Centre De Recherche

Cinq sur cinq

EuroHear vise à en savoir plus sur les causes génétiques de la surdité et à décoder la pathogénie de ses différentes formes. Il étudie également plus précisément le mode de fonctionnement de la cochlée, organe sensoriel de l’audition.

«Nous nous sommes lancés dans un projet ambitieux qui comble le fossé entre différentes disciplines scientifiques. La dimension européenne du programme offre une vraie valeur ajoutée sur ce plan.» «Nous nous sommes lancés dans un projet ambitieux qui comble le fossé entre différentes disciplines scientifiques. La dimension européenne du programme offre une vraie valeur ajoutée sur ce plan.»

La déficience auditive touche plus de 10 % des Européens, soit plus de 40 millions de personnes. Face à l’ampleur de ce phénomène, la Commission européenne a financé le projet EuroHear au titre du sixième programme-cadre. Lancée en 2005, cette recherche multi - disciplinaire est menée à l’échelle du continent.

Le projet réunit 250 scientifiques de dix pays et de différentes spécialités. Pour Christine Petit (Institut Pasteur – FR), coordinatrice scientifique du projet, la participation au programme-cadre n’a pas seulement permis d’aborder le problème de l’audition, pour mieux connaître les causes de la surdité et, à terme, y remédier. Le projet a également amélioré la communication et les interactions entre différents champs scientifiques au fur et à mesure de la collaboration. Cette expérience semble concluante et une demande de participation au PC7 est introduite, les recherches portant cette fois sur le développement de l’oreille interne et les pertes auditives liées à l'âge.

Quels sont les objectifs du projet EuroHear?

Nos principaux objectifs consistent à élucider les bases génétiques de la surdité et à décoder la pathogénie de ses différentes formes. Nous souhaitons également déterminer le mode de fonctionnement de la cochlée, l’organe sensoriel de l’audition. Notre but consiste à rapprocher ces deux domaines de recherche et à ouvrir la voie au développement d’approches préventives et thérapeutiques de la surdité. En tenant compte de ces objectifs, nous espérons mettre en place une recherche européenne multidisciplinaire sur le fonctionnement et le dysfonctionnement de la cochlée.

Pourquoi les recherches menées dans le cadre du projet EuroHear sont-elles si importantes?

La surdité est un handicap sérieux, qui tend à être négligé du fait qu’il n’est pas directement visible. Sur le plan social, ce handicap est extrêmement pesant car il représente une entrave à la communication. Nos défis scientifiques ne peuvent être abordés qu’en associant des approches scientifiques médicales, expérimentales et théoriques.

Pouvez-vous nous citer certains des défis rencontrés par ce projet?

Le regroupement d’experts de différents domaines n’est qu’un premier pas. Le plus grand obstacle sera de réussir à les faire collaborer. Chaque expert met l’accent sur son propre domaine de recherche et la bonne volonté que nous mettons à travailler ensemble ne suffit pas toujours lorsque les spécialités – par exemple la génétique et la biophysique – sont si différentes. C’est pourquoi nous donnons la priorité à la formation multidisciplinaire sur la cochlée dans le projet EuroHear. Chaque année, une trentaine de scientifiques sont invités à participer à des séminaires sur la physiologie cochléaire, la biophysique, l’imagerie, la génétique et d'autres domaines. Les réactions des participants ont été, jusqu’à présent, très positives. Ces séminaires représentent des occasions uniques d'échanges entre jeunes scientifiques à travers l’Europe. Ces rencontres peuvent, à long terme, déboucher sur des projets de collaboration.

Les résultats de vos recherches déboucheront-ils sur un traitement de la déficience auditive?

Absolument. Nous mettons au point différentes approches pour y parvenir. Certains groupes se concentrent sur la régénération de la cochlée endommagée, d’autres se penchent sur l’amélioration du mode de délivrance des médicaments à ce niveau. Enfin, d'autres encore se consacrent au criblage in vitro et in vivo de médicaments.

Ce projet a une durée de cinq ans. Est-ce suffisant pour atteindre vos objectifs?

Le partage des ressources a accéléré le processus de découverte des gènes de surdité et de décodage des propriétés biophysiques de la cochlée et des mécanismes moléculaires. Le projet EuroHear a permis de transformer des projets, à l’origine sources de concurrence entre les scientifiques européens, en des projets de collaboration. Ceci dit, bien qu'elle soit en cours, la mise en place d’un domaine de recherche multidisciplinaire authentique mettant l’accent sur la cochlée prendra du temps. Une sorte de «changement culturel» est nécessaire de la part des scientifiques afin de développer un langage commun.

Pensez-vous, dans ces conditions, obtenir un financement au titre du septième programme-cadre?

C’est, en effet, l’un de nos grands espoirs. Jusqu’à présent, le seul financement spécifique pour l’étude des organes sensoriels accordé par le PC7 concernait une action de coordination sur la déficience auditive et la dégénération. C’est assez préoccupant, et par ailleurs très surprenant. L’Europe occupe une place importante dans ce domaine de recherche, mais un soutien financier adéquat est nécessaire pour s'y maintenir. Nous nous sommes également lancés dans un projet ambitieux qui comble le fossé entre différentes disciplines scientifiques. La dimension européenne du programme offre une vraie «valeur ajoutée» sur ce plan, mais le projet devra se prolonger et être renforcé dans le PC7 afin que nos initiatives portent vraiment leurs fruits. Je ne dis pas que la recherche devrait durer indéfiniment, mais un délai plus long et plus flexible devrait, si nécessaire, être envisagé. Pour autant, une telle flexibilité ne diminuerait en rien notre enthousiasme à entamer de nouveaux champs de recherche.


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