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EDITORIAL

La vraie leçon de Ratisbonne

L'actualité médiatisée est souvent trompeuse. La "leçon de Ratisbonne" donnée par le Pape Benoît XVI en septembre dernier sera surtout retenue pour le tollé qu'elle a suscité dans le monde musulman au détour d'une citation "byzantine", malencontreuse ou justifiée, selon les sensibilités.

L'essentiel – en grande partie manqué – de son discours ne portait cependant pas sur l'Islam, loin de là. Mais bien sur les rapports entre la "raison de la foi" et celle de la science. A la question de la compréhension de l'Univers, il entend ajouter celle du "sens", "les interrogations proprement humaines, c'est-à-dire celles concernant les questions sur 'd'où ?' et 'vers où ?'." En tenant ces propos, le pape ne s'avance-t-il pas sur la trajectoire, très contestée par la communauté scientifique mondiale, de cette comète récente nommée le Dessein intelligent ?

La réflexion très érudite de Benoît XVI, puisant ses sources dans le mariage entre les pensées hellénique et biblique opéré par le christianisme, est subtile et n'a rien à voir avec les dérives créationnistes. Selon l'expression évangélique, il laisse à César (la communauté scientifique) ce qui est à César (la connaissance scientifique). Tout en acceptant "les faits" éclairés par la science (le darwinisme, la nature de la matière, le Big Bang, etc.), il soutient en revanche que "ce qui reste des tentatives pour construire une éthique en partant des règles de l'évolution, de la psychologie ou de la sociologie, est simplement insuffisant". Il défend l'octroi d'une place parallèle et complémentaire (ou transcendante ?) au développement d'une discipline raisonnée appelée théologie, "non seulement comme discipline historique, humaine, et scientifique, mais […] comme interrogation sur la raison de la foi, [qui] doit trouver sa place à l'université et dans le vaste dialogue des sciences […] et des cultures."

Dont acte. Cette invitation au dialogue traduit en tout cas le fait que la pensée religieuse éclairée ne peut faire l'économie de son propre réajustement par rapport aux acquis de la connaissance scientifique. Que l'inverse soit vrai est une autre affaire.