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EPIDéMIOLOGIE - Interphone, la plus vaste enquête au monde
En matière de prévention des risques, l'épidémiologie – l'étude statistique des rapports entre une menace potentielle et ses effets réels sur la santé humaine – représente l'indispensable préalable à tout diagnostic sérieux. Mais pour qu'une telle analyse soit possible, il faut disposer d'un minimum de recul dans le temps et s'appuyer sur des constatations suffisamment larges et significatives. Pour la téléphonie mobile, l'ambitieuse étude Interphonea été lancée dès que ces deux conditions ont été réunies. On attend avec beaucoup d'intérêt ses premières conclusions globales, qui seront la première base de connaissances d'un débat objectif de précaution sur l'utilisation du téléphone portable.
Toutes les données épidémiologiques disponibles concernant l'exposition aux RF, portaient sur des populations restreintes, exposées professionnellement (applications radar, milieux médicaux, etc.), mais dans des conditions totalement différentes. Les méthodologies d'évaluation de ces risques spécifiques étaient d'ailleurs peu unifiées, disparates et ne correspondaient guère à l'analyse de cette nouvelle invention de masse. Une méthode à inventer "Dès cette époque, nous avons étudié la faisabilité d'une recherche baptisée Interphone, véritablement adaptée et concentrée sur un problème inédit, explique Elisabeth Cardis, directrice de l'Agence internationale pour la recherche sur le cancer (AIRC) – une filiale de l'OMS dont le siège est à Lyon (FR) – et coordinatrice de cette initiative. "Des équipes de spécialistes, provenant de treize pays – l'enquête ne pouvait, en effet, prendre son sens que si elle était menée à une échelle très vaste pour éviter tout biais régional – sont tombées d'accord pour concentrer les recherches sur le développement de types bien spécifiques d'affections tumorales du système crânien : certaines tumeurs du cerveau (gliomes et méningiomes), les tumeurs des glandes salivaires (parotides) et du nerf acoustique (neurinomes), ainsi que les atteintes de tissus lymphatiques (lymphomes)." Restait en second lieu à judicieusement choisir les populations étudiées par rapport à l'usage du téléphone mobile. Les contrôles ont été sélectionnés uniquement dans les zones où cette technologie s'est implantée de façon la plus précoce, de manière à avoir au minimum entre cinq et dix ans de recul. Si c'est par exemple le cas dans des parties assez étendues de l'Europe du Nord, ailleurs il a fallu se concentrer sur quelques grandes agglomérations qui ont été les premières équipées. De même, Interphone s'est limitée à une classe d'âge active de 30 à 59 ans, qui est celle où les chances d'une expérience à la fois déjà ancienne et continue avec la téléphonie portable sont les plus courantes. Après sélection de tous ces critères, le potentiel statistique sur lequel les équipes ont commencé à travailler débouche ainsi sur un échantillon significatif : environ 6 000 personnes présentant des cas de gliomes et méningiomes (à un stade grave ou bénin), 1 000 cas de neurinomes du nerf acoustique et 600 tumeurs des glandes salivaires parotides. Enquêtes et recoupements Sur cette base, les chercheurs ont conduit une interrogation personnalisée et approfondie avec ces groupes témoins pour se rendre compte de la rétroactivité et de l'intensité de leur pratique de la téléphonie mobile. Des détails importants sont soigneusement notés. Peut-on, par exemple, déterminer quelle est l'oreille la plus systématiquement utilisée? Cet élément est précieux, en particulier pour cerner l'état du système acoustique et salivaire. Ce travail de mémoire est recoupé avec les données disponibles de facturation auprès des opérateurs de services, les caractéristiques techniques des réseaux ainsi que des appareils utilisés. Enfin, une enquête personnelle plus élargie est menée pour détecter d'autres facteurs génétiques ou environnementaux susceptibles d'avoir interagi. "Actuellement beaucoup d'enquêtes nationales ou régionales, finalisées ou en voie de l'être, sont rassemblées par l'AIRC, annonce Elisabeth Cardis. Quelques résultats partiels ont été communiqués par diverses équipes. Ils concluent tous à une absence d'effets, sauf un, publié par une équipe suédoise et concernant le neurinome du nerf acoustique (voir box). Mais les résultats d'Interphone n'auront de sens que lorsqu'ils auront été analysés et validés dans leur ensemble. Cette évaluation globale ne pourra pas intervenir avant 2006." (1) Commission internationale pour la protection contre les radiations non-ionisantes |
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