RDT info logoMagazine de la recherche européenne

rtdinfo
  SANTé ET ALIMENTATION  -  Coup d'œil dans l'assiette des anciens

20% de la population européenne a plus de 60 ans. En 2020, cette proportion grimpera à 25% et les octogénaires seront quelque 30 millions. Conjuguer santé et longévité est donc une priorité sociétale. Celle-ci passe, en particulier, par l'adaptation spécifique de l'alimentation au processus du vieillissement. De nombreux projets de recherche européens abordent cette question sous différents angles.

"Se nourrir est un acte complexe. Sa signification s'inscrit bien au-delà du besoin de subsistance et implique de nombreuses interactions sociales." Prendre un repas devant la télévision, par exemple, c'est aussi une manière de se sentir moins seul.
"Se nourrir est un acte complexe. Sa signification s'inscrit bien au-delà du besoin de subsistance et implique de nombreuses interactions sociales." Prendre un repas devant la télévision, par exemple, c'est aussi une manière de se sentir moins seul.
Alimentation et santé sont liées dès la naissance et les besoins varient avec les âges. S'il s'agit là d'un truisme, les nécessités précises rencontrées par les seniors sont encore mal connues. "L'influence de la diététique sur le processus du vieillissement – en particulier la capacité d'absorption d'énergie ou le rôle des antioxydants – devrait être étudiée de manière plus approfondie. De nouveaux équilibres alimentaires devraient être conçus pour satisfaire les besoins nutritionnels des personnes âgées en tenant compte des nutriments nécessaires, des denrées habituelles, faciles à se procurer, des aliments présentés dans des conditionnements pratiques, à des prix raisonnables", explique Rosanna D'Amario, de l'Unité Qualité de l'alimentation de la DG Recherche.

"Se nourrir est un acte complexe. Sa signification s'inscrit bien au-delà du besoin de subsistance et implique de nombreuses interactions sociales. Pour les personnes âgées, par exemple, qui ne travaillent plus et vivent souvent seules, se procurer des aliments, ou partager un repas, est une manière de garder le contact avec leur communauté, leurs amis et leur famille", explique Margaret Lumbers, de l’université du Surrey (UK), coordinatrice du projet européen Food in later life.

Cette vaste enquête, menée dans huit pays européens, a tenté de déterminer comment des personnes âgées (divisées en deux groupes de 65-74 ans et plus de 75 ans), se procurent leur nourriture, choisissent leurs aliments, stockent les denrées, préparent leurs repas et quelle signification ils leur donnent, évaluent les services collectifs rendus sur ce plan, etc.

Le poids des changements
Tous ces indices ont permis d’évaluer l'impact des situations socio-économiques (solitude, vie en foyer, organismes d’approvisionnement) ainsi que des habitudes pouvant influencer leur type d’alimentation. "Des changements comme le deuil ou des problèmes de santé peuvent affecter profondément le régime alimentaire de certaines personnes, notamment leur motivation à préparer des repas, voire de s'alimenter", estime Margaret Lumbers. "Un autre exemple est la prévalence importante – pouvant atteindre jusqu'à 85% – des phénomènes de malnutrition en protéines énergétiques parmi les personnes âgées placées en milieu hospitalier", indique aussi Rosanna D'Amario.

Les modifications sensorielles qui affectent les personnes âgées sont une autre réalité à prendre en compte. Le projet Health Sense Choice, coordonné par l’université de Cork (Irlande) a étudié comment les évolutions physiologiques (changement du goût, de l’odorat, du toucher) ou les facteurs psychologiques et cognitifs influencent l’appétit. L’objectif était de trouver des pistes pour proposer des aliments plus attractifs et bien adaptés à ce public particulier.

Les capacités d’assimilation digestives diminuent également au cours des temps, ce qui peut entraîner des carences en certains nutriments qui peuvent s'avérer essentiels pour combattre des problèmes liés à l'âge tels que la perte de densité osseuse, la dégénérescence neuronale ou l’affaiblissement des défenses immunitaires. Comment ajuster le régime alimentaire pour apporter ces éléments indispensables? Que recommander? Mais aussi comment savoir ce que consomment les Européens âgés et quel est l'impact de leur alimentation sur leur santé?

Ces questions ont été posées par l'étude EPIC-Elderly, coordonnée par l’université d’Athènes et menée auprès de personnes de plus de 60 ans, recrutées parmi les participants à une enquête européenne plus générale portant sur l’alimentation et le cancer (1). Les habitudes alimentaires, le statut socio-économique, le style de vie et les mensurations physiques de plus de 100 000 habitants de neuf pays ont été examinés et mis en relation avec leur état de santé et l’éventuelle survenue de maladies chroniques ou de décès.

La diète méditerranéenne
"Deux grands types d’alimentation se côtoient en Europe, rappelle Antonia Trichopoulou, coordinatrice du projet. L’un, riche en sucres et en graisses, caractérise les pays du Nord, alors que, dans le Sud, les aînés ont une alimentation fondée sur plus de fruits et légumes". Si l’on élimine les influences du genre, de l'éducation, de l’activité physique, du tabac et de l'alcool, il apparaît clairement que la diète dite "méditerranéenne" (beaucoup de légumes, fruits, céréales, poisson et huile d’olive, pas trop de fromage et de vin, très peu de produits carnés) a des effets bénéfiques sur la santé et la longévité. Les chercheurs ont mis au point un outil d’évaluation permettant à chacun de comparer son alimentation à ce régime "idéal".

Les résultats de ces recherches, ainsi que ceux de différents projets européens sur l'alimentation des personnes âgées, concernent aussi bien les responsables des politiques sanitaires que les fabricants et distributeurs d’aliments, les groupes de consommateurs et les professionnels de santé. C’est pourquoi le réseau Flair-Flow, durant le cinquième programme-cadre, était chargé de la synthèse et de la dissémination des résultats de ces travaux, notamment à travers des rencontres et des publications destinées à ces différents acteurs. Un rapport sur l’alimentation et le vieillissement a ainsi été édité sous l’égide de Frankie Robinson, de la British Nutrition Fondation.

Rassemblant 32 partenaires européens (centres de recherche, entreprises, ONG), le réseau Nutri-sense a pris le relais au cours du sixième programme-cadre. L'objectif se poursuit : coordonner la recherche européenne sur l’alimentation des personnes âgées, faire le point des connaissances, promouvoir des politiques et des produits adaptés aux besoins nutritionnels de cette partie de la population.

(1) Le projet EPIC-Elderly NAH, plus spécifiquement consacré aux maladies du vieil âge, prolonge celui-ci jusqu’en 2008.


  Quelques projets spécifiques  
  Outre de grandes enquêtes "généralistes", l’Union finance des études sur des pathologies ou des nutriments précis d’une importance particulière pour les personnes âgées.

L’ostéoporose, ou perte de densité osseuse, est, par exemple, un phénomène inévitable avec l’âge, qui touche encore davantage les femmes après la ménopause. Or, on sait que la vitamine D facilite l’assimilation du calcium, ralentissant ainsi la fonte de matrice osseuse. C'est pourquoi le projet Optiford, coordonné par l’Institut danois de la recherche alimentaire et vétérinaire, s’intéresse à la présence de cette molécule dans l’alimentation et l’organisme des Européens âgés (entre autres groupes à risque). Un pain renforcé en Vitamine D devrait être mis au point dans cette perspective.

La moindre capacité digestive représente, quant à elle, une source supplémentaire de carence de certains nutriments, sans compter les désagréments de transit ou des problèmes graves, comme un risque plus élevé de cancer du côlon, qu'elle peut entraîner. Coordonné par l’Institut national de la recherche agronomique de Jouy-en-Josas (FR), le projet Crownalife étudie la microflore intestinale, essentielle à la digestion. Des enquêtes ont été menées chez deux groupes d'Européens (âgés de 20 à 45 ans ou de plus de 65 ans) en tentant, notamment, de mesurer l’effet sur la santé de l'ingestion d’un supplément direct en bactéries intestinales de type bifidus.

Citons encore Lipidiet consacré aux lipides alimentaires et leur éventuel rôle protecteur contre les maladies neurodégénératives (Alzheimer et autres) ou Vitage, qui porte sur les vitamines C et E ainsi que sur les caroténoïdes, bénéfiques contre le stress oxydatif. Ce stress est, en effet, associé à différentes maladies dans lequel le facteur âge intervient, même s'il n'est pas le seul (cancers, désordres neuronaux, maladies cardiovasculaires ou oculaires). Le projet Zincage analyse également le stress oxydatif, mais sous l’angle de la carence en zinc. Cet élément pourrait, en effet, également ralentir l’affaiblissement des défenses immunitaires.

 


  POUR EN SAVOIR PLUS  
  Projets européens