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RDT info logoMagazine de la recherche européenne N° 45 - Mai 2005    
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 SOMMAIRE
 EDITORIAL
 La logique du "bond en avant"
 Profil du septième programme-cadre
 L’avant-poste oriental de l'Espace européen de la recherche
 La tradition agronomique
 Naissance d'une recherche dopée par l’Europe
 Out of Africa
 Les campylobactéries mises en examen
 Rendez-vous des mondes lointains
 Sortir de prison. S'en sortir?
 Les chercheurs au-devant de la scène
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INDUSTRIE TEXTILE
Title  La traque aux connaissances

Pour relancer la dynamique de l'innovation et de la compétitivité, l'activité textile s'efforce de saisir une nouvelle chance de croissance. Elle s'ouvre, dans tous les domaines, aux différentes mutations contemporaines de la science et de la technologie.

Gant de protection pour table de coupe en confection. © IFTH
Gant de protection pour table de coupe en confection.
© IFTH
La mission des scientifiques et des ingénieurs textiles est de sortir de leurs métiers traditionnels et d'explorer, tous azimuts, les connaissances les plus variées pouvant avoir des retombées, souvent inédites, dans leur propre secteur. Pour Lutz Walter (Euratex), "outre les nouvelles technologies susceptibles d'introduire de nouveaux processus dans l'ingénierie de la filière, les nouveaux paradigmes, tant pour les matières premières que pour les produits finis, ont pour noms la multifonctionnalité, la réactivité, l'intelligence matérielle des tissus. Certaines applications sont saisies au vol par les stylistes et les couturiers – volontiers en quête d'inventivité –, d'autres s'adressent plus particulièrement à une multiplicité de nouvelles niches de marché techniques."

Le filon biotechnologique
En amont de la filière, un exemple est apporté par les applications des biotechnologies, notamment en ce qui concerne les préparations et traitements traditionnels des fibres naturelles. Ainsi, avant le filage des deux grandes sources d'approvisionnement que sont les cotons et les laines, des opérations chimiques sont actuellement nécessaires pour éliminer les impuretés, assurer un dégraissage des matières et les rendre aptes aux opérations de teinture. Coûteuses, ces interventions ont aussi des conséquences souvent agressives pour l'environnement et imposent de lourdes charges d'épuration des eaux usées. Les recherches se sont donc tournées vers des opportunités biologiques.

Celles-ci présentent des avantages prometteurs en terme de performances de processus, qui sont bien maîtrisées à des échelles pilotes. Des procédés de substitution utilisant les propriétés des enzymes commencent à être efficaces pour se substituer au recours des agents chimiques. Toutefois, leur développement à l'échelle industrielle pose encore des problèmes de stabilité et de fiabilité.

Un oeil satellitaire sur les couleurs
A un autre stade, celui du contrôle de qualité des tissages teintés, on peut mentionner également l'étonnant transfert de technologie réalisé par l'Agence spatiale européenne dans le domaine de la reconnaissance colorimétrique. Pour ses applications d'observation satellitaire dans le domaine agricole, les ingénieurs de l'ESA ont, en effet, mis au point un "œil artificiel" conçu pour le contrôle d'apport d'engrais chimiques dans les terres cultivées, décelable grâce à la coloration des terres. La compagnie finlandaise Specim, et différents partenaires italiens dont l'université de Côme, ont transposé cette technologie optique à un système automatique capable d'inspecter le textile durant la production, sans l'interrompre, alors que le tissu défile à un flux de 100 mètres à la minute. Ce regard électronique permet désormais de détecter les irrégularités de couleur "en temps réel" et de corriger immédiatement les éventuels défauts de fabrication.

Mais une large partie des innovations significatives se situent, en particulier, au dernier maillon de la chaîne : le stade de l'ennoblissement et des traitements de surface. Un cas type est l'exploitation de la physique des plasmas. Celle-ci permet, par exemple, de rendre imperméable une matière textile hydrophile comme le coton, ou inversement, de neutraliser les propriétés hydrophobes d'un matériau tissé synthétique.

Par ailleurs, renouant en quelque sorte avec la fascination autrefois exercée par le ver à soie, l'étude des structures complexes des organismes vivants et processus naturels dans toute leur biodiversité représente également un champ d'inspiration fécond.

Les propriétés autonettoyantes et hydrophobes des textiles fabriqués avec le procédé nanotechnologique appelé Effet-Lotus®. © V.v.Arnim-ITV Denkendorf
Les propriétés autonettoyantes et hydrophobes des textiles fabriqués avec le procédé nanotechnologique appelé Effet-Lotus®. © V.v.Arnim-ITV Denkendorf
Les propriétés autonettoyantes et hydrophobes des textiles fabriqués avec le procédé nanotechnologique appelé Effet-Lotus®.
© V.v.Arnim-ITV Denkendorf
L'autonettoyage par "Effet-Lotus"
Une découverte étonnante a ainsi surgi d'une discipline – la botanique – qui, a priori, est bien éloignée de la problématique textile. En étudiant la surface des feuilles de lotus à l'échelle nanométrique, le chercheur allemand Wilhelm Barthlott de l'Institut de Botanique de Bonn (DE) a constaté, dans les années '90, que cette plante, réputée pour l'aspect d'une propreté resplendissante de ses fleurs et feuilles, devait cette propriété à une très forte densité de nano-aspérités superficielles. Celles-ci "accrochent" en leur sommet les dépôts salissants tels que les matières graisseuses, tout en empêchant la stabilité de leur adhérence. Sous la pluie, la feuille a une réaction hydrophobique. Les gouttes d'eau "roulent" sur la tête des aspérités et entraînent dans leurs mouvements les dépôts salissants qui y adhèrent de manière peu stable en raison de cette particularité.

Reproduite par des procédés nanotechnologiques à la surface de matières tissées, cette propriété autonettoyante a été développée en tant qu'innovation technologique et brevetée sous l'appellation Effet-Lotus®. Elle est utilisée pour des niches spécifiques, par exemple pour des voilures d'extérieur ou pour certains vêtements. Ce cas montre à quel point le mariage des connaissances ayant des thèmes a priori fort éloignés – dans ce cas, botanique et nanoscience – peut féconder des innovations inattendues.

Textiles curatifs en fibres de chitine
Un autre exemple, à valeur médicale, est celui de la chitine. Ce bio-polymère très abondant, d'une structure semblable à de la cellulose végétale, se trouve dans les carapaces des crustacés et l'exosquelette de nombreux insectes.

Cette substance fait aujourd'hui l'objet de très nombreuses recherches dans les domaines agricole, alimentaire, ainsi qu'en cosmétologie. Une application textile particulièrement prometteuse est aujourd'hui étudiée à l'université de Gand (BE). Elle consiste à développer des fibres à base de chitine pour produire des pansements médicaux qui auraient la double fonctionnalité de reconstituer la peau des grands brûlés et d'assurer une barrière anti-bactérienne.


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  Passé, présent, futur
  Etat des lieux
  Un croisé de l’innovation
  Le passé synthétique
  La traque aux connaissances
  Le tissage de l'intelligence

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  LEAPFROG ou la réinvention de la machine à coudre

S'il est un outil sur lequel le progrès semble faire du surplace, c'est bien la machine à coudre, qui remonte aux années 1830-1850. L'engin s'est moult fois perfectionné, mais la technologie contemporaine n'a pas bougé d'un iota sur un point essentiel : aucune substitution mécanique satisfaisante n'a permis de remplacer la conduite de cet outil par l'homme (ou plus souvent la femme). Jusqu'ici, en raison de sa dextérité, seule la main humaine est capable de guider la matière souple et flexible d'un tissu pour les assemblages complexes qui constituent un vêtement. D'où l'élément déterminant de l'intensité de main-d'œuvre de ce secteur.

Lancé en 2004, un singulier défi technologique est au cœur de l'important projet intégré européen baptisé Leapfrog(1). "De nombreux développements en procédés de couture robotique sur des formes sphériques à l'aide de visualisation en 3D, font penser qu'une automatisation significative de la confection est possible", souligne Lutz Walter (Euratex). Le projet vise également à intégrer dans un tel saut une flexibilité informatisée de la chaîne de management de la filière confection, en l'ajustant à la demande et aux préférences des consommateurs.

(1) Leapfrog (Leadership for European Apparel production From Research along Original Guidelines) réunit 35 partenaires industriels et universitaires basés dans 11 pays européens. Budget : 23 millions €, dont 60% sont apportés par la CE. Durée : 4 ans.

  Quelle stratégie pour le textile européen?

En 2004, une Plate-forme technologique pour le futur du textile et de l'habillement en Europe à l'horizon 2020 a été créée par les trois grandes organisations européennes impliquées dans la recherche et le développement technologique – Euratex, Textranet et Autex. Associant des experts de tous horizons, ce regroupement propose trois piliers de réflexions, de propositions et d'initiatives à l'horizon 2020.

  • Privilégier de plus en plus une production de biens spécialisés à haute valeur ajoutée.
  • Amplifier la R&D pour de nouvelles applications textiles.
  • Passer d'une filière conçue pour la conception de la consommation de masse à la personnalisation des produits.


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