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RDT info logoMagazine de la recherche européenne Numéro spécial - Février 2007    
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 EDITORIAL
 INTRODUCTION

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CERN
Title  Les promesses du grand collisionneur

En 2007, le plus puissant accélérateur de particules jamais construit, le nouveau Large Hadron Collider du CERN, sondera les secrets de la matière dans des états d’énergie ayant régné dans les instants qui ont succédé au Big Bang. En faisant se percuter frontalement des particules à des vitesses proches de celle de la lumière, les physiciens espèrent sonder la matière dans ses recoins les plus ultimes, grâce à l’énergie dégagée par les collisions.

Antimatière. Supersymétrie. Boson de Higgs. Plasma quark-gluon. Autant de mystères prenant leurs sources dans les phases les plus énergétiques de l’Univers, au sein de la fournaise du Big Bang. Des mystères que les chercheurs espèrent bien percer grâce à l’incroyable machine à remonter le temps que sera le LHC. Les premiers aimants de l’accélérateur LHC sont installés, mais non connectés, dans le tunnel de 27 km de circonférence. © CERN
Antimatière. Supersymétrie. Boson de Higgs. Plasma quark-gluon. Autant de mystères prenant leurs sources dans les phases les plus énergétiques de l’Univers, au sein de la fournaise du Big Bang. Des mystères que les chercheurs espèrent bien percer grâce à l’incroyable machine à remonter le temps que sera le LHC. Les premiers aimants de l’accélérateur LHC sont installés, mais non connectés, dans le tunnel de 27 km de circonférence.
© CERN
Qu’attend-on de l’énorme investissement consenti par l’Europe pour la réalisation du LHC? Ce dernier va faire tourner, en sens opposés, dans un anneau souterrain de vingt-sept kilomètres de circonférence à cheval sur la frontière franco-suisse, deux faisceaux de protons, particules constituantes du noyau des atomes appartenant à la famille des hadrons. Pour accélérer ces protons et les maintenir confinés en d’étroits faisceaux, des champs magnétiques extrêmement intenses sont requis. Ces champs seront produits par des supra - conducteurs, à savoir des matériaux capables de conduire l’électricité sans résistance ni perte d’énergie et fonctionnant à très basse température, élaborés en collaboration avec l’industrie européenne.

Les collisions entre protons se produisent au rythme de huit cent millions de fois par seconde à une énergie colossale de 14 TeV. Pour se rendre compte de l’amplitude de ce nombre, un TeV est à peu près l’énergie du mouvement… d’un moustique en vol. Sauf que, dans le LHC, cette énergie sera concentrée dans un espace mille milliards de fois plus petit qu’à l’échelle d’un insecte! L’énergie pouvant se matérialiser en particule selon le principe d’équivalence masse/énergie de la relativité restreinte – le fameux E=mc2 –, les physiciens espèrent ainsi créer des particules jamais encore observées dans des accélérateurs. La densité et l’intensité des collisions sont importantes, car elles multiplient les chances de les voir apparaître. Deux faisceaux de noyaux de plomb seront également produits, atteignant une énergie de 1 150 TeV, avec cependant moins de collisions par seconde.

De la quête de la supersymétrie…

Certains détecteurs seront capables d’analyser ces collisions. Deux d’entre eux portent les noms de CMS (Compact Muon Solenoid) et Atlas (A Toroidal LHC Apparatus). Ils se concentreront sur la détection de particules dites supersymétriques et également celle du boson de Higgs.

Qu’en est-il de la supersymétrie? La physique des particules comporte de nombreuses symétries – comme, par exemple, la matière et l’anti - matière. La supersymétrie consiste à associer à chaque boson (véhiculant la transmission des interactions comme le photon) un fermion (particules constitutives de la matière tels les électrons et les quarks), et vice-versa. Le défi repose sur le fait que ces contreparties qualifiées de supersymétriques (ou désignées aussi sous le vocable de sparticules) n’ont encore jamais été observées.

Simulation de la collision de deux protons dans le détecteur ATLAS. © CERN
Simulation de la collision de deux protons dans le détecteur ATLAS.
© CERN
Comment les détecter? Paradoxalement, par leur absence! «C’est un peu comme dans une salle de cinéma. Vous comptez le nombre et la qualité de personnes qui rentrent puis qui sortent de la salle. S’il en manque une à la sortie du film, parce que vous savez qui est entré, vous êtes capable de deviner qui n’est pas sorti.» De même, les expérimentateurs du LHC savent que certaines collisions de particules sont censées produire ces sparticules qu’aucun détecteur n’est capable de voir. Connaissant les énergies des particules avant leurs collisions, ils vont les comparer aux énergies des particules produites après la collision. S’il y a différentiel énergétique, c’est qu’une particule leur aura échappé. En calculant l’énergie manquante, ils sauront s’il s’agit ou non de la composante supersymétrique ou sparticule qu’ils attendent.

… à celle du boson de Higgs

L’autre défi des détecteurs CMS et LHC sera de détecter le boson de Higgs. Objet central de la théorie du modèle standard, ce dernier est censé interagir avec les particules et leur donner une masse. Comment? Imaginons une pièce remplie d’étudiants en physique. Tout à coup Albert Einstein entre dans la pièce et les étudiants le cernent de toute part, le pressant de questions. Albert, lorsqu’il tente de se déplacer, ressent alors une certaine inertie de mouvement due aux étudiants qui s’accrochent à lui. Il est un peu comme ces particules qui acquièrent une masse lorsque les bosons de Higgs tentent d’interagir avec elles. Là encore la détection tant espérée de ces fameux bosons ne peut être qu’indirecte: ce seront les particules issues de leur désintégration qui seront détectées.

Le détecteur CMS juste avant sa fermeture. Les cinq roues du tonneau et les six disques des bouchons ont été glissés les uns contre les autres pour procéder aux tests de l’aimant et aux essais du détecteur avec des rayons cosmiques. © CERN
Le détecteur CMS juste avant sa fermeture. Les cinq roues du tonneau et les six disques des bouchons ont été glissés les uns contre les autres pour procéder aux tests de l’aimant et aux essais du détecteur avec des rayons cosmiques.
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La soupe quarks-gluons

Un troisième détecteur équipant le LHC se nomme Alice (A Large Ion Collider Experiment). Son but est d’explorer les territoires inconnus de la physique nucléaire, en particulier d’étudier un état de la matière ayant subsisté très peu de temps après le Big Bang et connu sous le nom de plasma de quarks-gluons.

Quelle est cette nouvelle étrangeté? C’est dans les années ‘60 que les scientifiques ont réalisé que les protons et les neutrons, constituant le noyau des atomes, étaient eux-mêmes des assemblages de particules plus élémentaires, les quarks. Ceux-ci sont liés entre eux par l’inter - action forte véhiculée, pour sa part, par des particules appelées gluons. L’une de leurs caractéristiques est qu’ils sont grégaires: ils ne peuvent exister seuls mais vont toujours par paires ou triplets. Plus vous essayez d’éloigner un quark d’un autre quark, plus la force qui les lie augmente, de sorte qu’ils sont en définitive inséparables. On dit que les quarks sont confinés. Pourtant, si vous projetez des protons les uns contre les autres à de très hautes énergies, vous allez obtenir une soupe de quarks et de gluons dans laquelle les quarks seront libres de se déplacer. On parle alors de déconfinement des quarks dans le plasma quarks/gluons.

Pourquoi ce déconfinement? «C’est un peu comme sur un domaine de ski. Lorsqu’il n’y a pas beaucoup de neige, les pistes peuvent être séparées par des zones herbeuses et les skieurs sont confinés sur leur piste. Par contre, s’il y a beaucoup de neige, ils peuvent aller de l’une à l’autre. Ils sont déconfinés.» Les physiciens n’ajouteront pas de la neige mais de l’énergie: plus on augmente l’énergie des quarks, plus la force qui les lie s’affaiblit, de telle sorte qu’à partir d’un certain seuil d’énergie, on peut les séparer.

Installation des cristaux de l’un des modules du spectromètre à photons d’ALICE. © CERN
Installation des cristaux de l’un des modules du spectromètre à photons d’ALICE.
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Cet état de plasma quarks-gluons était probablement celui de la matière quelques microsecondes après le Big Bang. C’est pourquoi les physiciens souhaitent l’étudier grâce aux faisceaux d’ions de plomb produits par le LHC. Ceux-ci sont, en effet, très riches en protons et neutrons. Ils peuvent atteindre une énergie de 1 150 TeV nécessaire pour produire et examiner, avec plus de précision que dans les expériences précédentes, le plasma quarks/gluons régnant au début de l’Univers.

Le mystère de l’antimatière

Enfin, un dernier détecteur porte le nom de LHCb, acronyme de Large Hadron Collider beauty. Son objectif est de mieux apprécier les subtiles différences entre matière et antimatière afin de mieux comprendre ce qui est arrivé à l’antimatière de l’Univers.

Assemblage des tuiles scintillantes dans le calorimètre Hadron du détecteur LHCb. © CERN
Assemblage des tuiles scintillantes dans le calorimètre Hadron du détecteur LHCb.
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En effet, à chaque particule correspond une antiparticule qui a, entre autres, la même masse mais une charge électrique opposée. Ainsi, à l’électron de charge négative correspond l’antiélectron (ou positon) de même masse, mais de charge positive. Lorsqu’un électron et un antiélectron se rencontrent, ils s’annihilent en produisant une gerbe d’énergie. D’après le modèle standard de la physique des particules, autant de matière que d’antimatière ont dû être créées au début de l’Univers. Par conséquent, toutes les particules auraient dû s’annihiler entre elles et l’Univers devrait être vide. Pourtant, comme chacun peut le constater, la matière y abonde!

D’où la question que tentera de clarifier le LHCb: où donc est passée l’antimatière? Une réponse possible repose sur la faculté de certaines particules de se transformer en leur antiparticule et vice-versa. Dans ce cas, l’existence de la matière repose sur l’hypothèse – qui reste à prouver – que la transformation des antiparticules en particules est favorisée par rapport à la transformation inverse en ce début de l’Univers. In fine, le processus d’annihilation entre matière et antimatière aurait engendré un Univers où la matière l’a emporté sur son opposé.

Un tel déséquilibre est-il démontrable? En réalité, il a déjà été observé expérimentalement avec des particules de type quarks, appelées kaons. Les antikaons se transforment spontanément en kaons, mais l’inverse se produit moins souvent. Le LHCb étudiera un autre candidat, le méson B contenant, entre autres, une particule (ou son antiparticule) élémentaire dénommée quark b, ou encore beauty (d’où le charmant petit nom du LHCb).


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  La matière, dans ses derniers retranchements
  Et les particules furent
  Le secours des cordes
  Les promesses du grand collisionneur

  PLUS DE PRÉCISIONS  
  La traque des particules

Si les particules ne peuvent être vues, il est en revanche possible de les détecter. Pour ce faire, le LHC est équipé de dispositifs constitués de plusieurs couches concentriques de détecteurs qui, à la manière d’un oignon,...
 

  POUR EN SAVOIR PLUS  
 
  • ATLAS
  • CMS
  • ALICE
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      La traque des particules

    Si les particules ne peuvent être vues, il est en revanche possible de les détecter. Pour ce faire, le LHC est équipé de dispositifs constitués de plusieurs couches concentriques de détecteurs qui, à la manière d’un oignon, entourent le faisceau de particules où se produisent les collisions. Chaque couche est dédiée à un type de détection particulier.

    • Au centre du détecteur, on trouve une chambre à trace. L’intérieur de celle-ci contient des millions de semi - conducteurs qui, lorsqu’ils sont touchés par une particule, produisent des impulsions électroniques enregistrées par des ordinateurs. Il est ainsi possible de reconstituer leurs trajectoires.
    • Dans tout le détecteur règne également un champ magnétique. Ce dernier permet de repérer et d’étudier les trajectoires des particules chargées, telles les électrons ou les protons, et qui sont donc sensibles au champ.
    • Un autre dispositif consiste en un détecteur de trace à calorimètre. Certains calorimètres stoppent les particules comme les photons ou les électrons, d’autres sont conçus pour arrêter les protons et les neutrons. Ils mesurent l’énergie perdue par les particules qui les pénètrent.