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RDT info logoMagazine de la recherche européenne Numéro spécial - Mai 2005    
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 EDITORIAL

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Title  Pourquoi la recherche polaire est-elle si importante ?

Bien que pratiquement opposés en termes géographiques et topographiques, l’Arctique et l’Antarctique ont en commun le froid qui y règne, l’isolement et la rudesse de leur environnement. Les scientifiques doivent dès lors recourir à des méthodes et des technologies adaptées pour y mener à bien leur travail, ce qui fait de la science polaire une activité complexe et extrêmement coûteuse. Pourquoi alors tous ces efforts, et pourquoi des événements si éloignés de nos vies quotidiennes devraient-ils avoir tant d’importance ?

La banquise (ici en Arctique) occupe environ 7% de la surface marine de la planète, et est importante pour le climat du fait du pourcentage considérable de lumière qu’elle reflète (albédo) en comparaison avec la moyenne de la surface terrestre. © IPF
La banquise (ici en Arctique) occupe environ 7% de la surface marine de la planète, et est importante pour le climat du fait du pourcentage considérable de lumière qu’elle reflète (albédo) en comparaison avec la moyenne de la surface terrestre.
© IPF
En dépit de leur éloignement, les régions polaires sont partie intégrante du système climatique de la planète et en représentent une composante de première importance. En effet, du fait de la différence entre le flux solaire capté à l’équateur et aux pôles, ces derniers injectent d’immenses masses d’eau et d’air froids dans la circulation des océans et des vents, ce qui détermine le climat non seulement sous les hautes latitudes mais également pour le reste de la planète. De plus, les immenses calottes glaciaires continentales (les inlandsis de l’Antarctique concentrent à eux seuls environ 90% de la glace mondiale, et 80% de son eau douce) présentent une capacité d’inertie inhérente qui, jusqu’à présent du moins, nous a protégés d’un réchauffement climatique rapide, que ce soit du fait d’émissions de CO2 naturelles ou d’origine humaine.

Les pôles réfléchissent les radiations solaires
Ce tampon climatique que constituent les régions polaires dépend également de l’étendue horizontale de la banquise. Jusqu’à très récemment, la couverture glaciaire des océans Arctique et Austral n’était jamais descendue en-dessous de 16 millions de km2. Ces larges surfaces blanches reflètent les radiations solaires et de la sorte contribuent de façon déterminante au refroidissement naturel de la planète. Cette capacité de réflexion est connue sous le nom d’albédo.

Un puits de carbone
De plus, ce que l’on appelle la circulation thermohaline (due aux différences de températures et de salinité) est impulsée par les océans polaires. La formation d’eaux profondes de l'Atlantique nord (North Atlantic Deep Water – NADW) dirige le courant froid venu de l’océan Arctique via le détroit de Fram en direction de l’Atlantique, tandis que l’eau froide venue de la mer de Weddell part vers l’océan Austral. Ces courants de fond ont un impact direct sur le cycle du carbone et font de l’océan Austral le principal puits océanique de carbone de la planète, car ils créent les conditions nécessaires à la croissance du phytoplancton absorbant le CO2.

Une zone de recherche privilégiée et irremplaçable
Ce morceau renversé de banquise montre le mélange d’algues de glace responsable de l’essentiel de la capacité de l’océan Austral à absorber le CO2 par photosynthèse. © IPF
Ce morceau renversé de banquise montre le mélange d’algues de glace responsable de l’essentiel de la capacité de l’océan Austral à absorber le CO2 par photosynthèse.
© IPF
Outre l’étude de ces problèmes urgents, les régions polaires attirent la recherche scientifique dans une grande quantité de disciplines, parmi lesquelles la glaciologie est sans doute la plus connue vu le contexte actuel des changements climatiques, et notamment grâce à la masse d’informations existant au sujet des climats dans le passé.

Mais les pôles mêmes se sont également avérés être des régions essentielles pour la recherche et l’observation. Ainsi:

  • l’étude des interactions entre la haute atmosphère et les particules ionisées provenant du Soleil. Ces interactions sont à l’origine des aurores boréales et australes. Elles affectent également les émissions radio des satellites;
  • l’observation à partir de l’Antarctique des couches atmosphériques supérieures, notamment afin d’étudier l’ozone stratosphérique et les “trous d’ozone” polaires saisonniers;
  • certains travaux en astrophysique, facilités par la clarté et la pureté de l’air au-dessus de la calotte glaciaire du Groenland et de l’Antarctique;
  • l’étude de phénomènes cosmiques et de particules élémentaires telles que les neutrinos, en utilisant la couche de glace de l’Antarctique comme filtre naturel (voir Ice-Cube: la boule de cristal de l’Antarctique).
  • l’étude des écosystèmes terrestres inviolés de l’Antarctique et de certaines régions de l’Arctique, et le suivi de l’invasion de communautés simples par des espèces étrangères;
  • la description des communautés inconnues et complexes du plancher marin, constituant une immense biodiversité marine;
  • l’utilisation du paysage quasi lunaire des régions polaires comme terrain d’expérimentation pour les jeeps lunaires et autres technologies spatiales;
  • l’étude de la faune et de la flore indigènes et de leur réaction aux changements environnementaux, à l’exploitation humaine passée et présente et au tourisme;
  • l’observation de la migration des oiseaux;
  • la collecte des météorites sur la surface de la calotte glaciaire et autres formations glaciaires où seules des roches d’origine extraterrestre peuvent être trouvées;
  • l’étude de la psychobiologie et de la psychosociologie des scientifiques qui y hivernent, en tant que modèle de communauté humaine isolée.
Mais le plus grand défi qui se pose aux scientifiques est sans doute l'avenir probable des glaces polaires, vu la menace posée par le réchauffement de la terre: d’après l’avertissement lancé par le Rapport d’évaluation de l’impact du climat sur l’Arctique (ACIA), le réchauffement, entraînant avec lui un rétrécissement de la banquise et la fonte de la calotte glaciaire, aura un impact planétaire énorme. Personne ne sait où se situe le seuil au-delà duquel la fonte de la banquise et de la calotte glaciaire sera irréversible. Mais chacun d’entre nous, scientifique polaire ou non, comprend probablement que l’enjeu ne se résume pas à une planète vidée de ses ours polaires et de ses manchots empereurs, images d’Epinal d’un monde glaciaire lointain et inviolé, mais qu'il implique également une hausse du niveau des mers qui détruira l'habitat, si ce n’est la vie, de millions de personnes.

Un effort international
En raison du coût élevé de sa logistique et de ses activités de soutien, la recherche polaire doit souvent compter sur la collaboration internationale, notamment dans le cas de projets de plus grande envergure. La coopération internationale a dès lors joué un rôle d’avant-plan depuis la dernière Année géophysique internationale en 1957 et a joué un rôle décisif dans la morphologie de la recherche polaire et dans le maintien d’un indispensable réseau de vaisseaux et de stations de recherche, conformément aux dispositions du Traité sur l’Antarctique.


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  Pourquoi la recherche polaire est-elle si importante ?
  Traité antarctique
  Recherche arctique et antarctique: quelle différence?



   
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