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N° 51 - Décembre 2006 |
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| EDITORIAL |
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La vraie leçon de Ratisbonne
L'actualité médiatisée est souvent trompeuse.
La "leçon de Ratisbonne" donnée par le
Pape Benoît XVI en septembre dernier sera surtout retenue
pour le tollé qu'elle a suscité dans le monde musulman
au détour d'une citation "byzantine", malencontreuse
ou justifiée, selon les sensibilités.
L'essentiel – en grande partie manqué – de
son discours ne portait cependant pas sur l'Islam, loin de là.
Mais bien sur les rapports entre la "raison de la foi" et
celle de la science. A la question de la compréhension de
l'Univers, il entend ajouter celle du "sens", "les
interrogations proprement humaines, c'est-à-dire celles
concernant les questions sur 'd'où ?' et 'vers où ?'." En
tenant ces propos, le pape ne s'avance-t-il pas sur la trajectoire,
très contestée par la communauté scientifique
mondiale, de cette comète récente nommée le Dessein
intelligent ?
La réflexion très érudite de Benoît
XVI, puisant ses sources dans le mariage entre les pensées
hellénique et biblique opéré par le christianisme,
est subtile et n'a rien à voir avec les dérives créationnistes.
Selon l'expression évangélique, il laisse à César
(la communauté scientifique) ce qui est à César
(la connaissance scientifique). Tout en acceptant "les faits" éclairés
par la science (le darwinisme, la nature de la matière,
le Big Bang, etc.), il soutient en revanche que "ce qui
reste des tentatives pour construire une éthique en partant
des règles de l'évolution, de la psychologie ou de
la sociologie, est simplement insuffisant". Il défend
l'octroi d'une place parallèle et complémentaire
(ou transcendante ?) au développement d'une discipline raisonnée
appelée théologie, "non seulement comme
discipline historique, humaine, et scientifique, mais […]
comme interrogation sur la raison de la foi, [qui] doit trouver
sa place à l'université et dans le vaste dialogue
des sciences […] et des cultures."
Dont acte. Cette invitation au dialogue traduit en tout cas le fait
que la pensée religieuse éclairée ne peut faire
l'économie de son propre réajustement par rapport aux
acquis de la connaissance scientifique. Que l'inverse soit vrai est
une autre affaire.
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