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RDT info logoMagazine de la recherche européenne N° 45 - Mai 2005    
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 SOMMAIRE
 EDITORIAL
 La logique du "bond en avant"
 Profil du septième programme-cadre
 L’avant-poste oriental de l'Espace européen de la recherche
 La tradition agronomique
 Naissance d'une recherche dopée par l’Europe
 Out of Africa
 Les campylobactéries mises en examen
 Rendez-vous des mondes lointains
 Sortir de prison. S'en sortir?
 Les chercheurs au-devant de la scène
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OPINION Version imprimable


Science-société : plaidoyer pour la transparence

Si l’objectif visé est de parvenir à une société plus favorable à la recherche, voire une société qui intégrerait véritablement la recherche et l’innovation dans ses composantes, et qui serait une expression de la "faculté d’aspirer à" – telle qu'Arjun Appadurai y voit la fonction de la culture à s’orienter vers l’avenir et à se diriger vers celui-ci (1) – , nous nous devons d’expliquer ce qu’est la recherche et le processus par lequel elle est mise en pratique. Nous devons éclaircir le contexte sociétal, politique, économique et culturel élargi dans lequel la recherche exerce son incidence sur la société et comment ce contexte influence et façonne la recherche.

Plutôt que de présenter des produits et des résultats spectaculaires, nous devons nous focaliser davantage sur les processus de la recherche et toutes les incertitudes qu'ils comportent, sur la façon dont les approches ascendantes et descendantes se recoupent, sur le rôle réel – et non pas uniquement idéalisé – des utilisateurs, ainsi que sur la manière dont les agences de financement fonctionnent, tant au niveau national que supranational. Il serait intéressant d’expliquer comment les priorités sont définies dans le domaine de la recherche étant donné que ce n'est pas la Nature qui souffle aux chercheurs le problème suivant auquel ils doivent s’attaquer, mais bien un mélange complexe d'opportunités et d'incitants, d'investissements préalables et de planification stratégique, surmonté d'une série de contingences subversives.

Cependant, la science et les institutions scientifiques doivent également prendre davantage conscience des attentes de la société, de ses contradictions et des contraintes qu’elle subit tout en étant disposée à contribuer, sans manipulation, à la "faculté d’aspirer à". L’innovation peut être vue comme un pari collectif placé sur un avenir commun fragile, où aucune des deux parties en jeu – science et société – ne dispose de la formule magique capable de conjurer les incertitudes inhérentes. Il faut qu'une sorte d'alliance soit construite à partir d'une vision partagée des objectifs poursuivis.

Nous serions également mieux placés pour expliquer au public la différence entre les prétentions ou les promesses faites par les chercheurs, selon que ces prétentions ont ou n'ont pas été avalisées par des pairs. Si nous n’expliquons pas le fonctionnement des règles qui jouent un rôle déterminant au sein de la communauté scientifique, comment le public pourrait-il les comprendre et apprécier leur importance et leurs limites ? Si personne n’informe le public, comment pourrait-il connaître les divergences entre les différentes cultures scientifiques, savoir ce qui peut être considéré comme preuve, ou comment dégager un consensus en faisant intervenir la critique comme condition essentielle ?

Et cette liste est loin d'être exhaustive... En étant objectif sur nos démarches à tâtons, même si cela les rend plus ennuyeuses, le but atteint sera que le public comprendra mieux les questions qui se posent au sein des universités et des facultés, des comités de recherche et autres agences de financement, au niveau distinct des politiques nationales ou européennes, dans la communauté scientifique et dans celle de l'industrie. C’est précisément l'explication et le récit de la complexité réelle des choses qui peuvent devenir un sujet d'intérêt pour le public.

Helga Nowotny

Présidente de l'Eurab (European Research Advisory Board of the European Commission)

(1) Arjun, Appadurai, (2004) ‘The Capacity to Aspire: Culture and the Terms of Recognition’. in: Vijayendra Rao and Michael Walton (eds.) Culture and Public Action. Standford: Stanford University Press, 59-84.

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