
appellent une étude prospective. Jens D. Lundgren, de l'Hôpital
Universitaire de Hvidovre à Copenhague (Danemark), coordinateur
du projet, en résume les avantages : "comme il n'y pas
de critères stricts d'inclusion ou d'exclusion dans l'étude,
notre cohorte de patients représente les différentes
régions géographiques affectées par l'épidémie,
où la prise en charge médicale de la maladie est souvent
très différente, ainsi que les divers modes de contamination."
Décrire et prévenir
Lancé en 1994 pour prendre la suite du programme SIDA en
Europe, le réseau EuroSIDA a permis de suivre presqu'en temps
réel la généralisation de l'usage des multithérapies
en Europe. Inconnues en 1995, elles concernaient 10% des patients
en 1996, 40% en 1997 et 90% aujourd'hui, en y incluant les multithérapies
dans lesquelles plus de trois médicaments sont associés
(un exemple jusqu'alors inédit de diffusion d'une innovation
médicale, dont EuroSIDA a permis de suivre la progression).
Le suivi prospectif des patients a, en outre, amélioré
la compréhension du fonctionnement des thérapies combinées.
Les patients infectés par le VIH sont, en effet, exposés
aux maladies dites opportunistes - comme la tuberculose - qui profitent
de l'affaiblissement du système immunitaire. 10 à
20% des patients séropositifs sont également infectés
par le virus de l'hépatite. Pour y faire face, de lourds
traitements préventifs sont entrepris systématiquement,
ce qui ne va pas sans effets secondaires. Le réseau EuroSIDA
a montré que ces traitements pouvaient être levés
dès que les multithérapies permettaient le retour
au-delà d'un certain seuil de la concentration en globules
blancs de type CD4, les premiers touchés par le VIH. Cette
découverte a conduit à la révision des règles
de prise en charge des patients en Europe et aux Etats-Unis.
Priorité à la connaissance
Les données accumulées par le réseau EuroSIDA
permettent de considérer, avec cinq années de recul,
les effets secondaires associés aux multithérapies.
Les maladies habituellement associées à l'infection
par le VIH ont régressé, mais d'autres sont attentivement
surveillées, tels les lymphomes malins et les risques de
maladies cardio-vasculaires. Les échantillons biologiques
des patients inclus dans l'étude servent aujourd'hui de matériau
de recherche privilégié pour comprendre les origines
de ces possibles effets secondaires. Ces recherches intéressent
au plus haut point les groupes pharmaceutiques producteurs d'antiviraux.
Glaxo-Wellcome, Roche, Phamacia&Upjohn et Merck ont ainsi accordé
récemment des financements au réseau. Mais la principale
valorisation de ce travail reste la production de savoirs et la
diffusion de connaissances. Plusieurs rencontres internationales
ont été organisées et une session sur ce sujet
s'est déroulée lors de la Conférence de Lisbonne
en octobre 1999. Depuis 1994, treize articles relatant l'avancée
du travail d'EuroSIDA ont été publiés dans
des revues médicales, dont plusieurs dans l'une des plus
prestigieuses d'entre elles, The Lancet. "Notre priorité
est maintenant de déterminer la durée d'efficacité
des trithérapies", note Jens Lundgren. "Nous savons
qu'elles marchent pendant au moins trois ans. Mais après?".
(1) On parle souvent de
trithéraphie, mais ce terme est mal approprié car
les soins dont il s'agit mettent en oeuvre une thérapie antirétrovirale
ou une thérapie antirétrovirale hautement active (HAART)
qui peut être composée de plus de trois agents.
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Titre
EuroSIDA
Référence
BMH4-CT972713
Contact
Jens D. Lundgren
Département des maladies infectueuses
Hôpital Universitaire de Hvidovre
2650 Hvidovre, Danemark
Fax : 45 36 47 33 40
E-mail : eurosida@inet.uni2.dk
http://www.cphiv.dk/
Partenaires
Réseau de 63 hôpitaux situés dans une
vingtaine de pays européens ainsi qu'en Israël.
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Banque de données d'EuroSIDA. Les informations
médicales des patients y sont régulièrement
centralisées, sous forme anonyme.
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