Chine

L’Année de la Science et de la coopération scientifique entre la Chine et l’Union

Depuis 1998, la République populaire de Chine est très présente dans les projets financés via les programmes-cadres de recherche de l'Union. Ce pays, qui connaît systématiquement ces dernières années des taux de croissance de plus de dix pour cent pour son budget de recherche, est devenu le principal pays tiers impliqué dans les programmes communautaires.

Jun Han Jun Han
Shiping Ren Shiping Ren
Mission Double Star en orbite. Vue d'artiste. Exemple de la collaboration Europe-Chine dans le domaine spatial. Mission Double Star en orbite. Vue d'artiste. Exemple de la collaboration Europe-Chine dans le domaine spatial.
© ESA
Le réacteur de fusion ITER se construit, à Cadarache (FR). Six chercheurs chinois participent actuellement à ce projet dont l’objectif est d'apporter une énergie durable. Le réacteur de fusion ITER se construit, à Cadarache (FR). Six chercheurs chinois participent actuellement à ce projet dont l’objectif est d'apporter une énergie durable.
© ITER

Pour tirer le meilleur parti des opportunités de recherche offertes par le 7ème programme-cadre, les autorités redoublent d’efforts d’information vis–à-vis des chercheurs chinois. A telle enseigne que le pays vit depuis quelques mois au rythme d’une année décrétée, depuis octobre dernier, «Année de la Science entre la Chine et l’UE». Une année studieuse qui n’a rien à voir avec l’année du cochon, du calendrier traditionnel! Rencontre avec Jun Han et Shiping Ren, de la Mission de Chine auprès de l'Union européenne à Bruxelles.

Comment la recherche scientifique et technologique est-elle financée en Chine?

Jun Han, Ministre Conseiller de la Mission de Chine auprès de l'UE:
En Chine, le développement des sciences et des technologies (S&T) passe par plusieurs grands programmes nationaux. D’une part, nous avons de grandes orientations stratégiques. Pour les S&T, il s’agit, par exemple, du Programme national 863, décidé en mars 1986 par le gouvernement. Pour la recherche scientifique fondamentale, nous disposons du Programme national 973, décidé en 1997. Parmi ces grands programmes nationaux, pointons encore le Programme Spark (1986) pour la recherche dans le secteur agricole et qui s’appuie lui aussi sur la recherche S&T ou encore le Programme Torch, lancé en 1988 pour le développement d’industries de haute technologie dans le pays. Au total, une dizaine de grands programmes nationaux de ce genre encadrent le financement de la recherche en Chine. D’autre part, des priorités à plus court terme sont encadrées par des programmes quinquennaux. Le financement pour ces différents programmes émane de l’Etat et de ses institutions scientifiques. Celles-ci signent aussi des contrats de recherche avec l’industrie.

Quel budget la Chine consacre-t-elle chaque année au financement de sa recherche scientifique et technologique?

Jun Han: Actuellement, cela tourne autour d'1,3% du produit intérieur brut. Pour l'année écoulée, cela représentait l’équivalent de quelque 30 milliards d'euros. Le but du gouvernement chinois est d'arriver d'ici 2020 à un financement de la recherche d’au moins 2,5% du PIB.


Encadré : Évolution de moyens consacrés à la recherche S&T par la Chine


Année Pourcentage du PIB
1999 0,76%
2000 0,90%
2001 0,95%
2002 1,07%
2003 1,13%
2004 1,23%

(Source : Ministère des Sciences et Technologies / République populaire de Chine)

Comment les chercheurs et les industriels chinois sont-ils informés des opportunités de recherches financées par la Commission européenne?

Shiping Ren, deuxième secrétaire à la Mission de Chine auprès de l'UE: L'initiative d'un partenariat avec des chercheurs européens vient systématiquement des scientifiques chinois. Le gouvernement se borne à créer des conditions favorables pour que de telles initiatives puissent être prises par les chercheurs, par exemple en les aidant à participer à des congrès, des colloques ou des symposiums scientifiques en Chine comme ailleurs dans le monde. De plus, à Pékin, le Ministère des Sciences et des Technologies organise, en collaboration avec la Délégation de l'Union européenne, des séances d'information sur les opportunités de recherche avec l'Union. Nous organisons aussi depuis l'été 2006 des cycles d'information à Pékin et en province sur le 7ème programme-cadre et ses possibilités pour les chercheurs chinois. A certains séminaires, le nombre des participants s’élève à 300 ou 400. Lors du 6ème programme-cadre, nous avions déjà organisé une trentaine de journées d’information de ce genre en Chine.

Comment va, selon vous, évoluer la collaboration entre les chercheurs chinois et européens dans le nouveau programme-cadre?

Shiping Ren: Les accords de collaboration en matière de recherche entre la Chine et l'Union européenne remontent à 1998. Cette année-là, nous étions au début du 4ème programme-cadre. A l’époque, des chercheurs chinois ont réussi à participer à seulement deux ou trois projets dans le programme-cadre. Au fil des années, d'autres équipes les ont rejoints. Pour le 6ème programme-cadre, qui s'achève, ce sont quelque 200 équipes scientifiques chinoises, selon nos calculs, qui ont pu collaborer avec les chercheurs européens (dans le cadre de 134 projets selon la nomenclature européenne). Une majorité (50 équipes sur les 200) se concentrait dans le domaine des technologies de l'information et des communications (TIC).

Je pense qu'avec le 7ème programme-cadre, cette collaboration va s'intensifier, pour le bénéfice commun de tous les partenaires. Notamment du fait que le nouveau programme s'étend sur une période plus longue que ses prédécesseurs.

Quels sont les domaines de recherche prioritaires pour votre pays dans les années qui viennent?

Shiping Ren: Nous avons quasiment les mêmes priorités que les Européens. C’est ce qui explique que les partenariats avec les chercheurs chinois sont bénéfiques pour toutes les parties ("win-win"). Pointons plus particulièrement les programmes de recherche axés sur les énergies, la protection de l’environnement, les biotechnologies, la santé, les nouveaux matériaux, l’informatique, l’agroalimentaire, les transports et même le spatial.

En matière énergétique, la Chine collabore au réacteur de fusion nucléaire ITER. C’est une priorité?

Jun Han: La Chine collabore efficacement avec l’Union européenne dans le cadre du projet ITER. Un grand pays comme la Chine a, en effet, besoin d’énormément d’énergie pour développer le pays. Si économiser l’énergie est une priorité, développer des énergies nouvelles en est une autre et ITER présente un potentiel immense pour résoudre les besoins énergétiques du monde entier. C’est pourquoi ce type de grand projet international au bénéfice de l’humanité tout entière nous intéresse. Néanmoins, dans le domaine énergétique, domaine pour lequel existe un comité de pilotage Chine-UE et une collaboration bilatérale étroite, nous ne nous limitons pas à ce seul projet. Lors de la dernière réunion du comité de pilotage énergie à Shanghai, l’année dernière, on a aussi beaucoup discuté du charbon propre, de la fission nucléaire, de l’hydrogène…

En ce qui concerne le spatial, la Chine donne cependant l’impression de vouloir développer seule ses compétences dans ce domaine. Par exemple en matière de vols habités. Le vol historique du premier Chinois dans l’Espace, Yang Liwei, en atteste.

Jun Han: Je ne peux empêcher de voir les choses sous cet angle. Mais je dois tout de même vous rappeler que nous travaillons, par exemple, en étroite collaboration avec l’ESA, l’Agence spatiale européenne, dans le cadre de la mission Double Star d’observation du Soleil. Par ailleurs, la Chine est le principal pays-tiers à participer au programme européen de positionnement par satellites Galileo. Mon pays y a consacré 70 millions d’euros pour la première phase. Onze projets de collaboration ont déjà été signés dans ce contexte. Deux autres sont en attente. Pour Galileo, la première phase est à nos yeux réglée. Nous sommes à présent en train de travailler sur de nouveaux modes de coopération pour la suite de ce programme en espérant avoir les meilleures options possibles pour mettre en œuvre les collaborations industrielles. Galileo est un exemple parfait de la collaboration S&T que l’Union européenne et la Chine peuvent mettre en place. C’est aussi, pour nous, le plus long projet jamais envisagé. Avec Galileo, nous serons partenaires sur une très longue période: vingt à trente ans au moins.

En matière de santé, les liens entre la Chine et l’Union européenne sont-ils aussi forts qu’en ce qui concerne les technologies?

Shiping Ren: Un exemple parmi d’autres pour vous répondre. Quand nous avons été confrontés à l’épidémie de SRAS (Syndrome Respiratoire Aigu Sévère), nous avons demandé un coup de main à nos partenaires européens. Immédiatement, dans le 6ème programme-cadre, une dizaine de projets de recherche spécifiquement consacrés au SRAS ont été mis en place et neuf millions d’euros y ont été consacrés. Neuf de ces projets ont été couronnés de succès. C’est une belle réussite. Dans la perspective du 7ème programme-cadre, nous allons notamment collaborer à des projets portant sur la médecine traditionnelle chinoise. Celle-ci ne doit pas remplacer la médecine scientifique moderne mais nous pensons qu’elle peut apporter dans certains cas des alternatives intéressantes. Ici aussi, il s’agira de partenariats "win-win"… pour chaque type de médecine!


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plus de précisions

Un palmarès scientifique «national» impressionnant en 2006

Shanghai, 6 340 km², 18 670 000 habitants en 2006, vue par satellite. Shanghai, 6 340 km², 18 670 000 habitants en 2006, vue par satellite.
© ESA

Le 21 janvier dernier, les dix principales avancées scientifiques et technologiques réalisées en 2006 en Chine ont été rendues publiques par les autorités de Pékin. Ce « top 10» a été dressé par un panel de 565 membres issus de l’Académie chinoise des Sciences et de l’Académie chinoise des Sciences de l’Ingénieur. Il est aussi impressionnant que pluridisciplinaire :

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