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RDT info logoMagazine de la recherche européenne N° 50 - Août 2006   
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ELEVAGE
Title  Les chercheurs et le bien-être animal

Les problèmes de sécurité alimentaire qui se sont posés depuis la "crise de la vache folle" ont sensibilisé les Européens aux conditions d'élevage. Cette "qualité de vie" à laquelle ont droit les animaux est analysée par les chercheurs rassemblés dans l'important projet Welfare Quality. L'environnement, les conditions d'alimentation et de santé, et même la génétique sont autant de paramètres qui entrent en ligne de compte et sont étudiéspar différents groupes de travail. Mais la première tâche des partenaires fut de s'accorder sur cette notion complexe de bien-être. A partir de là, leur objectif est d'harmoniser des critères, applicables à travers l'Union, qui pourraient garantir une existence "supportable" à tous les animaux d'élevage.

Troupeaux de bovins
Sur le plateau de l'Aubrac, dans le Massif central (France), les troupeaux de bovins évoluent toute l'année dans un espace naturel. Qu'en pensent-ils? Les mesures imaginées par les chercheurs de Welfare Quality pour évaluer leur qualité de vie seront en grande partie centrées sur les animaux eux-mêmes, considérés comme les meilleurs indicateurs de leur propre bien-être, plutôt que sur l'échelle des risques qu'ils pourraient encourir.
© Dominique Pomies
Une question secondaire, le bien-être animal? L’affaire de quelques groupes d’extrémistes, principalement anglo-saxons? Tel n'est pas du tout l'avis de Harry Blokhuis. Pour ce chercheur de l’université de Wageningen (NL), membre du panel scientifique Santé & bien-être des animaux de l’Autorité européenne de sécurité alimentaire, "tout indique que le bien-être animal devient une préoccupation de l'ensemble des Européens, même si le nord-ouest du continent reste en pointe sur ces questions." Et pour preuve de l’exigence croissante des citoyens en la matière, de citer pêle-mêle les sondages d'Eurobaromètre 2005 (voir box), l’audience croissante des ONG consacrées au bien-être animal, le Plan d’action pour le bien-être animal initié par la Commission au début de l’année 2006 (voir box) et l’intérêt évident de nombreux grands industriels de l’agro-alimentaire pour ce thème.

Harry Blokhuis, dont l'expertise s'étend à la majorité des types d'élevage, coordonne depuis deux ans le projet Welfare Quality. Financé par l'Union à hauteur de 14,4 millions €, celui-ci ne rassemble pas moins de 40 institutions de 13 pays. Son objectif, d’ici 2009, est d’à la fois rationaliser et unifier les approches de contrôle et d’amélioration du bien-être animal.

Le déclic des crises alimentaires
Pourquoi cette sensibilisation récente pour un sujet qui, durant des années, n'a guère fait recette? C’est que la décennie écoulée a été riche en menaces diverses sur la sécurité alimentaire, dont beaucoup mettaient en cause les pratiques d’élevage. Le grand tournant a sans doute été l’affaire de la "vache folle" qui a éclaté en 1996 et dont les répliques se sont succédé pendant plusieurs années. Mais il y a également eu des contaminations par des coliformes (une entérobactérie fermentant le lactose) particulièrement virulents en Norvège, des contaminations à la dioxine en France et en Belgique, l’épizootie de fièvre aphteuse et la toute récente "affaire" de la grippe aviaire.

"L’élevage s’est énormément intensifié depuis les années cinquante, souligne Harry Blokhuis. Les fermes se sont beaucoup agrandies, l’automatisation est devenue très poussée et sophistiquée, la productivité a explosé… Mais ces développements ont eu lieu en dehors du regard du public qui, dans l’ensemble, ne savait pas comment étaient élevés les animaux qu’il consommait. Les gens ont brutalement découvert la situation à l’occasion de cette succession de crises. Et, à présent, ils veulent avoir leur mot à dire sur ce qu'ils achètent et, indirectement, sur la manière dont vivent les animaux d'élevage."

Trois types d'attitude
Si cette prise de conscience est tangible, un peu partout, les idées sur la question et la façon de poser le problème varient notablement selon les pays. Les Européens envisagent de manière très différente leurs responsabilités et leurs possibilités d’action sur ce terrain. Unni Kjaerness, de l’Institut national de recherche sur le consommateur (Norvège), fait partie du groupe de sociologues qui ont analysé ces opinions dans le cadre de Welfare Quality. Les chercheurs ont, notamment, interrogé par téléphone de larges échantillons de citoyens: 1400 pour chacun des sept pays sélectionnés pour l’étude (Pays-Bas, Norvège, Hongrie, Italie, Suède, France, Royaume-Uni). "Trois grands types de prises de position sont apparues, commente la chercheuse. Une attitude qu’on pourrait qualifier de scandinave, consistant à considérer qu’il s’agit d’un problème important mais sur lequel il est difficile d’agir en tant que consommateur, la question étant avant tout l’affaire de l’Etat et devant donc être résolue au niveau politique. La seconde vision, principalement britannique et néerlandaise, mais à laquelle les Français semblent en voie de se rallier, est qu’il s’agit là de problèmes dépendant du marché, dans lesquels le consommateur joue un rôle clé par ses achats. Enfin, on voit apparaître une position méridionale, qui est aussi celle de la Hongrie, selon laquelle le bien-être animal est certes digne d’intérêt mais fait partie d’un contexte plus général comprenant la provenance, la qualité alimentaire, la sécurité des produits, etc."

Un étiquetage illisible
Si cette diversité traduit des différences d'ordre culturel ou historique, elle reflète aussi la différenciation des marchés, ne fut-ce que sur le point important de l’étiquetage des produits. "En enquêtant dans les grandes surfaces et les magasins, nous nous sommes rendus compte qu’il y avait un très grand nombre de labels et autres appellations qui donnent une indication ou certaines notions liées à la condition de vie des animaux. Mais, en général, le bien-être animal fait partie d’un lot où l’on retrouve d’autres éléments comme la qualité d'environnement (élevé en plein air, par exemple), l'origine, la provenance, etc. Tout ceci prête à confusion. Il n’existe en réalité qu’un seul label, britannique, consacré exclusivement au bien-être animal."

© ASG-WUR The Netherlands
© ASG-WUR The Netherlands
Le public se plaint d’ailleurs de ce manque de lisibilité. 51% des Européens affirment qu’ils ne parviennent jamais ou très rarement à identifier les produits issus de pratiques respectueuses des animaux. Cette situation de flou est aggravée, presque a contrario, par le fait que certains producteurs ont fait des efforts et mis en place des procédures qui n’apparaissent pas sur les produits, mais seulement sur le site Internet des revendeurs…

Un des objectifs de Welfare Quality est de réduire cette confusion. Pour ce faire, la première étape était d’obtenir une définition satisfaisante et scientifique du bien-être animal. Or, sur le terrain, la réalité est moins évidente qu'on ne pourrait l'imaginer. Que faut-il penser, par exemple, d’un bovin robuste, bien portant, mais gavé d’antibiotiques? Vaut-il mieux être un animal élevé en plein air, quitte à être exposé au froid, à la chaleur, voire à certains prédateurs, plutôt que de grandir dans un bâtiment fermé?"

Alors que le projet vient de souffler sa deuxième bougie, je crois que nous avons réussi à nous mettre d’accord sur une philosophie commune", estime cependant Harry Blokhuis, assez heureux d’avoir pu dégager un consensus parmi quelque 150 scientifiques sur un sujet aussi complexe. "Nous avons défini une liste de critères relevant de quatre grandes catégories: l’alimentation (suffisante, eau à disposition, etc.), le confort (surface disponible, qualité des sols, etc.), la possibilité d’exprimer des comportements naturels (marcher, fourrager, picorer) et la santé (absence de blessures, de boiteries…). En combinant ces critères, nous allons mettre sur pied un système de mesure qui nous donnera une cotation applicable aux fermes d’élevage – par exemple excellent, mauvais, moyen – et il appartiendra ensuite à la société de définir ce qui est acceptable ou pas. Car ce n’est évidemment pas aux scientifiques de se prononcer sur ce point."

Harmoniser les critères
Il reste encore évidemment du travail sur ce terrain. L’objectif final, comme le résume le coordinateur du projet, "c’est de disposer d’une méthodologie permettant en quelques heures d'attribuer une cotation incontestable du bien-être animal, valable de la Grèce à la Finlande." Il s’agit donc de vérifier si les critères choisis sont fiables, reproductibles, significatifs, pratiques, etc. C’est pourquoi, comme l’explique Linda Keeling, de l’université suédoise de Sciences agricoles, "la première version de notre schéma de surveillance comportera plus de mesures que strictement nécessaire, afin de pouvoir retenir au final la combinaison la plus efficace et la plus fiable."

De nombreux systèmes d’évaluation conçus jusqu’à présent se basaient principalement sur l’environnement (température, espace disponible, taille du groupe, etc.). Ces données ont leur importance mais donnent davantage la mesure d’un risque pour les bêtes que des informations sur leur état réel. Les mesures imaginées par les chercheurs de Welfare Quality seront en grande partie centrées sur les animaux eux-mêmes, considérés comme les meilleurs indicateurs de leur propre bien-être. Il s’agira, par exemple, d’examiner l’absence de blessures et la condition physique, le comportement (craintif ou pas, ou encore dangereux) ou encore d'analyser des données révélées par la carcasse, comme la qualité de la viande, la présence éventuelle de fractures osseuses, de traces de blessures ou autres signes de piètres traitements.

L'étape suivante sera de mettre les informations obtenues à la disposition du consommateur. Cela pourrait – mais rien n’est encore décidé – prendre la forme d'un système d'étoiles, comme celui en vigueur dans la restauration et l'hôtellerie,.

"En réalité, les efforts sur le bien-être animal sont indissociables de l’amélioration de la qualité, qui est une préoccupation constante de toute la filière", conclut Harry Blokhuis. Et de rappeler que la qualité a différentes facettes. Il y a, bien sûr, des éléments comme la texture ou l’odeur de la viande. Mais la perception de l'acheteur, parfois très subjective, joue également un rôle important. Les tests en double aveugle, par exemple, montrent qu’il est à peu près impossible de différencier des œufs issus de poules en batterie de ceux pondus par des volailles de plein air. Et pourtant, lorsqu’on indique aux consommateurs lesquels proviennent de fermes, ils leur trouvent nettement meilleur goût.

"Par ailleurs, à un certain niveau, éthique et qualité se rejoignent. Avez-vous envie d’acheter une paire de chaussures dont vous savez qu’elle est produite grâce à de la main d’œuvre enfantine? Il est parfaitement légitime d’aspirer à bénéficier d’une nourriture issue d’animaux qui n’ont pas souffert. Et notre travail, c’est de rendre cela possible."


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  Lamecow: les boiteries des bovins

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      Lamecow: les boiteries des bovins

    Le problème de la propension à boiter chez les bovins, qui trouve notamment sa source dans des inflammations du sabot, se retrouve à grande échelle dans les élevages laitiers et constitue un des problèmes majeurs de bien-être animal sur tout le continent. Parallèlement aux travaux de Welfare Quality, d’autres équipes européennes sont mobilisées sur ce front, en particulier celles réunies dans le projet Lamecow. Coordonné par Jes Scaife, du Writtle College britannique, lancé il y a deux ans, ce projet regroupe huit partenaires de cinq pays (Royaume-Uni, Allemagne, Autriche, Suède, Pologne).

    Types de lésionTypes de lésionsTypes de lésions
    Types de lésion les plus courantes chez les vaches laitières.


    Pour s’attaquer à cette maladie multifactorielle, qui a à la fois une composante génétique et des liens avec l’environnement immédiat, les chercheurs explorent diverses pistes. Ils veulent construire des modèles informatiques du sabot et des phalanges bovines, reproduisant leurs caractéristiques et leur évolution sous leur forme saine et sous leur forme pathologique. Ils mettront également sur pied des techniques in vitro de cultures des différents tissus concernés, en particulier pour étudier la propagation de l’inflammation et l’effet de différents médiateurs biologiques sur les tissus, le derme et l’épiderme. Enfin, ils s’efforceront de faire le lien avec les pratiques quotidiennes des éleveurs afin d’identifier les éléments (traitements, manipulations, environnement, etc.) les plus liés à l’apparition de la pathologie. L’objectif final est de produire un guide des bonnes pratiques et de susciter des formations pour les professionnels.

      Trois points positifs

    1. Consommateurs: une sensibilité responsable

    Harry Blokhuis, coordinateur du projet Welfare Quality

    Harry Blokhuis, coordinateur du projet Welfare Quality vient également de lancer la Plateforme du bien-être animal où les différents acteurs impliqués dans cette question pourront confronter leurs points de vue.
    Selon l’enquête Eurobaromètre 2005 Attitudes of consumers towards the welfare of farmed animals, les consommateurs européens sont non seulement sensibles au bien-être animal mais prêts à payer davantage pour assurer son amélioration. 57% des Européens sondés ont affirmé être disposés à accepter un surcoût sur les œufs si cela pouvait améliorer les conditions d’existence des volailles. Celles-ci sont d’ailleurs perçues comme les animaux d'élevage dont les conditions de vie sont les plus dégradées. Par ailleurs, 55% des interviewés ont déclaré que le bien-être animal était insuffisamment pris en compte dans les politiques agricoles nationales (7% d'entre eux seulement étant de l’avis opposé).

    2. Industriels: une écoute pragmatique
    Beaucoup de grands industriels s’intéressent de près aux questions de bien-être animal. Ils considèrent que les préoccupations des consommateurs, dans ce domaine, sont une tendance lourde et non pas un épiphénomène. Ainsi, aux Etats-Unis, Mac Donalds comme Burger King, les deux principales chaînes de fast-food, ont déjà pris des engagements en la matière. En Europe, la récente Plate-forme du bien-être animal, mise sur pied par Harry Blokhuis, vise à organiser l’échange de vue entre scientifiques, ONG, producteurs – et industriels. Ces derniers se sont montrés particulièrement intéressés, notamment d'importantes entreprises telles le britannique Dean Foods (5 millions de poules pondeuses), Mac Donald Europe, ou encore la chaîne italienne de restaurants autoroutiers Autogrill.

    3. Union européenne: un plan d’action
    L’Union a annoncé, en janvier 2006, l’adoption d’un plan d’action destiné à améliorer la protection et le bien-être des animaux. Celui-ci comporte une série de mesures touchant aussi bien à l’activité agricole qu’à la protection internationale des animaux, en passant par un effort de recherche visant à développer des solutions de substitution à l’expérimentation animale. L'introduction progressive d’indicateurs de bien-être normalisés, tels ceux que le projet Welfare Quality devrait précisément contribuer à fournir, y est explicitement mentionnée. Par ailleurs, l’Union s’est engagée à plaider au sein de l’OMC, aux côtés d’autres organismes internationaux comme l’OIE (Organisation mondiale de la santé animale), pour une plus grande prise en compte du bien-être animal.

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