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EPIDéMIOLOGIE
Title  Interphone, la plus vaste enquête au monde

En matière de prévention des risques, l'épidémiologie – l'étude statistique des rapports entre une menace potentielle et ses effets réels sur la santé humaine – représente l'indispensable préalable à tout diagnostic sérieux. Mais pour qu'une telle analyse soit possible, il faut disposer d'un minimum de recul dans le temps et s'appuyer sur des constatations suffisamment larges et significatives. Pour la téléphonie mobile, l'ambitieuse étude Interphonea été lancée dès que ces deux conditions ont été réunies. On attend avec beaucoup d'intérêt ses premières conclusions globales, qui seront la première base de connaissances d'un débat objectif de précaution sur l'utilisation du téléphone portable.

Interphone, la plus vaste enquête au monde
Tout commence en 1998. L'usage de la téléphonie mobile est encore très récent mais il s'avère de plus en plus évident que cette invention va s'affirmer comme une mutation à la fois technique et sociétale majeure. Le portable va concerner, de manière individuelle, des centaines de millions de personnes. Deux grandes organisations internationales, l'ICNIRP(1), pour la définition des niveaux de protection en matière électromagnétique, et l'Organisation mondiale de la santé, se sentent directement concernées par cette innovation technologique. Elles réunissent des experts mondiaux pour faire le point sur son impact potentiel. Que sait-on des conséquences et des risques possibles des radiofréquences EM engendrés par ces nouveaux appareils, placés en contact rapproché avec la tête, qui ont des propriétés très différentes de la téléphonie traditionnelle ? A vrai dire, pas grand-chose.

Toutes les données épidémiologiques disponibles concernant l'exposition aux RF, portaient sur des populations restreintes, exposées professionnellement (applications radar, milieux médicaux, etc.), mais dans des conditions totalement différentes. Les méthodologies d'évaluation de ces risques spécifiques étaient d'ailleurs peu unifiées, disparates et ne correspondaient guère à l'analyse de cette nouvelle invention de masse.

Une méthode à inventer
"Dès cette époque, nous avons étudié la faisabilité d'une recherche baptisée Interphone, véritablement adaptée et concentrée sur un problème inédit, explique Elisabeth Cardis, directrice de l'Agence internationale pour la recherche sur le cancer (AIRC) – une filiale de l'OMS dont le siège est à Lyon (FR) – et coordinatrice de cette initiative. "Des équipes de spécialistes, provenant de treize pays – l'enquête ne pouvait, en effet, prendre son sens que si elle était menée à une échelle très vaste pour éviter tout biais régional – sont tombées d'accord pour concentrer les recherches sur le développement de types bien spécifiques d'affections tumorales du système crânien : certaines tumeurs du cerveau (gliomes et méningiomes), les tumeurs des glandes salivaires (parotides) et du nerf acoustique (neurinomes), ainsi que les atteintes de tissus lymphatiques (lymphomes)."

Restait en second lieu à judicieusement choisir les populations étudiées par rapport à l'usage du téléphone mobile. Les contrôles ont été sélectionnés uniquement dans les zones où cette technologie s'est implantée de façon la plus précoce, de manière à avoir au minimum entre cinq et dix ans de recul. Si c'est par exemple le cas dans des parties assez étendues de l'Europe du Nord, ailleurs il a fallu se concentrer sur quelques grandes agglomérations qui ont été les premières équipées. De même, Interphone s'est limitée à une classe d'âge active de 30 à 59 ans, qui est celle où les chances d'une expérience à la fois déjà ancienne et continue avec la téléphonie portable sont les plus courantes.

Après sélection de tous ces critères, le potentiel statistique sur lequel les équipes ont commencé à travailler débouche ainsi sur un échantillon significatif : environ 6 000 personnes présentant des cas de gliomes et méningiomes (à un stade grave ou bénin), 1 000 cas de neurinomes du nerf acoustique et 600 tumeurs des glandes salivaires parotides.

Enquêtes et recoupements
Sur cette base, les chercheurs ont conduit une interrogation personnalisée et approfondie avec ces groupes témoins pour se rendre compte de la rétroactivité et de l'intensité de leur pratique de la téléphonie mobile. Des détails importants sont soigneusement notés. Peut-on, par exemple, déterminer quelle est l'oreille la plus systématiquement utilisée? Cet élément est précieux, en particulier pour cerner l'état du système acoustique et salivaire.

Ce travail de mémoire est recoupé avec les données disponibles de facturation auprès des opérateurs de services, les caractéristiques techniques des réseaux ainsi que des appareils utilisés. Enfin, une enquête personnelle plus élargie est menée pour détecter d'autres facteurs génétiques ou environnementaux susceptibles d'avoir interagi.

"Actuellement beaucoup d'enquêtes nationales ou régionales, finalisées ou en voie de l'être, sont rassemblées par l'AIRC, annonce Elisabeth Cardis. Quelques résultats partiels ont été communiqués par diverses équipes. Ils concluent tous à une absence d'effets, sauf un, publié par une équipe suédoise et concernant le neurinome du nerf acoustique (voir box). Mais les résultats d'Interphone n'auront de sens que lorsqu'ils auront été analysés et validés dans leur ensemble. Cette évaluation globale ne pourra pas intervenir avant 2006."

(1) Commission internationale pour la protection contre les radiations non-ionisantes


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      L'énigme du neurinome suédois

    En octobre 2004, l'Institut de Médecine Environnemental (IME) du célèbre Karolinska Institutet de Stockholm a diffusé un communiqué qui a jeté un certain émoi. Il révélait que l'examen de 150 cas de neurinomes – une tumeur bénigne survenant au niveau du nerf acoustique, très lente à s'établir et assez rare (estimée à un cas par an pour 1 000 000 personnes) – concluait à un risque doublé chez les utilisateurs intensifs du téléphone mobile depuis au moins dix ans. Détail troublant, le facteur de risque était multiplié par quatre si l'on prenait en compte le côté du crâne systématiquement employé pour porter l'appareil.

    De l'avis même des chercheurs – qui n'ont cependant pas résisté à la publicité donnée à l'information – ce constat doit être pris avec la plus grande prudence. Tout d'abord parce que l'échantillon analysé des porteurs de cette tumeur est mince. L'étude Interphone devrait fournir des résultats plus exhaustifs portant sur un millier d'examens de personnes atteintes de cette affection. La spécification de "au moins dix ans" (l'identification du risque augmenté n'ayant à aucun moment été décelée en dessous de cette période) indique peut-être aussi un problème de technologie. Les premiers téléphones en usage au-delà de cette limite de temps étaient de type analogique (NMT). "Rien ne nous permet d'affirmer que ces résultats à long terme concerneraient l'usage des téléphones digitaux de la génération GSM…", précisent les chercheurs.

      Des bailleurs de fonds multiformes

    L'étude épidémiologique Interphone a véritablement pris corps en 2000, lorsqu'elle a reçu un appui financier substantiel de l'Union européenne : près de 3 850 000 euros pour quatre années à titre de projet sélectionné lors du cinquième programme-cadre. Cette dotation communautaire, complétée par des fonds nationaux, implique des participants danois, finlandais, français, allemands, italiens, suédois, norvégiens et britanniques, ainsi qu'une institution médicale israélienne. Quatre autres partenaires internationaux (Australie, Canada, Japon, Nouvelle-Zélande) ont décidé de se joindre aux travaux, ce qui porte à 13 le nombre de pays couverts par l'enquête. Les compléments de financement sont également apportés via l'UICC (Union internationale contre le cancer). Ce dernier apport sert, en particulier, de courroie de transmission pour des fonds mis à disposition par deux organismes privés représentant l'industrie de la téléphonie portable, le Mobile Manufacturers' Forum et l'Association GSM. "Si cet appui matériel provenant de l'industrie est accepté, c'est sous une clause qui garantit de façon intransigeante la totale indépendance scientifique des études menées sous l'égide d'Interphone", souligne Elisabeth Cardis.

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