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N° 42 - Août 2004
COMMUNIQUER LA SCIENCE

Parlez-vous science ?

Parlez-vous science ?
Au sein de la politique de recherche de l'Union, la prise de conscience de la nécessité d'une "bonne" communication s'est constituée et largement développée depuis quelques années. Il s'agit d'abord d'expliquer aux citoyens les finalités du programme-cadre et de faire connaître les résultats qui en sont obtenus. Une forte implication dans cet effort de communication est, à cet égard, de plus en plus demandée aux acteurs des projets soutenus par l'Union.

Par ailleurs, à travers le volet thématique Citoyens et gouvernance dans la société de la connaissance, le programme-cadre vise à susciter une réflexion en profondeur sur les interactions accrues entre la science, la technologie et l'évolution de la société. Ces recherches sont complétées par des projets concrets mis sur pied dans le Plan d'action Science et Société.

C'est dans ce contexte que la DG Recherche de la Commission a organisé, en mai dernier, un premier Forum Communiquer sur la Recherche européenne – CER 2004.  Ce rendez-vous a réuni plus de 500 participants durant deux jours. Il a permis des échanges très riches et denses entre des journalistes scientifiques – tous types de médias confondus –, des spécialistes de la communication, des chercheurs (impliqués, en particulier, dans des projets intégrés et des réseaux d'excellence européens) ainsi que des porte-parole d'institutions de recherche. Les débats ont porté sur la philosophie spécifique de la diffusion des connaissances, les outils et les bonnes pratiques pouvant la sous-tendre et l'évaluation de nombreux exemples de communication.

Le point de vue des médias
"Il faut se rappeler que la science appartient à la culture. Eveiller l'intérêt, l'envie et la satisfaction que donne la connaissance est donc primordial", déclarait Pierre Oscar Levy, réalisateur de documentaires scientifiques pour la télévision. Ce message consensuel semblait largement partagé par les quelque 120 représentants des médias (presse écrite, TV, radio et Web) présents au Forum.

"Il faut aussi que les scientifiques soient patients avec les journalistes et s'intéressent à la spécificité du média pour lequel ils travaillent", précisait Sean Duke, du magazine irlandais Science SPIN. Ainsi la radio peut-elle être "un merveilleux moyen de capter l'attention à travers des histoires et des conversations très vivantes, mais elle doit être nourrie de paysages sonores" (Deborah Cohen, BBC Radio Four).

Une demande récurrente des journalistes concerne la formulation de données scientifiques concrètes immédiatement assimilables par un public non spécialisé. "Plutôt que d'exprimer une production électrique en X mégawatts, il est beaucoup plus parlant de dire qu'elle peut satisfaire les besoins d'une cité de Y dizaines ou centaines de milliers d'habitants. Il faut aussi mettre en exergue ce qui est fondamentalement innovant dans un résultat de recherche, identifier les applications dans différents secteurs, expliquer sans fard les impacts environnementaux et les risques inhérents" (Lara Ricci, du quotidien italien Il Sole 24 Ore).

Et puis il y a la "révolution de la diffusion par le Web", doublée de nouvelles exigences de rapidité et de flexibilité. "En tant qu'hebdomadaire imprimé, le New Scientist a un lectorat de 800 000 personnes, mais son site attire mensuellement 2 millions de visiteurs du monde entier. Beaucoup de scientifiques croient qu'après avoir posté un communiqué de presse, ils peuvent partir en vacances. Les journalistes qui, à partir de là, ont à écrire une news pour Internet dans un délai ultra court veulent pourtant souvent en savoir davantage et aimeraient entrer en contact avec eux" (Damian Carrington, NS Digital – UK).

Ecolage de chercheurs
"Les scientifiques doivent désormais être formés au dialogue et aux débats avec les citoyens, en sachant que certains d'entre eux leur seront parfois franchement hostiles. Or, bien peu d'initiatives allant dans ce sens sont lancées par les organisations et les sociétés savantes qui les fédèrent", souligne Steve Miller, de l'University College London, coordinateur du réseau ENSCOT (European Network of Science Communication Teachers). ENSCOT a notamment mis sur pied un module d'atelier de formation à la communication au cours duquel les chercheurs sont entraînés à la prise de parole en public, à la réponse aux interviews et à l'écriture de textes de popularisation.

L'Association Science &Télévision mène une démarche comparable. "Nous voulons apprendre aux chercheurs quelles sont les contraintes de la réalisation audiovisuelle et comment les accepter pour raconter des histoires de sciences intéressantes et non donner des cours" (Emmanuel Laurent, AST – FR).

Un remarquable travail de coopération entre scientifiques et communicateurs de la science est également à l'œuvre dans les musées et centres de science. Ces espaces de divulgation, qui multiplient les expositions et les événements thématiques, attirent depuis quelques années des publics de plus en plus nombreux. "Le champ de mise en scène de ces manifestations recèle un potentiel extrêmement étendu et riche", souligne Walter Staveloz, coordinateur du réseau ECSITE (European Collaborative for Science, Industry and Technology Exhibitions), dont les projets sont régulièrement soutenus par l'Union.

Quant au mot de la fin, laissons-le au chercheur allemand Hans-Peter Peters, du Forschungszentrum Jülich, qui s'est plu à analyser le concept d'Infotainment – combinaison d'information et d'entertainment en anglais. Ce sociologue étudie depuis des années les paramètres influençant la réception des messages scientifiques (1). "Si la volonté de plaire est nécessaire et souhaitable, il faut prendre garde aux effets pervers, aux images qui déforment, qui distraient, ou qui passent à côté des vrais enjeux du sujet. L'exigence de qualité de l'information ne doit jamais être perdue de vue."

(1) Voir RDT info n° 39, novembre 2003 [ http://ec.europa.eu/research/rtdinfo/39/index_fr.html ]

Europe – la science festive

Première édition du Festival de la Science, Gènes, 2003
Première édition du Festival de la Science, Gènes, 2003
Chaque année, de nombreuses semaines ou journées de la science sont organisées à travers l'Europe. Chaque année, la Commission européenne ajoute sa propre partition à cette entreprise de "divulgation" de la recherche et de la technologie. Destinés à un public non spécialisé, et tout particulièrement aux jeunes, huit projets transeuropéens bénéficient du soutien de l'Union pour l'édition 2004, durant laquelle les événements se concentrent dans la semaine du 8 au 14 novembre.
  • Honneur aux nouveaux pays. Le projet Superlife, coordonné par l'Université de technologie et d'économie de Budapest, lève le voile sur le phénomène de la supraconductivité. Comment la science explique-t-elle cet étrange état de la matière qui permet de transporter l'énergie électrique sans la dissiper et d'engendrer de singuliers effets magnétiques de lévitations ? Quelles en sont les applications actuelles et potentielles ? Démonstrations, débats, films, CD-roms, expositions, déploiement d'explications sur Internet à des niveaux de plus en plus approfondis apportent leur éclairage sur ce phénomène susceptible de bouleverser notre quotidien. Des actions spécifiques sont d'abord lancées en Hongrie pour se prolonger dans les pays partenaires (Allemagne, France, Espagne, Royaume-Uni) en 2005. Superlife est le fruit d'une coopération, non seulement transnationale (Israël et la Suède y participent également), mais aussi entre les secteurs public et privé (trois universités, trois instituts de recherche, une industrie et deux PME). Sa réussite se fonde sur leur complémentarité.
  • Coordonné par l'université de Parme (IT), le projet Wespa (A Web portal for Energy and Semiconductors Public Awareness) vise, pour sa part, à expliquer comment, grâce aux semi-conducteurs, les applications sélectives de la transmission de l'énergie ont révolutionné toutes les facettes technologiques du monde contemporain.
  • Les entreprises peuvent également être des vecteurs d'initiatives. En Grèce, la société de consultance Q-Plan coordonne deux projets ciblés sur les étudiants européens et réalisés avec des partenaires scientifiques de différents pays. Le premier, Shield, a pour objectif de montrer le rôle de la recherche et de la technologie dans la prévention et la réparation des catastrophes naturelles. Le second, School-Foresight, propose une réflexion sur l'école "intelligente" de demain (notamment via l'e-learning). L'analyse sera lancée par des experts et poursuivie par des propositions d'étudiants.
  • Compétition Eurobot
    Compétition Eurobot
    Ceux-ci seront également mis à l'épreuve lors de la compétition Eurobot. Pour sa coordinatrice, la Française Véronique Raoul, "ils peuvent ainsi mettre en œuvre leurs connaissances théoriques dans le cadre d'un projet constructif réalisé en équipe".   Ce concours se déroule, depuis 1988, sur un thème le plus souvent sportif. Cette année, il s'agit de créer des robots capables de jouer au rugby avec des noix de coco…
  • Au Portugal, ce sont toutes les "sciences dures" qui sont mises à l'honneur à l'université de Minho durant une journée intitulée The Fascinating World of Science. Ce voyage à travers la chimie, la physique, les maths, la géologie et la biologie (expériences, visites de laboratoires, débats, etc.) se poursuivra ensuite de manière virtuelle (vidéoconférences, forums et débats Internet).
  • En Italie, l'événement se déroule à Gênes, capitale de la culture 2004. Le festival Esciential, dont c'est la deuxième édition, présentera la science dans le contexte plus général de la connaissance. Des scientifiques, des écrivains, des journalistes la "raconteront" et en débattront. 130 conférences et une vingtaine d'expositions interactives (notamment Le meraviglie della Scienza ou Brain Waves consacré aux neurosciences) sont au menu de ce festival international et ambitieux, de même que différents spectacles, dont une performance de Michael Nyman (Facing Goya).
  • Participation de Rafaelos, 10 ans (Grèce), au concours de dessins organisé par l’ESA à l’occasion du Passage de Vénus © ESA
    Participation de Rafaelos, 10 ans (Grèce), au concours de dessins organisé par l’ESA à l’occasion du Passage de Vénus
    © ESA
    La science, la créativité et le rêve se retrouveront également, grâce au centre astronomique européen ESO, autour du phénomène du Passage de Venus (Venus Transit).  Le 8 juin 2004, Vénus se trouvait, en effet, devant le Soleil. Ce phénomène n'est possible que lorsque le Soleil, Vénus et la Terre sont alignés sur la ligne d'intersection (appelée ligne des nœuds) des deux plans orbitaux de rotation de ces deux planètes autour de l'astre solaire. Chacune d'elles croise cette ligne deux fois par an, mais elles ne s'y trouvent simultanément que très rarement. Le dernier passage de Venus remonte ainsi à 1882. Pour célébrer cet événement exceptionnel, l'ESO a déployé sur son site (www.eso.org) une foule d'informations pédagogiques. Elle propose également un concours destiné aux astronomes amateurs qui auront réalisé, individuellement ou en équipes, une vidéo de présentation et d'enregistrement en direct de ce spectacle céleste. Les 12 gagnants seront couronnés durant la Semaine européenne de la Science, à Paris, lors de la Finale VT-2004. Le premier prix n'est pas négligeable : un voyage à l'Observatoire européen de Paranal, au Chili.
Bullet En savoir plus [ http://cordis.europa.eu/scienceweek/act_act.htm ]


Après moi les mouches…

Eh oui, les mouches, ces détestables compagnes de la chaleur, peuvent être passionnantes…   Le Muséum d'histoire naturelle de Neuchâtel (CH) propose un parcours original, mêlant les données scientifiques, les œuvres d'art et même la dramatisation sur le thème de cet insecte qui nous fascine et nous répugne à la fois. On pourra notamment se glisser dans le cabinet de travail d'un entomologiste pour découvrir en gros plan ses yeux disproportionnés et ses ailes fragiles, parcourir la "galerie BZZ" où sont rassemblées des sculptures de Mathieu Rapp sur un fond sonore bourdonnant, pénétrer dans un décor de chambre d'hôpital pour constater les maladies dont les diptères peuvent être les vecteurs (paludisme, onchocercose, fièvre jaune, éléphantiasis, dengue, maladie du sommeil). En fin de parcours, les visiteurs se retrouvent dans une salle de tribunal où ils décideront de la mise à mort ou de la grâce… d'une mouche. Les avocats des parties adverses – l'insecte et l'homme – en profiteront pour nous faire réfléchir sur l'utilité des espèces – et même le sens de la vie et la mort...

Muséum de Neuchâtel – Suisse – Jusqu'au 6 mars 2005
Bullet En savoir plus [ http://www.museum-neuchatel.ch/ ]


Un millier d'écoles pour Eduspace

Le site pédagogique lancé par l'ESA (European Space Agency) fait recette. Plus de mille écoles de 67 pays s'y sont enregistrées. Leurs enseignants bénéficient ainsi de moyens up to date pour initier leurs élèves aux leçons diverses que l'on peut tirer de l'Observation de la Terre. Différents "grands thèmes" (surveillance des catastrophes naturelles, changement global, principes de télédétection, etc.) sont proposés. Chacun de ces thèmes est introduit synthétiquement et plusieurs sous-thèmes sont approfondis. Ceux-ci sont agrémentés de liens vers d'autres ressources, comprenant également des propositions pédagogiques précises. Pour chaque sujet, des images satellitaires peuvent être téléchargées et des exercices liés à leur interprétation sont suggérés. En outre, des "études de cas" proposent un matériel plus important (textes, photographies "classiques") en rapport avec des sujets pouvant intéresser les élèves de certains pays ou régions. Pour approfondir l'étude de leur ville, ils pourront, par exemple, partir de l'espace de leur école "vue du ciel".

Pédagogique, ce site est également polyglotte : anglais, français, allemand, italien, espagnol – et bientôt danois. A noter : le travail de l'ESA se fait en relation étroite avec les enseignants. Ceux-ci ont émis de nouvelles suggestions lors du premier Eduspace Council of Teachers, qui s'est tenu en avril dernier.
Bullet En savoir plus


Pensez "global"

Si l'on parle de mondialisation, n'oublions pas la science. Quelles sont les responsabilités de la recherche et de la technologie dans un monde où perdurent la souffrance et la pauvreté ? Alors que leurs découvertes et leurs retombées nous concernent tous, comment faire pour que chacun puisse réellement bénéficier de ces avancées ? Cette "pensée globale", versus R&D,   est l'un des principes soutenus par l'association britannique ASE (The Association for Science Education). Celle-ci publie notamment un document à l'attention des enseignants qui souhaiteraient sensibiliser leurs élèves à  l'importance du partage généralisé des connaissances. Tous ceux qui "y croient" et voudraient se joindre à ce mouvement, ou simplement en savoir plus, peuvent contacter l'ASE.
Bullet En savoir plus [ http://www.ase.org.uk/htm/ase_global/index1.php ]
Bullet Contact [ mailto:global@ase.org.uk ]


Déserts

Désert du Soudan © ESA
Désert du Soudan
© ESA
Site pédagogique de l'Unesco sur les menaces de la désertification. Ce phénomène inquiétant concerne un tiers de la superficie des terres émergées du globe (4 milliards d'hectares) et plus d'une centaine de pays. Les causes ? Les variations du climat, les activités humaines (pâturages intensifs, déboisement, mauvaises pratiques en matière d'irrigation…). Il est vrai que les populations pauvres surexploitent la Terre pour survivre. Il est vrai que la désertification est à la fois la cause et la conséquence de la pauvreté.
Bullet En savoir plus PDF icon


Forêts

Chacun peut participer à la santé de la Terre en réduisant ses propres émissions de CO2. Tel est le mot d'ordre lancé par Future Forest for a Carbon Neutral world, une association américano-britannique invitant à poser de "petits gestes" qui, multipliés, peuvent avoir une incidence marquante sur l'avenir de la planète. Pour nous en convaincre, une simple machine à calculer permet de jauger notre propre "pollution", par exemple pour un trajet aérien précis… De quoi réfléchir. Reste à acheter des produits non polluants, élaguer les trajets motorisés redondants, offrir des cartes postales dont les bénéfices vont au développement d'énergies douces dans le Tiers-monde, planter des arbres…


Bullet En savoir plus [ http://www.futureforests.com/ ]

  Bonnes pratiques  
  A tout seigneur, tout honneur : l'Unité Information & Communication (UIC) de la DG Recherche dispense de multiples informations ciblées tant vers la presse que vers un public plus large. La page d'accueil du site Recherche, sur le serveur Europa, en constitue la plate-forme centrale. Signalons notamment le lancement régulier de News alerts, l'organisation de briefings thématiques regroupant des projets significatifs soutenus par les programmes européens, des publications écrites (RDT Info, bien sûr, mais aussi des séries de dépliants et diverses brochures sur des thèmes de recherche), et enfin, en ligne sur le site, des Headlines quotidiennes et des informations permanentes sur les développements du programme-cadre.

D'autre part, deux nouvelles initiatives méritent d'être mentionnées.

  • L'UIC vient de publier – sur support écrit ou par téléchargement – le Guide to successful communications, manuel rassemblant une sélection de bonnes pratiques nées de nombreuses expériences compilées dans le cadre de l'information sur la recherche européenne.
  • La phase pilote d'un nouvel outil, baptisé AthenaWeb, a été lancée en juin 2004 dans le secteur audiovisuel. Ce portail, alimenté par les professionnels du secteur eux-mêmes, vise à valoriser l'important et intéressant stock de matériaux disponibles – et largement sous-utilisés – en matière de vidéo à caractère scientifique et technologique.
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  Liens  
  Organisée par les Amis de la Terre, l'Ecologie sur la toile [ http://www.amisdelaterre.org/ecotoile/index.html ] propose une série de sites renvoyant à des associations, éco-entreprises, institutions privilégiant le respect de l'environnement. Ainsi qu'un lexique des termes ad hoc.

 


  POUR EN SAVOIR PLUS  
  Les comptes-rendus succincts de la conférence CER 2004 et des exposés des orateurs sont consultables sur le site [ http://ec.europa.eu/research/conferences/2004/cer2004/programme_en.html ]

Les participants ont eu également de nombreuses discussions sur des initiatives et des exemples de communication mis en œuvre par des projets européens dans des disciplines et des domaines scientifiques et technologiques les plus divers. Ces présentations sont, elles aussi, disponibles sur cette page.

Autres liens :