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RDT info logoMagazine de la recherche européenne N° 43 - Novembre 2004   
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 SOMMAIRE
 EDITORIAL
 Au revoir Monsieur Busquin
 Sur les routes de l’inflammation
 Les aliments de l'enfance
 Vent d'ambition pour la recherche européenne
 Une science de proximité
 Des cultures ET des arbres 
 Arrêt sur image
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Le rendez-vous de la science et de la société

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Comment rendre la culture scientifique accessible à un large public ? Sous quelles formes organiser le débat et la participation démocratiques des citoyens aux choix et aux questionnements éthiques soulevés par la science ? Par quels moyens éveiller davantage de vocations de chercheurs parmi les jeunes ? Comment remédier, en particulier, à la sous-représentation de la "matière grise" féminine dans la communauté scientifique ?

Telles sont, parmi bien d'autres, des composantes du thème "Science et Société", auquel l'Union européenne entend, depuis quelques années, apporter une indispensable valeur ajoutée. L'objectif de Lisbonne – faire accéder l'Europe à une société de la connaissance dynamique et mondialement compétitive – repose pour une très large part sur les forces de recherche et l'acquisition des savoirs. Cette mobilisation doit être portée par un large consensus sociétal, à la fois compris, accepté et soutenu par la majorité des citoyens de l'Union élargie.

Pour mettre en valeur ces aspects, la Commission organisera à Bruxelles, du 9 au 11 mars 2005, un vaste Forum européen sur la Science et la Société, ouvert aux décideurs politiques, aux chercheurs, aux médiateurs de la science et aux représentants des citoyens. La première raison d'être de ces assises est de dresser le bilan des nombreuses actions, européennes ou nationales, mises sur pied depuis le lancement en 2001, du Plan d'Action Science et Société.

Habitées par l'esprit de l'Espace européen de la recherche, les thématiques de ces journées seront multiples et variées. Elles concerneront notamment les rapports de la science avec la démocratie, la communication et la vulgarisation scientifiques, la sauvegarde de la diversité et la non-discrimination dans la sphère de la recherche.

L'événement sera également "multiplexé" par des contributions interactives aux débats, provenant de plusieurs sites miroirs où se tiendront, en direct, des assises parallèles organisées par des institutions nationales de promotion de la science. Des stands permettront, en outre, à de nombreuses initiatives européennes de présenter leurs approches de recherche et d'expérimentation.

Ce rendez-vous exceptionnel par son ampleur et son ouverture, doit se conclure par la proclamation d'une Charte intitulée "Science et Société pour le Futur".


Débat sur les "nouveaux instruments"

A mi-parcours du sixième programme-cadre, le panel d'experts chargé d'évaluer le fonctionnement des nouveaux instruments – les projets intégrés et les réseaux d'excellence – a remis, en juin dernier, le rapport dit "Marimon" (du nom de son président), qui est aujourd'hui au centre d'une certaine controverse.

En préambule, les experts reconnaissent, certes, l'intérêt et la validité de ces deux nouvelles formules, visant à dégager des masses critiques d'expertise et d'excellence au niveau de l'Espace européen de la recherche, et ils en recommandent le maintien dans le futur programme-cadre. Mais, en écho à un certain nombre d'incompréhensions et de désappointements au sein de la communauté de recherche, le groupe Marimon fait état de plusieurs recommandations constructives.

Les experts considèrent que les finalités des appels proposant la constitution de projets intégrés et/ou de réseaux d'excellence ne sont pas suffisamment clairement établies. Ils s'inquiètent d'un réel malentendu consistant à considérer que le critère des nouveaux instruments est une question "d'importance de taille". Ils s'interrogent aussi sur la validité du critère "d'intégration durable", qui est censé présider à la constitution des réseaux d'excellence. Ils craignent enfin que les nouveaux instruments n'aient conduit, de facto, à réduire le rôle des projets de recherche traditionnels, basés sur des thèmes plus ciblés et des consortiums plus restreints, mieux adaptés à de nombreux acteurs, tels les PME et des participants "émergents", en particulier dans les nouveaux Etats membres.

Mais leur remarque la plus discutée est celle selon laquelle, lors des appels à propositions, la Commission devrait seulement spécifier les objectifs stratégiques poursuivis, en indiquant la gamme des instruments disponibles. Les candidats participants pourraient alors annoncer leurs propres objectifs de recherche et leur préférence pour tel ou tel instrument qu'ils considèrent comme le plus adapté à leur choix.

Dans une communication émise à la fin du mois d'août, la Commission a tenu à répondre aux conclusions du groupe Marimon. Si elle accepte, en les nuançant, plusieurs des critiques de "rodage" quant à la clarification nécessaire des finalités des nouveaux instruments lors de ses appels à propositions, elle s'élève contre le dernier point. Une telle idée reviendrait, selon elle, à remettre en question le principe fondamental des programmes de travail, mis en place avec des organismes de consultation indépendants, qui ont toujours été à la base des programmes-cadres de l'Union. Donner aux participants le choix de leurs objectifs spécifiques de recherche sur base de simples objectifs stratégiques généraux conduirait à une dispersion des moyens et de l'efficacité des soutiens européens sur une variété incontrôlable de thèmes. Quant à laisser aux participants un libre choix de l'instrument dont ils souhaitent bénéficier, cela reviendrait à rendre inextricable tout arbitrage entre les propositions.

Les divergences "Marimon-Commission" ont été à l'ordre du jour d'un conseil des ministres "Compétitivité" à la fin septembre 2004. Ceux-ci ont estimé qu'il s'agissait là d'un débat à poursuivre dans le cadre des discussions de fond qui devraient s'ouvrir, dès avant la fin 2004, sur la préparation du prochain programme-cadre. A suivre…


Jeunes scientifiques, moisson 2004

Les gagnants 2004. De gauche à droite Martin Knöbel et Florian Grössbacher (AT), Charlotte Strandkvist (DK), Gerhard Schöny (AT), Mario Chemnitz (DE).
Les gagnants 2004. De gauche à droite Martin Knöbel et Florian Grössbacher (AT), Charlotte Strandkvist (DK), Gerhard Schöny (AT), Mario Chemnitz (DE).
Le décor, cette année, est planté à Dublin, à la fin septembre. La capitale irlandaise héberge pendant quatre jours le 16ème Concours des Jeunes Scientifiques. En piste pour la sélection finale : 73 chercheurs, âgés de 15 à 20 ans, venus de 34 pays européens ainsi que de Chine et des Etats-Unis. Ces concurrents étaient dans la dernière ligne droite après avoir été désignés comme lauréats des épreuves nationales menées dans leur propre pays. Neuf d'entre eux se sont partagé les prix d'une valeur totale de 28 500 euros. A cela s'ajoutent divers "prix d'honneur" sous forme de visites proposées par les grands organismes de recherche européens – CERN, ESA, ESO, etc.

Au palmarès 2004, les trois premiers prix (5 000 euros chacun) ont récompensé des jeunes autrichiens, danois et allemands. Martin Knöbel (DE), Gerhard Schöny (AT) et Florian Grössbacher (AT) ont mis au point et fabriqué le premier appareil automatique et autoréglable pour membranes de microphone à condensateur. Ce système, qui élimine l'ajustement manuel, doit notamment permettre de réduire les vibrations et d'abaisser les temps et les coûts de production. Charlotte Strandkvist (DK), 18 ans, a travaillé seule. Elle souhaite être ingénieur chimiste ou enseignante dans cette matière. Son projet vise à améliorer la méthode de synthèse du N-methyl fluoxetine en laboratoire – autrement dit une méthode originale de synthèse des antidépresseurs. Quant à Mario Chemnitz (DE), 17 ans, il a mis au point "une technologie de détection par ultrasons pour la chromatographie des gaz. Cette méthode est très sensible et peu coûteuse par rapport aux détecteurs traditionnels."


Erasmus Mundus

Erasmus Mundus est désormais entré dans sa phase active. Ce nouveau programme, fort bien nommé, est destiné, selon les mots de Viviane Reding, ancienne commissaire européenne en charge de l'Education et de la Culture, à "redonner à l'Europe une place de leader sur la scène universitaire internationale". Il s'adresse à la fois à tous les instituts supérieurs européens et aux étudiants non européens de tous les continents. Doté d'un budget de 230 millions d'euros, Erasmus Mundus se concrétise à travers quatre actions  :

  • la création de cours de mastère de très haute qualité, proposés conjointement par trois établissements supérieurs de pays européens différents;
  • l'instauration de bourses permettant à des étudiants des pays tiers, déjà diplômés – et possédant un très bon niveau –, de suivre cet enseignement spécifique;
  • la création possible de partenariats entre les institutions participant au programme et d'autres établissements d'enseignement supérieur des pays tiers;
  • le soutien à des actions complémentaires pouvant augmenter la visibilité, l'attractivité et l'intérêt pour ces formations (notamment en termes de reconnaissance des diplômes).
19 cours de mastère ont démarré à l'occasion de la rentrée 2004. 82 universités européennes étaient partantes, dans 17 pays. 140 étudiants et 42 universitaires ont obtenu une bourse leur permettant de se former et de se perfectionner en Europe pour une période pouvant aller jusqu'à deux ans.

A noter : Erasmus Mundus ne se substitue nullement au programme Erasmus "classique", grâce auquel de jeunes boursiers peuvent accomplir une partie de leurs études dans un autre pays que le leur.


"Recherche sur la sécurité" : les jalons

En septembre dernier, la Commission a confirmé les étapes prochaines du lancement, en 2007, du futur programme européen de recherche sur la sécurité - qui sera partie intégrante du prochain programme-cadre. D'ici la fin de l'année, un comité consultatif comprenant des experts, des groupes d'utilisateurs, des entreprises et des organismes de recherche commencera à conseiller l'UE sur les choix et les moyens de sa mise en oeuvre. Un budget d' environ 1 milliard € devrait être attribué, pour cinq ans, à ce programme important.

Depuis cette année, la Commission a lancé une “action préparatoire” de trois ans dans le domaine de la recherche sur la sécurité. Le premier appel à propositions (budget : 15 millions €) a été clôturé le 23 juin 2004 et plus de 170 propositions éligibles ont été soumises. Les participants sont notamment des sociétés des secteurs de l'aérospatial, des technologies de l’information et des communications, de l’intégration des systèmes et de la défense. Douze projets seront lancés, d'ici décembre, dans des domaines tels que la perception des situations, la protection des systèmes en réseau, la protection contre le terrorisme, la gestion des crises et l'interopérabilité des systèmes de contrôle et de communication. Deux autres appels à propositions seront publiés au début des années 2005 et 2006, avec chacun une dotation de 25 millions €.


La Terre a rendez-vous avec l'Espace

Logo earth and space
L'Union européenne accueillera à Bruxelles, le 16 février 2005, quelque 50 pays et 30 organisations internationales ou non-gouvernementales pour le Troisième Sommet mondial sur l'Observation de la Terre, dont les deux premières éditions se sont déroulées à Washington (juillet 2003) et à Tokyo (avril 2004). Le rapprochement accéléré entre ces rencontres démontre à quel point ce thème est devenu une priorité scientifique universelle.

Aujourd'hui, plus de 50 satellites d'observation environnementale du globe sont   en orbite autour de la planète. Ces outils uniques rendent désormais des services de plus en plus nombreux en matière de suivi du changement climatique, de météorologie, du contrôle de la pollution des mers ou des terres, de gestion de territoires urbains, ruraux ou forestiers, etc. Ces fonctions environnementales sont d'ailleurs souvent inséparables d'autres services de types sociétaux désormais gérés à partir de l'espace, telles que l'aide humanitaire en cas de catastrophe naturelle ou de conflit, la gestion des transports, etc.

Mais cette toile d'araignée croissante de systèmes spatiaux – par ailleurs connectés à des milliers de système d'observation et de mesures au sol (bouées ou stations terrestres) – souffre d'un gigantesque handicap obérant l'énorme potentiel utile qu'il recèle : la faiblesse ou même la quasi totale absence d'interconnexion entre leur capacité d'observation.

C'est suite à ce constat et ce gâchis que s'est constitué, au plan international, le Groupe d'Observation de la Terre (GEO), lancé en 2003. Ce large consortium politique et scientifique a pour objectif le déploiement de la nouvelle architecture d'un "système des systèmes" (GEOSS) permettant de construire les passerelles entre les dispositifs actuels et futurs de l'observation du globe. Le Sommet de Bruxelles, en février 2005, représente un rendez-vous d'importance puisque les participants devraient y endosser la mise en œuvre du plan GEOSS à l'horizon des dix prochaines années.

Profitant de sa qualité d'hôte du Sommet, l'Union a décidé, par ailleurs, de donner à cette rencontre un retentissement public exceptionnel. Du 12 au 20 février, elle organisera à cette occasion une grande "Semaine de la Terre et de l'Espace" destinée à un large public européen et étranger. Le clou en sera une importante exposition illustrant les passionnantes connaissances et applications que les satellites ont ouvertes en observant notre planète. Par ailleurs, les 17 et 18 février, se tiendront deux Journées internationales sur la coopération dans l'Espace.

RDT info consacrera également le dossier de son prochain numéro au thème "Terre & Espace".


Le savoir et le savoir-rire

Logo annals of improbable research
"Improbable research makes people laugh, and then makes them think." Tel est le slogan du singulier magazine Air (The Annals of Improbable Research), dont les perles les plus précieuses sont également accessibles en italien, en allemand et en chinois. Entraîné par un certain Marc Abrahams (université de Harvard), l'objectif de ses rédacteurs animateurs, tous malicieux scientifiques, est d'éveiller la curiosité pour la science en posant deux bonnes questions : 1) qu'est-ce qui est important et qu'est ce qui ne l'est pas ? 2) qu'est-ce qui est réel et qu'est-ce qui ne l'est pas ? Ils se sont donc fait les traqueurs, dans toutes les sciences, de l'improbable (ne pouvant être prouvé), de l'inutile, de l'incongru, de l'absurde, bref du non-sense – et parfois du poétique.

L'équipe de Air est notamment à l'origine des Ig-Nobel (jeu de mot linguistiquement intransposable – ignoble ?).  Couronnant d'authentiques scientifiques auteurs d'authentiques travaux, ces prix drainent un plus grand nombre de domaines que leur émule suédois, notamment les mathématiques, la psychologie, et "l'interdisciplinarité". La célébration de leur remise (à laquelle participent non seulement les lauréats systématiquement et joyeusement invités mais aussi de véritables Nobel complices du jeu) se déroule aux Etats-Unis  et est, depuis l'an dernier, suivie d'une tournée de quelques Ig-Nobel à travers le Royaume-Uni et l'Irlande. L'événement, sponsorisé par la très sérieuse British Association for the Advancement of Science (BAAS) et le Times Higher Education Supplement, se déroule durant la Semaine de la science nationale.

Qui couronne-t-on de la sorte ? Le palmarès 2004 des Ig-Nobel, proclamé le 30 septembre dernier, a, par exemple, décerné les récompenses suivantes :

Médecine : De l'effet de la Country Music sur le suicide.

Santé publique : La validité scientifique de la cinquième seconde règle (où il s'agirait de savoir si un aliment tombé par terre et ramassé très rapidement peut avoir le temps d'être contaminé).

Physique : Modes de coordination dans la dynamique multisegmentale du Hula Hoop.


Renforts pour un Conseil européen de la recherche

Désormais incontournable, la création d'un Conseil européen de la recherche suscite de plus en plus de prises de position en sa faveur. Parmi les plus récentes, on signalera celle des 52 organisations scientifiques européennes qui ont signé la pétition rédigée et publiée par la nouvelle association Initiative for Science in Europe. Présidée par José Mariano Gago, un homme de science doublé d'un politicien qui fut l'un des artisans de la Stratégie de Lisbonne, l'ISE a également prolongé cet appel par la tenue à Paris, en octobre dernier, d'une conférence de débat et de mobilisation sur le thème du futur CER.


EURYI - Budgets pour jeunes talents

EURYI - Budgets pour jeunes talents
EURYI - Budgets pour jeunes talents
"Ce sont souvent des scientifiques en début de carrière qui formulent les nouveaux concepts qui amèneront plus tard des basculements de paradigmes scientifiques, éventuellement couronnés ultérieurement par un prix Nobel. Pour soutenir la créativité et le progrès des connaissances, il importe de repérer les générations montantes de chercheurs, en leur accordant les moyens d'indépendance nécessaires à la poursuite de leurs propres idées", estime Bertil Anderson, directeur exécutif de la Fondation européenne de la science (ESF) et membre du Comité Nobel.

Telle est l'idée – généreuse au sens monétaire du terme – que concrétise l'institution du nouveau prix European Young Investigator Awards (EURYI) inauguré conjointement, cette année, par l'ESF et EUROHORCs (l'association rassemblant les Conseils européens de la recherche). Après un appel à propositions lancé l'an dernier, 130 soumissions sur 800 avaient été présélectionnées.

Au début août 2004, lors du Forum Euroscience de Stockholm, 25 soutiens de recherche, compris entre 1 et 1,25 million €, ont été attribués. De tels prix, certes incomparables par nature à une récompense Nobel, sont cependant d'un ordre de grandeur équivalent. Ces budgets personnalisés permettent à de jeunes chercheurs, travaillant dans un organisme scientifique européen hôte, de mener leur barque dans des voies originales, en constituant notamment leurs propres équipes de travail.

Innovation fondamentale : les EURYI représentent la première mise en commun des ressources des organisations nationales de financement sur un projet partagé.


Plaidoyer pour les sciences "de l'humain"

Fondée en 1998, forte de quelque 2 000 membres (dont 38 prix Nobel), l'Academia Europaea vise à fédérer, au niveau du continent, le développement et la promotion des sciences humaines. Elle vient de lancer un appel aux responsables politiques de la recherche afin que ce domaine ne soit pas négligé dans la concrétisation de l'Espace européen de la recherche. Ces disciplines apparaissent de plus en plus souvent comme les parents pauvres dans les arbitrages des budgets et souffrent du peu d'intérêt de différents acteurs (responsables de la recherche, décideurs politiques et économiques). Les avancées d'une société sont souvent liées, dans de nombreux esprits, aux progrès des sciences dites exactes. Les sciences humaines sont néanmoins essentielles pour comprendre aussi bien son propre environnement socio-culturel que celui des autres et s'avèrent un outil d'analyse important à un moment où l'Europe s'élargit et où son intégration doit être renforcée. C'est (entre autres) pourquoi l'association insiste fortement pour que le Conseil européen de la recherche les promeuve et les soutienne au même titre que les sciences exactes.


Le rêve européen

Franchement rebelle, certainement inclassable, le socio-économiste Jeremy Rifkin a déjà suscité débats et critiques acerbes- lors de la publication de ses différents ouvrages, en particulier La fin du travail (1995). Mais, aujourd'hui, le contestataire Rifkin pose aussi un œil étonnamment roboratif et positif sur les changements économiques et leurs relations avec le monde des technosciences. Exemple : son constructif ouvrage The Hydrogen Economy, paru en 2002.

Il lance aujourd'hui The European Dream – How Europe's Vision of the Future is quietly eclipsing the American Dream. En rupture avec l'autosatisfaction exportatrice du modèle américain et de ses thuriféraires ainsi qu'un certain auto-dénigrement de bon nombre d'analystes à l'égard de modèles dits "en perte de vitesse" du Vieux continent, Rifkin se fait l'avocat d'une vision européenne contemporaine. Celle-ci lui semble bien mieux adaptée aux défis du monde globalisé que ne l'est une sorte de passéisme américain fondé sur une lecture myope, où l'accumulation de richesses et la disponibilité des ressources de la planète ne connaîtront jamais aucune limite. Pour lui, les valeurs véhiculées par l'Europe – développement durable, diversité culturelle, qualité de la vie, droits de l'homme – sont des gages de "réalisme" et "d'efficacité" et seront les constituants "du ciment social sur lequel se construit le monde globalisé".


Bilan de santé de l'enseignement

Bilan de santé de l'enseignement
Réseau européen créé à l'initiative de la Commission, Eurydice propose aux acteurs de l'éducation une information régulière sur les politiques et les programmes qui les concernent et prend régulièrement la température du monde de l'enseignement. L'une des publications récentes du réseau, L'attractivité de la profession enseignante au XXIe siècle, complète ainsi trois études sur la formation des professeurs, l'offre et la demande, les conditions de travail et salaires. Ce gros plan sur la profession montre que la majorité des enseignants européens en sont satisfaits, tout en soulignant néanmoins l'alourdissement de leurs conditions de travail et en regrettant le peu de reconnaissance que semble susciter leur métier (une impression qui n'est pas corroborée par les différentes enquêtes d'opinion).

Ce satisfecit relatif n'a cependant pas valeur d'exemple et l'un des problèmes les plus aigus du secteur, à travers quasi toute l'Europe, demeure le vieillissement des effectifs et la rareté des vocations. Imagination oblige, des initiatives nouvelles sont lancées un peu partout. Elles prennent la question par les deux bouts – les jeunes et les anciens. Ainsi, aux Pays-Bas et au Royaume-Uni, des possibilités de formations "non traditionnelles" sont proposées à ceux qui ne pourraient suivre le cursus ordinaire. Pour les seniors, dans de nombreux pays, l'allègement des tâches d'enseignement en fin de carrière devrait permettre de limiter les bataillons trop fournis des candidats à la retraite anticipée.


Le cinquantenaire du Cern

En octobre 2004, le Cern « Conseil européen pour la recherche nucléaire » a fêté, un demi-siècle d'existence. De part et d'autre de la frontière franco-suisse près de Genève, cette cinquantième bougie était symbolisée par un scintillant cercle de lumière de 27 km, tout au long du tracé de l'anneau souterrain où se met en place le nouvel accélérateur Large Hadron Collider.

L'appellation de cette prestigieuse institution scientifique est trompeuse. Certes, sa vocation est "nucléaire" au sens large du terme, mais pas au sens courant lié à la production d'énergie. Depuis l'origine, il est au service de la physique des particules, dont il est considéré aujourd'hui comme le plus grand et le plus prestigieux laboratoire au niveau mondial. Tout au long de ses cinq décennies d'existence, le Cern n'a cessé de mettre au point et de s'équiper des meilleurs et des plus rares outils d'expérimentation, qui en font aujourd'hui une véritable "plate-forme multinationale" de la physique fondamentale. S'y croisent, en permanence, quelque 6 000 chercheurs, résidents ou visiteurs, de toute nationalité et de toute génération, depuis des seniors auréolés de Nobel jusqu'à de jeunes doctorants prometteurs. Ici ne cesse de se produire la plongée contemporaine dans la compréhension des plus infimes composantes de la matière et des forces d'interaction les gouvernant. En parallèle, cette même plongée dans l'infiniment petit permet, peu à peu, de tenter de faire progresser les questionnements sur les mystérieuses circonstances des origines et du destin actuel de l'Univers tout entier.

Le jubilé du Cern a, pour l'Europe, une valeur de symbole riche de sens. D'abord parce que la création de cette institution (l'idée en fut lancée en 1949) a été la toute première expérience pionnière d'une véritable entreprise matériellement commune entre treize Etats européens. Elle était, à ce titre, le laboratoire d'essai où se manifestait l'étincelle de la volonté concrète de "faire l'Europe".

Ensuite, parce que la fondation du Cern avait une dimension visionnaire d'une priorité désormais totalement inscrite dans l'actualité, cinquante ans plus tard : la nécessité de créer un Espace européen de la recherche, fondé sur la valorisation de l'excellence.

En juillet 1974, un tunnel de 7 km de circonférence était terminé, à 40 mètres de profondeur, à cheval entre la France et la Suisse. Il s'agissait du premier accélérateur transfrontalier, le SPS (Super synchroton à protons), doté, pour l'époque, d'un système de contrôle futuriste par ordinateurs. La construction du LEP (Large Electron-Positron Collider), un anneau souterrain de 27 km, touours entre la France et la Suisse, représenta, dans les années 80, le plus vaste chantier européen avant le tunnel sous la Manche. Chantier actuel du LHC : convoyage des aimants à supraconducteurs qui sont lourds, longs et fragiles. Succédant au LEP, le LHC entrera en fonction au début 2007. Il sera l'accélérateur le plus puissant et le plus sophistiqué jamais construit. Les Etats-Unis sont partenaires du projet.
En juillet 1974, un tunnel de 7 km de circonférence était terminé, à 40 mètres de profondeur, à cheval entre la France et la Suisse. Il s'agissait du premier accélérateur transfrontalier, le SPS (Super synchroton à protons), doté, pour l'époque, d'un système de contrôle futuriste par ordinateurs.La construction du LEP (Large Electron-Positron Collider), un anneau souterrain de 27 km, touours entre la France et la Suisse, représenta, dans les années 80, le plus vaste chantier européen avant le tunnel sous la Manche.Chantier actuel du LHC : convoyage des aimants à supraconducteurs qui sont lourds, longs et fragiles. Succédant au LEP, le LHC entrera en fonction au début 2007. Il sera l'accélérateur le plus puissant et le plus sophistiqué jamais construit. Les Etats-Unis sont partenaires du projet.
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