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| rtdinfo |
| EDITORIAL |
La science en grippe ?La crise de la grippe aviaire met à nouveau la science et ses protagonistes sur la scène de l’actualité et sous les projecteurs des média. Comme lors de crises précédentes, le public découvre l'importance de plus en plus prégnante de la science et aussi, puisque nous sommes aux frontières du savoir, ses limites et limitations, rendues visibles notamment par les désaccords entre scientifiques. Comme par le passé, les politiques apprécient de voir ainsi les « savants » monter au front : apportant le poids et la légitimité de la science, ils permettent de valider les désagréments des mesures de protection qu'ils doivent imposer tout en rassurant le public. Celui-ci considère en effet les scientifiques (plus précisément ceux travaillant dans une institution publique) comme les mieux placés pour évaluer et expliquer les conséquences d’un développement scientifique et technologique ou pour faire face à une menace épidémiologique telle que l'influenza aviaire (enquête Eurobaromètre de 2005).Mais l’opération engendre un exercice d’équilibre non sans péril pour les scientifiques. A une époque où la communication de la science devient une priorité stratégique, les chercheurs sont confrontés à la difficulté pratique de donner une information de qualité et de répondre aux questions et demandes du public, tout en délimitant clairement les responsabilités afin de ne pas endosser un habit trop grand pour eux... En devenant les « médecins de la planète », les scientifiques risquent d'apparaître comme les principaux responsables, non seulement de ces crises à contenu scientifique et, par amalgame, des problèmes de l'humanité actuels et à venir, mais aussi et surtout de l'échec des traitements imposés, même si les responsabilités sont ailleurs. Cette situation est encore compliquée par le fait que le scientifique, aujourd’hui, porte au minimum trois casquettes : acteur de la recherche (qui lui apporte sa crédibilité), expert (obligation morale) et chasseur de crédits. Les récentes affaires hyper-médiatisées l’ont bien montré : l'opinion publique, déroutée par la notion de controverse scientifique, ne fait pas la distinction entre le chercheur et l'expert, qui sont souvent les mêmes personnes. S’il avait vécu à notre époque, Rabelais aurait peut-être écrit : science sans transparence n’est que ruine de l’expertise… |