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RDT info logoMagazine de la recherche européenne Numéro spécial - Mars 2004   
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 SOMMAIRE
 EDITORIAL
 La science et le monde, l'art et le moi
 Les énigmes des nœuds
 Les mathématiques en beauté
 Les arcanes d'un art mutant
 La recherche dans tous ses états
 Intuitions et fantasmes
 De la science dans la fiction
 Pensées croisées
 Les paradoxes de la perception
 Champ, contre-champ
 Les muses de l'ère digitale
 L'Europe, le chercheur et le patrimoine

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CINÉMA
Title  Du côté du septième art

Le fusil chrono-photographique de Marey – ancêtre de la caméra – avait été conçu pour fixer le vol des oiseaux. Depuis, la captation d’images en mouvement a souvent servi à l’observation et à la conservation d’informations scientifiques, au même titre que l’écrit, la photographie ou l’enregistrement sonore. La recherche, ses héros, ses mythes, ses enjeux éthiques, fantasmés ou réels, constituent par ailleurs un domaine aux larges possibilités dramatiques que les scénaristes ne se privent pas d’exploiter. Gros plan sur quelques thèmes où le cinéma s'inspire de la science et où la science utilise le cinéma.

Des vies exemplaires
Les palmes de Monsieur Schultz, Claude Pinoteau
Les palmes de Monsieur Schultz, Claude Pinoteau
Différents scientifiques célèbres ont eu l’honneur de biographies filmées – et romancées pour les besoins des scénarios. Le cinéma aime évidemment les grandes pointures. Ainsi le découvreur de la pénicilline fut-il joué par Paul Muni dans The story of Louis Pasteur (William Dieterle) (1) et l'investigateur de l'inconscient, Sigmund Freud, interprété par Montgomery Clift (John Huston). Parmi les Nobel, John Nash et Richard Feynman furent les héros respectifs de A beautiful mind (Ron Howard) et Infinity (Matthew Broderick). Quant à Marie Curie, elle fut portée quatre fois – au moins – à l’écran. Nicole Stéphane l'incarnait dans Monsieur et Madame Curie (George Franju), Olga Gobzeva dans Mysli o radiatssi (Elmira Chormanova), Greer Garson dans Madame Curie (Mervyn Le Roy). Plus récemment, Isabelle Huppert jouait son rôle dans un film de Claude Pinoteau,Les palmes de M. Schultz, dont le scénario contredit notamment l'hypothèse classique du décès de l’héroïne sous l’effet des radiations.

Jean Painlevé, ciné-scientifique
La pieuvre, Jean Painlevé
La pieuvre , Jean Painlevé
"Jean Painlevé, armé de l’œil surréel de sa caméra, s’est penché au-dessus d’un aquarium, studio sans eau trouble. Parois de verre. Lumière diffuse et qui ne nous révélera nulle vedette à cuisses tentantes, nul jeune premier friable, nul metteur en scène indépendant, mais une pieuvre, une daphné, une spirographe et d’autres acteurs à la mesure de nos rêves", écrivait Jean Vigo. Arc-bouté sur de solides bases scientifiques, Jean Painlevé dégonfle notre paresseux anthropomorphisme et présente à bout de bras, des films d’une technique parfaite (éclairage, angles de prise de vue, montage) et d’une bienfaisante poésie visuelle, respectueuse du mystère ou du miracle."

Cinéma de "théorie scientifique", l’œuvre de Painlevé compte près de 200 titres, magnifiques leçons d’équilibre et de clarté. L’auteur les répartissait entre les films de recherche pure (où, grâce au grossissements, ralentis, etc., sa caméra saisissait des phénomènes invisibles à l’œil nu), les films d’enseignement (montage des précédents destinés aux étudiants), les films de méthode (systèmes d’investigation exposés et illustrés par le document) ainsi que les films de popularisation (terme qu’il préférait à celui de vulgarisation) dont l'objectif était d'exposer un phénomène scientifique à un public profane.

Frankenstein et autres savants sur mesure
Frankenstein, James Whale
Frankenstein, James Whale
A lui seul, le mythe de Frankenstein né de la plume de Mary Shelley traduit l’ambiguïté des attentes vis-à-vis de la science. Quel lecteur ou spectateur des nombreux films tirés de son roman (dont le plus fameux, avec Boris Karloff, est signé James Whale), ne souhaite pas d’une certaine manière l’aboutissement de l’expérience du professeur Frankenstein ? Et qui, paradoxalement, n’espère pas aussi l’émancipation et la revanche de sa pauvre créature monstrueuse ? Ecrit en un temps puritain, le récit ne pouvait laisser impuni un homme voulant rivaliser avec le créateur. Mais les polémiques actuelles autour des manipulations génétiques démontrent que ce débat n’est pas clos et que la romancière avait mis le doigt sur une question essentielle.

Au-delà de Frankenstein, l’image cinématographique du scientifique se décline en modes divers. Il y a le sympathique savant inoffensif, hors du monde, excentrique mais souvent détenteur d'un certain bon sens. C’est le doux rêveur de comédies comme Dr Gerry et Mr Love (Jerry Lewis), Fred Mc Murray dans The absent-minded Professor de Robert Stevenson ou encore Dolittle (qui donna lieu à plusieurs versions, dont une de Richard Fleischer).

Mais il y a aussi le chercheur mâtiné d'apprenti-sorcier. Parmi les pionniers, le Dr. Mabuse (Fritz Lang) et Caligari (Le cabinet du Dr. Caligari de Robert Wiene) utilisent leur savoir à des fins personnelles particulièrement néfastes. Plus tard, Ingmar Bergman donnera sa vision de la gestation du nazisme dans une œuvre éminemment expressionniste, L’œuf du serpent. A travers un alter-ego de Mabuse, le Dr Vergerus, (rôle tenu par Heinz Bennent), l’auteur suédois s’interroge sur le rôle de la science sous un régime politique perverti. Vergerus conduit ses sujets d’expérience à la folie et au suicide. Confondu, il met à son tour fin à ses jours. Poussant sa fonction à l’extrême, il saisit un miroir pour observer sur lui-même les effets du poison qu’il vient d’avaler.

L'œil de Kubrick

2001 Odyssée de l’espace, Stanley Kubrick
2001 Odyssée de l’espace , Stanley Kubrick
Par trois fois, Stanley Kubrick a concrétisé sa propre conception de l’anticipation, qu’il cherchait à rendre la plus réaliste possible. Il a ainsi signé quelques jalons majeurs : Dr Folamour – comédie inégalée sur la menace nucléaire –, Orange mécanique – avertissement sociologique sur une jeunesse privée de tout repère moral dans une société déshumanisée –, et, bien sûr 2001 l’odyssée de l’espace. Dans cette fresque vertigineuse, le spectateur est placé à la fois face à un suspense de nature théologique et face au destin de l’Homme. Celui-ci s'est doté de moyens d’explorer l’Univers mais sera bientôt trahi par ses propres inventions, en la personne de l’ordinateur Hal.

Robots : bons et mauvais
A.I., Steven Spielberg
A.I., Steven Spielberg
A force de déléguer ses pouvoirs à la technologie, l’homme se met-il en danger ? Dans un certain courant de l’anticipation, tout progrès, toute découverte, toute invention finit par se retourner contre ses auteurs. Les robots ne font pas exception. A côté des dociles R2D2 et C3PO de Star Wars (George Lucas) et du David de A.I. (Spielberg et Kubrick), que d’androïdes échappent à tout contrôle… Il y a, parmi les plus célèbres, les victimes en rébellion de Mondwest (Michael Crichton) et les "répliquants" de Blade runner (Ridley Scott). Il y a surtout l’ordinateur suprême de Terminator (James Cameron), mis en service pour gérer la planète, qui aboutit instantanément à la conclusion que la première mesure salutaire serait d’en éradiquer l’espèce humaine. Son arme ? D’implacables duplicata de surhumains aux mensurations de Schwarzenegger.

Sauvage et beau
Le peuple migrateur, Jacques Perrin
Le peuple migrateur , Jacques Perrin
Certains documentaristes ont signé des films de vulgarisation dotés d’exceptionnelles qualités esthétiques: Rossif (Le monde sauvage, Sauvage et beau…), Calderon (Attaville), Perrin (Le peuple migrateur). Plus audacieux, Bel et Vienne avaient poussé la démarche vers l’abstraction en même temps qu’ils incitaient le spectateur à simplement observer sans l’appui du moindre commentaire (Le territoire des autres et La griffe et la dent). Les auteurs de Microcosmos, Claude Nuridsany et Marie Pérennou, ont pour leur part eu recours aux artifices du studio pour rendre les réalités entomologiques plus évidentes. Quant à Barbet Schroeder, c'est caméra au poing qu'il est parti suivre les expériences de communication de Penny Patterson dans Koko le gorille qui parle .

L’océanographie a également engendré des films importants : La grande barrière de Corail, produit par l’Université de Liège (BE), ou Le monde du silence, de Cousteau et Louis Malle, qui obtint de la Palme d’or à Cannes en 1956. La vulcanologie n’est pas en reste. Werner Herzog a pris d’énormes risques pour tourner La soufrière juste avant l’éruption du volcan guadeloupéen. Sans oublier Le volcan interdit et Le rendez-vous du diable, documents grands écrans d’Haroun Tazieff.

Star Trek et les Trekkies
Star Trek, Gene Roddenberry
Star Trek , Gene Roddenberry
Légère par ses péripéties, imaginée il y a plus de 30 ans dans une période de guerre froide, la série télévisée Star Trek reposait sur la vision philosophique et engagée de son initiateur et concepteur, Gene Roddenberry. Pour contourner la censure, celui-ci avait choisi le space opera. Il y exprimait ses points de vues à travers l'utopie d'un monde athée où la connaissance scientifique servait l'harmonie des rapports entre peuples des différentes planètes, où les vertus de la diplomatie et de la négociation étaient préférées à la démonstration de force. La série à connu un tel succès qu'elle se poursuit aujourd'hui sous l'œil vigilant de ses fans (les Trekkies ), regroupés dans des clubs éparpillés à travers le monde. On y veille à ce que chaque nouvel épisode ou nouveau film – dix longs métrages ont été tirés de cette série – respecte, au détail près, la cohérence de l'univers imaginé par Roddenberry.

L'aventure scientifique
Mon oncle d’Amérique, Alain Resnais
Mon oncle d’Amérique , Alain Resnais
Pour le scénariste, la recherche scientifique présente les attraits dramatiques du frisson lié à l’exploration d’une zone inconnue. Certains évènements authentiques ont ainsi été portés à l’écran : le programme Mercury dans L’étoffe des héros (Phil Kaufman), un fiasco spatial américain dans Apollo XIII (Rob Howard), les épisodes de la fabrication de la première bombe atomique dans Shadow makers (Roland Joffe).

La médecine aussi interpelle. La lutte farouche des parents Odone en quête d’un remède susceptible d’aider leur fils atteint du syndrome ALD est racontée dans Lorenzo’s oil (George Miller) tandis que le passionnant And the band played on, de Roger Spottiswood, évoque la course entre laboratoires français et américains pour isoler le virus du sida en dénonçant, au passage, les lenteurs de réaction des responsables politiques.

De manière beaucoup plus singulière, les théories d’Henri Laborit sur les pulsions inconscientes qui déterminent les comportements, établies à partir de l’observation d’animaux de laboratoire, ont inspiré à Alain Resnais le scénario de Mon oncle d’Amérique. Cette expérience cinématographique, probablement unique à ce jour, débouche donc sur une fiction psychologique édifiée à partir d’un cadre théorique scientifique. "Ce qui m’intéresse ce ne sont pas tant les personnages, ni même l’histoire. C’est la construction dramatique. Une forme. D’un côté le discours théorique du savant ; de l’autre des individus qui bougent et auxquels ces théories s’appliquent ou non – car ils gardent leur liberté", disait Alain Resnais.

Question de temps : SF et nostalgie
Soleil vert, Richard Fleischer
Soleil vert , Richard Fleischer
Le futur et l'ailleurs se traduisent – entre autres – par la science-fiction. Mais, au contraire de la littérature, et pour des raisons complexes – d’ordre économique, notamment – le cinéma a raté beaucoup de ses rendez-vous avec la SF. Rares sont les scénaristes et les réalisateurs qui ont utilisé le genre pour ses possibilités spéculatives ou utopiques. S’il ne s’en tient pas aux fantaisies héroïques, libérées de tout réalisme, le genre ne relaye plus aujourd’hui la curiosité enthousiaste des personnages de Jules Vernes mais plutôt l’inquiétude face au futur aussi bien que devant les profondeurs du cosmos. Souvent, en voulant découvrir l’infini, l’être humain va, tel Icare, au devant de gros pépins (rencontres indésirables, concepts qui le dépassent…). Ainsi, parmi de nombreux space operas sur la confrontation avec des extraterrestres aussi belliqueux que ceux de La guerre des mondes, Alien de Ridley Scott apparaît particulièrement significatif, car situé dans un contexte des plus plausibles. L’équipage d’un cargo de l’espace transportant du minerai capte, durant son voyage de retour, un signal difficilement déchiffrable. En cherchant à  éclaircir le mystère, les spationautes iront à la rencontre d’une forme vivante inconnue, mutante et terriblement agressive.

Un autre courant futuriste est né de l’angoisse du conflit nucléaire. La guerre et l’après-guerre atomique sont des sujets porteurs, du Jour d’après (Nicholas Meyer) à Mad Max II et III (George Miller) en passant par La Bombe (Peter Watkins). En revanche Soleil vert a peu d’équivalent. Richard Fleischer y avait pris les avertissements des futurologues des années 70 sur l’écologie et la démographie pour bases d’une fresque futuriste effrayante.

Quant aux voyages dans le passé, ils semblent bourrelés de remords. Au "qu’arriverait-il si?" des films branchés sur le futur, répond le "si c’était à refaire" des Machines à remonter le temps. Celles-ci sont utilisées à des fins souvent personnelles (Retour vers le futur de Robert Zeugmes, Quelque part dans le temps de Jeannot Szwarc, Je t’aime, je t’aime d’Alain Resnais) et rarement pour conter des récits qui auraient pu modifier radicalement le cours de l’Histoire (tel Nimitz, retour vers l’enfer de Don Taylor). Le cinéma n'a d'ailleurs jamais adapté le roman de Wells, Time machine, pour ce qu’il est : une fable hypothétique des plus sceptiques sur la destinée de l’espèce et de la planète.

(1) Tous les noms placés entre parenthèses, sans autres indications, sont ceux des réalisateurs des films cités.

    
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