Union Européenne

La coopération internationale, axe majeur du 7ème programme-cadre

Un des objectifs du nouveau programme-cadre est d'intensifier les partenariats stratégiques avec les pays tiers, notamment dans le cadre d’une mobilité plus grande des chercheurs. Explications de Sigi Gruber, chargée de la communication à la Direction générale de la recherche pour la dimension internationale du 7ème programme-cadre.

Des actions spécifiques de coopération internationales (SICA) permettent de travailler sur des thèmes précis. Exemple: la valorisation de la biodiversité des Andes, à la fois pour des raisons environnementales et agro-industrielles. Des actions spécifiques de coopération internationales (SICA) permettent de travailler sur des thèmes précis. Exemple: la valorisation de la biodiversité des Andes, à la fois pour des raisons environnementales et agro-industrielles.

Pourriez-vous nous expliquer comment la dimension internationale devient pleinement intégrée au 7ème programme-cadre?

L'approche de la coopération internationale dans le 7ème programme-cadre est sensiblement différente de celle suivie dans le 6ème programme-cadre. Elle vise à intégrer la collaboration internationale en matière de recherche dans l'ensemble du Programme-cadre, et elle est ciblée en termes géographiques et thématiques.

Pour étendre la collaboration internationale, trois principes de base ont été adoptés:

  • Tout d’abord, le principe de programmation. Contrairement aux programmes-cadre précédents, l’ensemble du 7ème programme-cadre comporte une large ouverture («mainstreaming») sur la collaboration internationale ainsi qu'une programmation de priorités spécifiques pour les pays et régions tiers. Ces priorités s’inscrivent dans les différents appels à propositions de tous les programmes thématiques.
  • Ensuite, le principe de ciblage définit des actions spécifiques avec des pays et régions tiers dans chaque priorité thématique du programme spécifique «Coopération». Le 7ème programme-cadre assure alors l'intégration d'enveloppes budgétaires pour chacun des appels à propositions correspondant.
  • Enfin, le principe de partenariat et dialogue est mis en exergue dans les actions spécifiques de coopération internationale (SICA) qui visent une participation équilibrée des pays tiers dans la collaboration avec les partenaires européens.

La grande nouveauté repose donc sur deux aspects. D’un côté, l’ouverture «passive» (à tous les pays-tiers), ou «ciblée» (à des pays ou des domaines en particulier). De l’autre, les SICA qui sont des activités destinées à s’implanter dans chacun des thèmes spécifiques du programme «Coopération».

Le programme «Capacités» quant à lui comporte sept activités, dont une entièrement réservée à la coopération internationale. Par des mesures de soutien, cette activité doit promouvoir la coopération internationale avec les PPCI (Pays Partenaires dans la Coopération Internationale). Elle soutient les dialogues comme celui en cours dans le cadre de la plateforme des pays des Balkans occidentaux qui rassemble différentes parties prenantes telles que les universités, les entreprises, les pouvoirs publics, la société civile et les donateurs. Par ailleurs cette activité soutient aussi l’échange d'information avec tous les PPCI. Ceci vise à permettre à l'UE et aux pays et régions tiers de discuter des priorités de recherche actuelles et futures, et à faciliter le débat entre les différentes parties prenantes.

Le 7ème programme-cadre est aussi ouvert au partenariat avec les grandes puissances comme les Etats-Unis ou le Japon. Comment distinguer collaboration et concurrence?

Ici, deux points importants sont à relever. D’une part, l’UE a toujours mené une politique de soutien à la recherche collaborative et générique. Nous pouvons toutefois nous attendre à un accroissement de la recherche compétitive en Europe, notamment à travers le programme «Idées» qui prévoit un seul critère de sélection: l’excellence.

D’autre part, certains pays partenaires comme les Etats-Unis ont privilégié l'approche concurrentielle à l'approche collaborative. Cependant, là aussi, les choses sont en train de changer car les chercheurs américains évoluent vers une pratique plus collaborative en raison du coût croissant des infrastructures et de la nature multidisciplinaire des recherches à mener. Je pense par exemple au projet ITER sur la fusion nucléaire autour duquel s'est cristallisée une véritable collaboration à l'échelle mondiale.

Comment les partenaires potentiels réagissent-ils au 7ème programme-cadre?

Le 7ème programme-cadre est sans conteste le programme scientifique le plus ambitieux qu’on ait vu jusqu’à maintenant. Nos partenaires américains doivent négocier longuement leurs budgets chaque année dans un contexte baissier en matière de financements publics. Au contraire, le 7ème programme-cadre prévoit une croissance constante s’étalant sur une période de sept ans. D’une manière générale, nos partenaires s’enthousiasment à l’idée de ce nouveau Programme-cadre et souhaitent participer activement!

Les actions de collaboration internationale encouragent la mobilité des chercheurs. Quid de la fuite des cerveaux?

À vrai dire, la fuite des cerveaux est un mythe et nous cherchons davantage à introduire le terme de «circulation des cerveaux». Durant ces cinq dernières années, nous avons mis en place une série d’actions visant à rendre l’Europe plus attractive et accueillante à la fois pour ses propres chercheurs mais aussi pour les chercheurs du reste du monde. Mais nous ne voulons pas participer à la fuite des cerveaux des pays en développement. Ainsi, dans le cadre des actions Marie Curie et des bourses de mobilité lancées durant le 6ème programme-cadre, les chercheurs des économies émergentes et les pays en développement pouvaient recevoir une bourse de retour qui leur permettait de retourner dans leur pays pour poursuivre leur activité de recherche et se réintégrer. Nous cherchons à poursuivre ce genre d’initiatives. Par exemple, le 7ème programme-cadre prévoit de fournir un soutien à la diaspora scientifique provenant des pays tiers comme l’Afrique pour que les chercheurs puissent continuer à communiquer entre eux, qu’ils soient en Europe ou de retour dans leur pays.

Quels sont les instruments actuels permettant une meilleure mobilité des chercheurs?

À titre d’exemple, je citerai trois initiatives. En 2005, le Conseil a adopté une directive visant à faciliter l’obtention d’un visa scientifique qu’il prévoit d’intégrer à la législation de tous les Etats membres d’ici octobre 2007. Le but est d’encourager l’entrée de chercheurs étrangers en Europe. La seconde initiative, lancée et cofondée avec les États membres et les pays associées au 6ème programme-cadre, repose sur la mise en œuvre d’un réseau de plus de 200 centres de mobilité qui accueillent les chercheurs du monde entier et facilitent leur arrivée en Europe. Ceux-ci bénéficieront d’informations pratiques pour la recherche d’un logement, l’obtention d’un permis de travail, l’inscription dans une crèche ou un établissement scolaire, etc. La troisième initiative consiste en la création d’un portail européen pour la mobilité des chercheurs qui diffuse quotidiennement entre 900 et 1000 offres d’emplois (http://ec.europa.eu/eracareers/).

À cela nous pouvons ajouter le tout nouveau réseau ERA-LINK (European Researchers Abroad - http://cordis.europa.eu/eralink) dont le but est de créer un réseau de chercheurs européens à l’étranger. Nous avons lancé une initiative pilote aux Etats-Unis en juin 2006 afin de mettre les chercheurs expatriés en contact et de les informer sur ce qui se passe en Europe en matière de R&D. L’idée est de garder le contact et de les inciter à continuer à coopérer avec l’Europe. Aujourd’hui, ERA-LINK est en pleine expansion et nous cherchons à l’implanter ailleurs, par exemple au Japon ou en Chine. Bien évidemment, toutes ces initiatives ont été menées en étroite collaboration avec les Etats membres afin d’établir une sorte de marché du travail pour les chercheurs en Europe.

Pouvez-vous mesurer la mobilité des chercheurs? Les chercheurs sont- ils plus mobiles aujourd’hui qu’avant?

Nous avons lancé quelques études à ce sujet, mais il est très difficile de mesurer ce genre de données. En effet, les gens n’ont pas de puce avec eux, nous ne pouvons pas non plus les traquer puisqu’ils ne sont pas obligés de s’enregistrer. La seule donnée valable que nous ayons concerne les candidats au doctorat qui viennent étudier en Europe. Nous savons, par exemple, que l’Allemagne, le Royaume-Uni, et la Suède sont des importateurs nets, ce qui veut dire qu’il y a plus de chercheurs indiens ou chinois qui viennent dans ces pays, que de chercheurs allemands, britanniques, ou suédois qui en partent.

Quels sont vos projets pour les mois à venir?

Notre but premier est de faire savoir que la coopération internationale est désormais pleinement intégrée à l’ensemble du programme-cadre. Tout le monde doit en être informé, et surtout les chercheurs européens car c’est là que le bât blesse. Les gens ne savent pas encore que le 7ème programme-cadre propose une dimension internationale totalement différente des programmes-cadre précédents et que les universités, les instituts de recherche et même les PME ont l’opportunité de participer à des projets d’envergure internationale. Une coopération internationale plus importante, plus complète, plus intégrée, plus ciblée, plus structurée, plus encadrée. Voilà le message que nous devons faire passer.


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