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Les technologies disponibles sont susceptibles
de profiter aux handicapés partiels. La technologie implantable
devrait permettre d'aider un bien plus grand nombre de patients,
souffrant de diverses formes de paralysie.
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Ruptures de la moelle épinière et accidents vasculaires cérébraux
entraînent, dans bien des cas, différents types de paralysies. La
stimulation électrique, grâce à des prothèses neuronales, permet aujourd'hui
de restaurer certaines fonctions - telle l'activité de la vessie ou
des organes respiratoires. Les chercheurs du réseau Neuros étudient
l'application de cette technique au domaine - particulièrement complexe
- de la mobilité. Cette collaboration scientifique européenne a déjà
permis de développer un système susceptible d'aider les handicapés
partiels. Elle ouvre en outre de très intéressantes perspectives pour
la réalisation de systèmes autonomes et légers qui, implantés aux
malades, pourraient leur rendre le mouvement dans de nombreux cas
de paralysies.
Plusieurs milliers de cas de rupture de la
moelle épinière se produisent chaque année, et ils touchent en majorité
des jeunes (60% entre 18 et 30 ans). Ces ruptures accidentelles, de
même que les accidents vasculaires cérébraux, entraînent souvent des
paralysies car le système neuromusculaire - pourtant intact - ne reçoit
plus les ordres du système nerveux central. Au-delà des tragédies
personnelles que ces dommages entraînent, ils représentent un coût
social important, en raison des soins nécessaires tout au long de
la vie. Le retour à une certaine mobilité permettrait d'améliorer
considérablement la qualité de vie des personnes handicapées, en leur
ouvrant l'accès à de nombreuses occupations - notamment professionnelles.
De plus, restaurer une part de mobilité est essentielle pour éviter
certains effets secondaires: déminéralisation osseuse, calculs du
rein ou de la vessie, infections, contractures, etc.
"Une prothèse neurale délivre des impulsions électriques qui produisent
un potentiel d'action dans les nerfs reliés aux muscles paralysés",
explique Iddo Bante, coordinateur du projet Neuros. Le principe est
simple, mais son transfert à la pratique clinique se heurte à des
difficultés liées au contrôle du système. Des capteurs sont nécessaires
pour délivrer la stimulation voulue aux membres paralysés; les informations
sur le mouvement effectué doivent être retransmises au système; il
faut en outre éviter une fatigue musculaire entraînée par cette activité
électrique non physiologique. Les systèmes actuels requièrent en outre
une attention particulièrement contraignante de la part de l'utilisateur.
Le réseau Neuros vise à développer des méthodes et techniques destinées
à rendre le concept de prothèse neurale pleinement applicable à
la mobilité. Cet objectif implique une triple approche: la mise
au point de systèmes de contrôle autonomes; l'utilisation d'informations
dérivées de capteurs naturels ; le développement de systèmes de
stimulation et d'électrodes permettant une activation très sélective
des muscles.
"La réalisation d'un tel projet implique une recherche de haut
niveau. Et là, nous rencontrons un autre objectif essentiel du réseau
Neuros qui est d'assurer la formation de jeunes scientifiques. Depuis
le milieu des années 1980, notre réseau a permis d'atteindre la
masse critique nécessaire pour réaliser des travaux d'une telle
qualité. Les chercheurs européens qui travaillent dans ce domaine
ont établi des contacts très fructueux et leur collaboration a été
fortement stimulée par le programme Formation et mobilité."
De l'intention à la réaction
La première difficulté, dans la réalisation d'une prothèse neurale,
est de parvenir à déceler l'intention de l'utilisateur. "Nous ne
cherchons pas à utiliser des signaux directs du système nerveux
central car ceux-ci ne permettent pas une interprétation suffisamment
claire pour contrôler une prothèse neurale. Nous traduisons donc
l'intention de la personne en mesurant des mouvements, des forces,
voire des activités électriques nerveuses, dans des parties du corps
qui bénéficient encore d'un contrôle volontaire du sujet."
Les chercheurs de l'université d'Ålborg (Danemark) sont récemment
parvenus à montrer qu'un enregistrement sélectif de signaux émis
par des nerfs sensoriels était possible et que ceux-ci s'avèrent
parfaitement utilisables pour la réalisation d'un système de stimulation
électrique fonctionnelle (SEF) autonome. Des amplificateurs de ces
signaux nerveux ont été développés par une équipe londonienne, ainsi
que des électrodes, implantables de façon permanente, à la fois
pour l'enregistrement de signaux nerveux et pour la stimulation
du système neuromusculaire.
Mais une prothèse neurale n'est réellement autonome qu'à condition
de recevoir, à son tour, une information sur le mouvement effectué.
C'est pourquoi les chercheurs danois captent des signaux nerveux
au niveau de la peau pour alimenter les boucles de contrôle de prothèses
neurales. "La relation dynamique entre le signal mesuré par les
électrodes et la pression appliquée sur la peau a été déterminée.
Sur cette base, les signaux ont été utilisés dans deux applications.
La première visait à déterminer le contact du pied dans un système
d'aide à la marche et la seconde à détecter le glissement dans un
système de préhension de la main contrôlée par SEF."
Dans l'objectif d'une mobilité autonome, la prothèse neurale doit
également être informée de la position du corps et des membres,
sans dépendre d'un équipement extérieur. "Nous avons développé,
à l'université de Twente, un accéléromètre triaxial - capable d'estimer
l'accélération dans les trois dimensions - qui mesure les mouvements
et les orientations de certaines parties du corps. Cet instrument
ne nécessite la liaison à aucun équipement de laboratoire ni à aucune
référence externe, comme c'est le cas pour d'autres systèmes. Il
consomme en outre peu d'énergie et sa taille très réduite (3 millimètres
cubes) permet de l'implanter dans l'organisme."
Des stratégies efficaces
Les stratégies de contrôle, développées par les chercheurs européens,
ont pu être testées avec succès. "Les méthodes permettant d'interpréter
les intentions de l'utilisateur, en termes de tâche motrice à effectuer,
se révèlent parfaitement efficaces et n'imposent pas à la personne
de donner des commandes explicites pour chaque geste qu'elle désire
poser. Des stratégies de contrôle pour certaines actions - se lever,
se tenir debout - ont, en outre, été développées et simulées sur
des modèles biomécaniques. Leur évaluation expérimentale est en
cours. Les plus probantes seront ensuite transférées dans des systèmes
cliniques. Cette étape supplémentaire ne fait pas directement partie
des objectifs de Neuros, mais bien d'autres projets européens, en
particulier Tide Crest, auquel nous collaborons également."
"Nous espérons que l'implication de l'industrie européenne s'intensifiera",
souligne Iddo Bante. "Les technologies déjà disponibles sont susceptibles
de profiter aux handicapés partiels, qui marchent avec difficulté.
Quant à la technologie autonome, implantable et facile à utiliser,
vers laquelle nous nous dirigeons, elle devrait permettre de rendre
les prothèses neurales efficaces dans de bien plus nombreux cas
de paralysies."
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