La science a-t-elle son avenir derrière elle?
Poser la question de cette façon est certainement excessif sinon déplacé.
Les résultats du dernier sondage Eurobaromètre présentés dans ce numéro
montrent, en effet, que la science bénéficie d'un bon capital de confiance
au sein de la population européenne. Comment imaginer d'ailleurs que
nos sociétés, si dépendantes de la recherche et du développement technologique,
puissent cesser d'y investir ou de s'y appuyer ?
Cependant quelques indices doivent nous interpeller
car ils annoncent peut-être des jours plus sombres.
Tout d'abord le fait que les options scientifiques
n'attirent plus les jeunes. Leur intérêt pour la science ou ses professions
n'est pas en cause mais bien l'image des études de sciences. Trop rébarbatives,
estiment-ils. Contrairement aux générations précédentes, ils préfèrent
alors voguer vers d'autres horizons.
Préoccupant aussi est le fossé qui s'est creusé
entre science et société. 45% des personnes interrogées ne s'estiment
ni informées ni intéressées par la science. Cependant, comme toujours,
ce type de sondage génère son lot de contradictions et de paradoxes.
Ainsi, les Européens semblent avoir malgré tout une bonne appréciation
des enjeux - et des possibilités - de la science ainsi que, de façon
plus surprenante, de la politique de recherche (voir notamment le quasi
plébiscite pour la coopération scientifique et la coordination des recherches).
Enfin, les résultats mettent en lumière les
limites de l'information. Ainsi, sur la question des OGM, les opinions
dépendent peu du niveau de connaissances et d'éducation des personnes
interrogées. Leur utilité ne convainc pas. En matière de culture scientifique,
les résultats sont stables par rapport à 1992. Une non-évolution que
l'on accueillera, selon les points de vue, avec soulagement ou avec
morosité. Seule une question relative aux dinosaures engrange 10% de
bonnes réponses supplémentaires. Un effet "Jurassic Park" qui montre
l'impact considérable de produits de grande consommation en matière
d'image et de connaissance de la science. Pour le meilleur et pour le
pire.