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N° 42 - Août 2004 |
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| OPINION |
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Un zeste d'insouciance sportiveEn cette année d’Olympiades, on ne manquera pas de multiplier les comparaisons entre le monde du sport et les autres champs où s’exerce le génie humain, comme l’exportation de la démocratie en Irak, le crime organisé, la recherche scientifique, l’éradication du maïs transgénique, ou la construction européenne.
L'édification économique, politique et sociale d’un nouveau continent, par un nombre croissant des nations d'un continent dit ancien, fait flotter au vent une bannière où des étoiles dansent une ronde plutôt conviviale, là où d’autres unions affichent des régiments d’étoiles au garde-à-vous. C’est de prime abord un bon signe.
Mais au-delà des drapeaux, qu’en est-il de l’adhésion, de la connivence, du désir ? Pour l’Europe en général et pour ses chercheurs en particulier ? Constatons que les citoyens se sont massivement abstenus aux élections du Parlement européen, alors que la Coupe d’Europe de football a attiré les foules, au Portugal et devant les téléviseurs.
Les footballeurs disposent certes d’atouts que n’ont pas les responsables politiques ou scientifiques. Ils sont encore jeunes, en pleine santé (hors tacle ravageur ou dopage excessif), et perçoivent des revenus élevés. C’est aussi que leur jeu doit beaucoup au hasard, et se donne à voir dans une ambiance frénétique, encore amplifiée par le tam-tam médiatique. De plus, ils tiennent leurs promesses en moyenne une fois sur deux, statistique qu’on n’ose imaginer en politique. Enfin, au contraire des élus, fréquemment remerciés par des électeurs mécontents, ou des chercheurs, trop souvent cantonnés dans des carrières linéaires indépendantes de leurs performances, ils gagnent à changer de poste, les clubs étant toujours prêts à spéculer sur la valeur des joueurs en vue du prochain transfert.
Est-il alors réaliste d’espérer raviver le projet européen et plus particulièrement son volet recherche en y transposant directement les recettes du spectacle sportif ? Non, bien sûr.
Mais on peut au moins penser que le désir d’Europe, et pour ce qui nous concerne ici le goût des sciences, se déploierait plus largement si, plutôt que de toujours mettre en exergue le sérieux, les contraintes, les risques d’échec, l’on acceptait d’y laisser flotter cet esprit de légèreté, qui réussit si bien au football et que pratique spontanément la jeunesse. Ce à quoi tente de s’employer avec constance le regard porté par votre candide chroniqueur sur la recherche européenne, il faut le souligner.
On se prend même à rêver de prochaines élections européennes à guichet fermé où les candidats, avant même d’être vainqueurs ou vaincus, de tel parti ou de tel pays, sauraient être des héros, où la frivolité et la ferveur se combineraient à loisir, où les citoyens seraient heureux et fiers de participer, tout simplement.
Candide
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