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RDT info logoMagazine de la recherche européenne N° 42 - Août 2004   
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PORTRAIT
Title  Parcours d'un Hollandais volant

"J'ai attrapé la vocation lorsque j'étais gamin." A 45 ans, en avril 2004, le médecin-astronaute André Kuipers a accompli sa première mission dans l'espace en séjournant neuf jours sur la Station spatiale internationale. Itinéraire d'un aventurier qui vit, avec passion, l'accomplissement de ses rêves.

André Kuipers
"C'est ma grand-mère qui fut l'une de mes inspiratrices. Elle me faisait lire des livres de science-fiction spatiale. J'avais 11 ans et la télévision montrait Neil Armstrong mettant le pied sur le sol lunaire. Je me suis rêvé en astronaute."

Pourtant, dans les années ‘70, l'Espace semble pour longtemps un "domaine réservé" des superpuissances américaine et soviétique, qui en ont fait le champ clos de leur compétition "froide". A cette époque, l'ambition de la présence humaine dans l'Espace est le monopole partagé des Etats-Unis – qui développent le concept de leurs premières Space Shuttles récupérables – et de l'ex-URSS – qui continue à développer avec succès la filière des fusées Soyouz et met en orbite la première "station habitée" Saliout. Certes, l'Europe a, entre-temps, fondé sa propre agence spatiale, mais sa vocation initiale repose sur les lanceurs et non les vols habités. Le rêve ancré dans la tête d'un adolescent hollandais qui termine ses études secondaires apparaît encore bien peu réalisable.

Une médecine à coloration spatiale
André Kuipers trouve alors un judicieux compromis. L'idée de commencer la médecine le tente et, tant qu'à faire, pourquoi ne pas concilier ce choix avec sa passion spatiale toujours vivace ? Il oriente donc tout son cursus médical vers les aspects physiologiques de l'équilibre et de l'adaptation du corps humain dans les conditions extrêmes auxquelles il est soumis dans les avions supersoniques et les fusées, ainsi qu'en apesanteur. A sa sortie de l'université, bardé de cette spécialité très pointue, il est engagé par l'armée de l'air néerlandaise où il devient immédiatement responsable du suivi médical des pilotes.

"A ce poste, j'étais excellemment placé pour être en contact avec les milieux spatiaux européens, c'est-à-dire avec l'ESA (l'Agence spatiale européenne). Durant les années 80, l'Europe avait évolué et s'intéressait désormais à une participation active à l'aventure spatiale habitée. En 1985, lors de la deuxième mission   commanditée par l'ESA sur le Spacelab – à bord de la navette américaine Columbia,  l'un des trois astronautes européens était un Hollandais, Wubbo Ockels. Il n'était absolument plus irréaliste de rêver..."

En tant que médecin, l'un des premiers "extra-jobs" effectués dès cette époque par André Kuipers pour le compte de l'ESA fut la supervision des "vols paraboliques(1)". Ensuite, très vite, sa passion et ses connaissances précieuses pour le monde spatial intéressent de plus en plus les responsables de l'Agence européenne. Celle-ci l'engage, en 1991, pour un premier contrat d'un an comme invited fellow afin de développer les recherches sur l'adaptation physiologique humaine en vols habités.

Un long stand by
"J'étais donc 'dans le bain', lorsque l'Agence a lancé, à cette époque, une vaste campagne de sélection de candidats astronautes européens. Je me suis dit : voici ta chance qui passe… Mais il y avait des milliers de postulants dans toute l'Europe. J'ai terminé parmi les finalistes invités à venir se présenter au QG de l'ESA à Paris. Je commençais à y croire, et puis ce fut un grand désappointement, car il n'y avait, en réalité, que six places à pourvoir.Je n'ai finalement pas été retenu. On m'a dit : 'vous auriez été sélectionné s'il y avait eu plus de moyens, vous aurez peut-être votre chance plus tard', et je suis resté au sol".

Notre astronaute "rentré" n'en continue pas moins sa carrière dans le giron de l'Agence. Il coordonne la préparation physique des missions habitées européennes sur la station MIR   diverses expérimentations liées aux biosciences. Les missions initiées par l'ESA - que ce soit à bord d'engins américains ou russes – se multiplient.

Avec la mise en place progressive de la nouvelle Station spatiale internationale (ISS), les pays membres de l'ESA décident, en 1998, de former un véritable "corps" permanent des astronautes européens, placé sous l'égide de l'Agence. Dans ce contexte, les Pays-Bas attachent – comme d'autres "petits pays" tels que la Belgique ou la Suisse – une grande valeur au rôle d'ambassadeur que représente un spationaute "national". Ils proposèrent la sélection d'André Kuipers, qui fut cette fois retenue par l'ESA.

"J'ai évidemment accepté, tout en étant conscient que je rentrais en même temps dans un processus d'attente qui allait bouleverser ma vie. Cela signifiait que je devais mettre entre parenthèses une très large part des responsabilités médicales à la base de ma carrière. Car, être astronaute 'potentiel', c'est vivre en stand by, sans savoir avec certitude pour combien de temps, en se soumettant à un entraînement et à des contrôles médicaux permanents. La planification des missions s'étale sur des années. La construction de l'ISS était (et est encore) un processus très lent, soumis à des décisions financières internationales complexes et à des imprévus technologiques. Souvenez-vous du 1er février 2003 et de la terrible catastrophe de la navette Columbia qui a entraîné l'arrêt de tous les vols américains jusqu’à aujourd’hui..."

En route pour l'ISS
Le destin spatial d'André Kuipers a échappé de justesse aux retombées de cet accident. Après quatre années de préparation, en décembre 2002, il est choisi comme astronaute pour assurer la participation de l'ESA à une mission Soyouz sur l'ISS. Il s'agit de procéder, en avril 2004, à la relève de l'équipe en séjour de travail semestriel sur la station, ainsi qu'à un échange de la "capsule de sauvetage" qui y est attachée en permanence pour garantir la possibilité d'une évacuation en cas de besoin. Dans ce cadre, l'ESA compte mettre à profit les neuf jours de présence de son astronaute à bord de l'ISS pour mener un programme d'expérimentations scientifiques baptisé Delta.

"Remarquables en terme de fiabilité, les vols de Soyouz ont ceci de particulier qu'ils fonctionnent comme une sorte de vaisseau-taxi de l'espace qui ne peut embarquer que trois voyageurs, dont deux doivent être à même de piloter l'engin. La place que l'ESA louait à bord pour ma mission comportait dès lors une obligation. A l'aller, comme au retour, il fallait être le second du commandant de bord russe en charge du vol. Me voici donc, toubib, ayant un an pour apprendre à être pilote de vaisseau spatial…"

Autant dire, un singulier challenge que notre Hollandais volant est bien décidé à relever. Durant quelque 16 mois, André Kuipers passe une large part de son temps à la Cité des Etoiles près de Moscou et au cosmodrome de Baïkonour au Kazakhstan. L'écolage, qui nécessite l'acquisition   d'un bagage minimal de la langue russe, est un éprouvant parcours : tests médico-physiques en tous genres, étude de l'ingénierie de la fusée et de sa capsule, simulation des conditions de vol, de pilotage et de vie à bord de l'ISS – le tout sans perdre de vue une intense préparation des aspects scientifiques de la mission Delta.

Le 19 avril 2004, André Kuipers, Guennadi Padalka (Russie) et Mike Fincke (USA) s'installent dans la capsule du Soyouz, prête pour le tir. A-t-il peur ? "Non, je laissais toute angoisse derrière moi. La peur, je l'avais connue auparavant, à l'entraînement. Ce que je craignais surtout, c'est que le jour venu, une sorte de panique m'envahisse et me paralyse. Mais la préparation est telle que, lorsque que la fusée démarre, plus rien ne vous semble insolite ou inquiétant."

Vol et amarrage de routine à l'ISS. La première surprise, ce fut la découverte de cette fameuse station en orbite à 400 km de la Terre. "Il faut y être pour se rendre compte à quel point ce lieu est un extravagant chantier, encombré de machines et d'appareillages en tous genres, dont beaucoup sont en cours de montage. Ce n'est pas facile de trouver sa place dans cet encombrement pour commencer à travailler aux multiples tâches que vous devez boucler en neuf jours".

Transmettre le feu sacré
Copieusement chargé, en effet, le programme scientifique Delta  touche à des aspects fondamentaux en physiologie humaine, en biologie cellulaire et en microbiologie ainsi qu'à des expériences technologiques intéressant l'industrie. La "cerise sur le gâteau" c'est aussi un volet pédagogique dont Kuipers n'est pas peu fier. Aux Pays-Bas et en Allemagne, des milliers d'élèves ont été associés à la préparation d'une expérience sur la germination de graines végétales en apesanteur. Au cours de liaisons audio-visuelles directes, ils ont été les témoins interactifs de son déroulement. "Pour moi – et c'était aussi le point de vue des responsables de la politique spatiale néerlandaise, cette communication avec des jeunes depuis l'espace revêtait une grande importance. Les astronautes ont une mission d'éducation scientifique essentielle."

Kuipers n'a pas oublié l'enfant qui rêvait de l'Espace. Le feu sacré qui n'a cessé de l'habiter, il souhaite le transmettre à d'autres jeunes. Et son plaisir personnel dans cette aventure ? "Tout le monde sait à quoi ressemble la Terre vue d'en haut. Mais voir réellement notre planète, c'est une émotion unique et inoubliable. Cette rondeur bleue se détachant sur le noir du cosmos, le serpent scintillant du Nil la nuit et les lueurs des orages qui éclatent en permanence au hasard des régions survolées…"

(1) Réalisés à bord d'un Airbus adapté, ces mini-exercices d'expérimentation en microgravité (chaque parabole offre une tranche de l'ordre de 20 secondes en quasi-apesanteur) sont régulièrement proposés par l'ESA à des participants scientifiques - étudiants ou confirmés.


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