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JEUNES SCIENTIFIQUES
Une semaine dans les étoiles
Barbara Burtscher, Suissesse, 20 ans, étudiante en physique à l'université de Zurich, a remporté le Special Donated Prize lors du 16ème Concours européen des jeunes scientifiques en 2004. Ses travaux portaient sur la comète 153P/Ikeya-Zhang. Récompense : une visite à l'Observatoire austral européen de Paranal, au Chili. Impressions.
1. Zurich-Santiago
 | | Barbara sur le chemin des étoiles. | 7 mars 2005, aéroport de Zurich. Je n’osais pas encore vraiment y croire. J’allais m’envoler vers le Chili pour y découvrir les fameux télescopes géants de l’OAE (Observatoire austral européen).
Cela faisait plus de quatre ans que j’observais le ciel suisse, étoilé, durant des nuits blanches, en rêvant à des conditions météorologiques plus clémentes et à de grands espaces libres de toute pollution lumineuse. Or, le Chili est un pays idéal pour les astronomes : pas de nuages, de grandes étendues sans lumière perturbatrice, des montagnes dont les sommets s’élèvent très haut dans l’atmosphère terrestre. Rien d'étonnant à ce que les Andes aient été choisies pour héberger les grands observatoires européens. D'avion, on voit soudain apparaître leur ligne continue qui barre tout l’horizon. Une chaîne de sommets couverts de neige s’élevant de manière abrupte au-dessus de la plaine, que les hommes et les bêtes ont toujours eu tant de mal à franchir. La plus longue chaîne de montagnes au monde…
Dès mon atterrissage, j’ai été accueillie par un collaborateur de l’OAE, qui m’a conduite vers la maison d’hôtes de Santiago – une maison sans étage dont la cour intérieure abrite une pièce d'eau, entourée d’un jardin. Un havre de paix où j'ai été véritablement choyée.
C'est là que j'ai eu le plaisir de faire la connaissance de Valentina Rodriguez, qui avait organisé ma visite à l’Observatoire. Elle m'a pilotée dans la ville, à travers toutes les installations et les postes de travail des astronomes. Je suis ensuite partie à la découverte de Santiago, une métropole de six millions d’habitants. Tout était nouveau pour moi, des nombreux mendiants affalés dans les rues jusqu’à l’entremêlement incroyable de câbles électriques…
2. Le VLT
 | Survol des Andes. © Barbara Burtscher | Le lendemain matin, embarquement pour Antofagasta, à 1 200 km au nord. Et puis me voilà repartie, en compagnie d’astronomes, sur des routes quelque peu défoncées. Nous nous dirigeons vers la plate-forme aménagée sur les hauteurs du Cerro Paranal, à 2 635 mètres d’altitude, en plein désert de l’Atacama. C'est là qu'est installé le Very Large Telescope (VLT).
Cet ensemble comprend quatre télescopes principaux ('Antu', 'Kueyen', 'Melipal' et 'Yebup') dont l’optique principale a un diamètre de 8,2 m, et quatre télescopes auxiliaires de 1,8 m. Cette installation, la plus grande et la plus moderne au monde en matière d’interférométrie optique, a déjà permis de spectaculaires avancées scientifiques.
Je resterai deux jours à La Residencia, le quartier des hôtes et des collaborateurs de la station, un bâtiment souterrain coiffé, au niveau du sol, d'un dôme abritant une petite jungle artificielle et une piscine.
L’astronome Emmanuel Jehin m’emmène visiter le VLT. Après avoir mis un casque de protection, dans la salle de commande, nous nous sommes faufilés à travers des couloirs taillés dans la roche pour gagner le télescope principal et le visiter de l’intérieur. C’était réellement impressionnant ! Impossible de photographier l’ensemble de cet énorme appareil.
3. Nuit australe
 | Flames, prêt à observer 150 étoiles à la fois… © Barbara Burtscher | Les observations astronomiques s’effectuent la nuit et toute lumière artificielle est donc proscrite. Les voitures circulent à travers le Cerro Paranal, sur les routes de montagnes, en n’utilisant que leurs feux de position et en suivant les diodes lumineuses installées sur les côtés et au milieu de la voie, comme des avions sur les pistes. Dans l’obscurité totale, c’est une expérience étonnante.
La nuit était lumineuse, merveilleuse, sans rapport avec "mon" ciel habituel. Au début, je ne reconnaissais quasi aucune étoile, puis j’ai fini par repérer la Croix du Sud et Orion, la tête en bas.
Durant la journée, je m’étais intéressée au travail des opérateurs des télescopes en train d’effectuer leur check-list. On m’avait présenté le Flames, un appareil qui permet d’observer simultanément 150 étoiles et d’effectuer des analyses spectrales. J’étais excitée à l'idée de pouvoir suivre le travail de nuit des astronomes dans la salle de contrôle et de pouvoir leur poser toutes les questions qui me venaient à l'esprit. Mais la fatigue m'a terrassée après quelques heures…
4. Star Track
 | Coucher de soleil sur La Silla, vu de la salle de contrôle. A droite, le télescope NTT. © ESO | Le lendemain, j’ai suivi le chemin appelé Star Track pour me rendre au VLT, où j'ai eu droit à une visite guidée des installations d’interférométrie (VLTI). La lumière qui pénètre l’atmosphère est concentrée dans un tunnel souterrain par le VLTI, avec ses quatre télescopes géants, ainsi que d’autres télescopes, plus petits, situés sur la plate-forme. On obtient ainsi une résolution optique pouvant atteindre les 0,005 secondes d’arc, ce qui permet de distinguer un astronaute sur la lune !
Au cours de la journée, les conditions météorologiques n’ont cessé de se détériorer. L’humidité de l’air atteignit bientôt un seuil critique au-delà duquel l’eau de condensation pourrait représenter un danger pour les optiques des télescopes. Une seule goutte sur leur lentille peut être fatale, de sorte que les appareils sont placés dans une position telle que cette éventualité est impossible.
Le ciel était voilé de nuages et il était clair qu’aucune observation ne serait possible durant la nuit. Tout le monde a repris le chemin de la Residencia pour participer à la fête qui se tient chaque mois dans la station. Le temps est passé comme un éclair.
5. La Silla sous la pluie Après quelques heures de sommeil, j'ai jeté un dernier regard vers la plate-forme aux télescopes et j'ai repris la route d’Antofagasta. Ce fut ensuite La Serena, la longue route bordant le Pacifique, et enfin une piste poussiéreuse. Devant nous se dressait un grand panneau indiquant La Silla et l'on pouvait deviner, sur une montagne éloignée, la coupole d’un télescope.
La Silla est la première des stations astronomiques de l’OAE vers le sud, à 160 km de La Serena, à 2 400 m d'altitude. Elle abrite 17 télescopes. C’est ici que des innovations technologiques destinées aux télescopes géants (comme les optiques actives et adaptatives) sont mises au point et testées avant d’être appliquées au VLT.
Il pleuvait et le vent sifflait. On m'a donné une chambre ainsi qu’une lampe de poche, qui fait partie du matériel de survie des astronomes à ces altitudes. Fernando Selman m’a ensuite fait visiter l’ensemble des installations. J’étais comblée.
Le plus impressionnant des télescopes était le NTT (New Technology Telescope), large de 3,5 m, construit en 1989. La structure qui abrite les appareils pivote en même temps que ceux-ci. Fernando organisa une démonstration à mon intention de sorte que j’ai pu voir, de l’intérieur, le mouvement du télescope suivi par tout le bâtiment lui-même…
Nous avons assisté à un spectaculaire coucher de soleil depuis la salle de contrôle, affectueusement appelée Ritz par les astronomes, mais ensuite le temps n'a cessé de se dégrader et le brouillard était tel que personne n’osait se risquer au dehors. L’apothéose de la soirée fut la visite au télescope genevois de 1,2 m, utilisé surtout pour déceler des planètes en dehors du système solaire. En tant que Suissesse, j’ai compris pourquoi l’appareil était peint en rouge et blanc.
Le lendemain matin, c’est sous un ciel d'un bleu éclatant que j'ai repris le chemin de Santiago et profité, une dernière fois, de la fabuleuse cuisine de la maison d’hôtes de l’OAE.
Après avoir – heureusement – trouvé à l’aéroport les timbres pour expédier ma trentaine de cartes postales, ce fut le long retour vers l’Europe.
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