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RDT info logoMagazine de la recherche européenne N° 42 - Août 2004   
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SLOVéNIE
Title  Petit pays, haut niveau

"Notre seule matière première, c’est la matière grise." La formule, populaire en Slovénie, résume l’importance accordée à la science et à la technologie par ce territoire de deux millions d'habitants, couvert de forêts, blotti entre les Alpes et la mer Adriatique. Après nos reportages en Hongrie et en République tchèque(1), photographie de la recherche dans un petit pays résolu à tenir son rang dans la société de la connaissance. Et qui ne craint pas de s’exposer au feu de la compétition internationale.

Bâtiment principal de l'université de Ljubljana - "Sous Tito, l’université de Ljubljana avait autant de liens avec celles de Graz, en Autriche, ou de Trieste, en Italie, qu’avec les institutions de Zagreb ou de Belgrade". © Kodia Photo & Graphis/Marko Feist
Bâtiment principal de l'université de Ljubljana - "Sous Tito, l’université de Ljubljana avait autant de liens avec celles de Graz, en Autriche, ou de Trieste, en Italie, qu’avec les institutions de Zagreb ou de Belgrade".
© Kodia Photo & Graphis/Marko Feist
Pendant des siècles, la science slovène fut synonyme d’exil. On s'en allait étudier et travailler à Vienne (capitale de l’empire austro-hongrois dont la Slovénie faisait partie), Berlin, ou dans d'autres centres européens. Dès le 15ème siècle, on trouve un Slovène, Bernard Preger, au poste de doyen de l’Université de Vienne.

Cette diaspora scientifique a pris fin en 1919, avec la création de l’Université de Ljubljana, qui a permis à nombre d’intellectuels originaires de la région de rentrer au bercail. La Slovénie n’était à l’époque qu’une province du nouveau royaume yougoslave, mais la jeune université ne manquait pas d'ambition. Elle s'est efforcée de couvrir l’ensemble des domaines de la connaissance afin d'offrir aux jeunes la possibilité de s’éduquer sans s’expatrier.

L'équation multidisciplinaire
Cette démarche s’est maintenue durant la période socialiste de l'ex-Yougoslavie et est plus que jamais d’actualité dans une Slovénie désormais indépendante. Il n’est pourtant pas facile, avec seulement 80 000 étudiants, de maintenir un haut niveau d’enseignement (et donc une activité de recherche) dans l’ensemble des disciplines, depuis la géochimie jusqu’à l’anthropologie.

Le Tromostovje, ou les Trois Ponts franchissant la rivière Ljubljanica dans la capitale slovène. Dans un pays où "il fait bon vivre", l'exode des cerveaux n'est pas un problème central. © Kodia Photo & Graphis/Matjaž Prešeren
Le Tromostovje, ou les Trois Ponts franchissant la rivière Ljubljanica dans la capitale slovène. Dans un pays où "il fait bon vivre", l'exode des cerveaux n'est pas un problème central.
© Kodia Photo & Graphis/Matjaž Prešeren
Dans un contexte général où des intervenants privés se mettent à leur tour à proposer des enseignements, de même que certains instituts de recherche, le risque existe d’une excessive dispersion des forces. En 1975, une seconde université a été créée à Maribor. On parle aujourd'hui d'en lancer une troisième, de type généraliste, à Koper. Matjaz Omladic, vice-recteur de l’université de Ljubljana, n'y semble guère favorable : "On nous dit qu’il faut plus de compétition, mais le problème c’est de se mettre en compétition avec les Américains, pas avec les collègues de l’immeuble d’en face…"

La Slovénie compte également 18 instituts de recherche nationaux. Si certains regroupent plusieurs centaines de personnes, les plus petits d'entre eux fonctionnent avec une poignée de spécialistes. En effet, la science coûte cher... Et même si les rémunérations des chercheurs sont ici trois fois moindres que celles attribuées en moyenne dans l'Union, le matériel de laboratoire exigé pour se maintenir à un niveau international est de plus en plus onéreux.

Transition sans chaos
Les scientifiques slovènes ne s'estiment cependant pas mal lotis et, dans ce pays où il fait bon vivre, la fuite des cerveaux n’a jamais représenté un problème. L’indépendance et le tournant vers l’économie de marché n’ont pas entraîné pour eux les années de chaos et d'exil qui frappèrent la plupart des Etats ex-communistes.

Dès 1985, un ambitieux programme de développement de la recherche ("2000 chercheurs pour l’an 2000") s’est poursuivi durant toute cette période troublée, permettant la formation de quelque 250 nouveaux scientifiques chaque année. Aujourd'hui, la Slovénie consacre 1,57% de son PIB à la R&D, ce qui la place assez près de la moyenne de l’Union.

Le secteur privé assure 53% de l’effort de recherche national – là aussi, un assez beau score – mais, pour atteindre l’objectif européen des 3% du PIB consacrés à la R&D d’ici 2010, il faudra nécessairement accroître la participation des entreprises.

L'impact des restructurations dans le privé
Or, l'économie sort à peine d’une sévère période de restructuration. Depuis la dislocation de l’ex-Yougoslavie, il y a à peine plus de dix ans, les fleurons de l’industrie slovène ont presque tous été rachetés par des groupes étrangers. Ainsi le producteur de pneus Sava est devenu la propriété de Goodyear, le fabricant de produits pharmaceutiques Lek appartient désormais au suisse Novartis et le premier industriel du pays est le constructeur automobile français Renault depuis des décennies. Toutes ces sociétés disposent de leurs propres laboratoires de recherche, généralement situés dans leurs pays d’origine, et il semble très difficile de les convaincre de s’appuyer également sur les scientifiques "locaux". Ce n’est qu'au prix de beaucoup de temps et d’énergie que les laboratoires slovènes parviennent à arracher ce type d'intégration.

Quant aux nombreuses PME, elles luttent le plus souvent pour leur survie et disposent de peu de moyens pour la recherche. "Dans bien des secteurs, notre appareil de scientifique est plus développé que notre appareil industriel, ce qui nous pose immanquablement des problèmes de stratégie", résume Tamara Lah, directrice de l’Institut National de Biologie.

Des traditions-atouts
Le centre de RMN (Résonance Magnétique Nucléaire) slovène, situé à Ljubljana, est un département de l'Institut National de Chimie. Il a obtenu le titre de Centre d'excellence européen pour ses travaux sur les propriétés physiques, chimiques et biologiques de la matière, et notamment sur la structure spatiale des protéines. Le laboratoire possède un spectromètre d'une puissance de 600 MHz. Il s'équipera prochainement d'un appareillage de 800 MHz, qui devrait conforter sa position de pôle régional, rayonnant sur l'Italie et l'Autriche voisines. Ci-dessus, Janez Plavec, directeur du centre, insérant un échantillon dans le spectromètre.
Le centre de RMN (Résonance Magnétique Nucléaire) slovène, situé à Ljubljana, est un département de l'Institut National de Chimie. Il a obtenu le titre de Centre d'excellence européen pour ses travaux sur les propriétés physiques, chimiques et biologiques de la matière, et notamment sur la structure spatiale des protéines. Le laboratoire possède un spectromètre d'une puissance de 600 MHz. Il s'équipera prochainement d'un appareillage de 800 MHz, qui devrait conforter sa position de pôle régional, rayonnant sur l'Italie et l'Autriche voisines. Ci-dessus, Janez Plavec, directeur du centre, insérant un échantillon dans le spectromètre.
Au-delà de ces difficultés, les atouts de la recherche slovène sont solides. Elle jouit tout d'abord d'une forte tradition d'ouverture vers l'extérieur, elle aussi maintenue du temps d'un socialisme qui n'était guère aligné sur les verrouillages pratiqués dans l'ancien bloc de l’Est. "Même dans les années soixante, il n’y avait pas vraiment de problème, en dehors des questions financières, pour sortir du pays", se souvient Matjaz Omladic. "Nous pouvions facilement assister à des congrès si l’on consentait à manger des sandwiches tandis que nos collègues étrangers allaient au restaurant."

De nombreux chercheurs ont ainsi fréquenté l’Europe occidentale et les Etats-Unis. Ils y ont noué des contacts, souvent bien plus vivaces qu’avec les anciennes démocraties populaires. "Sous Tito, l’université de Ljubljana avait autant de liens avec celles de Graz, en Autriche, ou de Trieste, en Italie, qu’avec les institutions de Zagreb ou de Belgrade", précise Matjaz Omladic.

Certaines institutions représentent des bastions traditionnels de cet esprit d'ouverture. "Nous avons toujours été draconiens dans notre politique de formation des chercheurs, auxquels nous demandons de faire au moins une période de post-doctorat à l’étranger", explique Vito Turk, directeur du Joseph Stefan Institut, premier des centres nationaux de recherche slovènes, fort de 350 scientifiques. Lui-même s'est formé en Arizona avant d'enseigner en Italie, en Allemagne, en Argentine et au Japon. Il est membre de nombreuses institutions scientifiques européennes (notamment la Fédération européenne des sociétés biochimiques, dont il a été plusieurs années secrétaire général) et jouit d'un statut de referee dans plusieurs revues scientifiques internationales de renom.

Records de participation
Le résultat de cette politique extravertie se concrétise en quelques chiffres. La Slovénie, depuis son indépendance en 1991, a conclu quelque 600 projets de recherche bilatéraux avec des pays aussi différents que les Etats-Unis, la Chine, Israël ou la Turquie. Parmi les projets de coopération financés par l'Union européenne, on en dénombre près de 800 à participation slovène(2), dont 244 pour le cinquième programme-cadre. "Parmi les nouveaux membres, notre taux de participation est le plus élevé, et nous sommes déterminés à faire encore mieux dans l'actuel programme-cadre…", souligne Albin Babic, chargé des activités de coordination internationale au Ministère de l’Education, de la Science et des Sports.

Nul besoin donc, sur les rives de la Ljubljanica, de vanter la nécessité d’une Europe forte et intégrée. De par sa petite taille et sa tradition, la Slovénie en est bien convaincue. Et elle n’aspire qu’à y jouer son rôle.

(1) Voir RDT Info n°41, mai 2004.
(2) Jusqu'en 2001.


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  • Nombre de chercheurs : 6 562 (chiffre 2000), soit 4,5 chercheurs pour 1 000 actifs (moyenne UE : 5,5).
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      L’électricité au service de la médecine

    "Il est interdit de circuler en roller dans les bâtiments." Les affiches apposées dans le grand hall de la très classique Fakulteta za Elektrotehniko de l'Université de Ljubljana dégagent une ambiance universitaire branchée sur l'air du temps. On est ici au cœur d’une des institutions de recherche les plus dynamiques et les plus impliquées sur la scène internationale du pays. En participant à 22 projets dans le seul cinquième programme-cadre, elle s'est offerte plus de 10% des crédits de recherche européens octroyés à la Slovénie. Sa particularité ? Une longue tradition de développement d'applications au service de la médecine, qui s’explique notamment par le haut niveau du système de santé slovène. Depuis des décennies, on vient de nombreuses régions d'Europe centrale se faire soigner à Ljubljana, notamment en raison de la réputation parallèle de son Institut d’Oncologie, fondé en 1928.

    Développement de circuits électroniques (voir médaillon à droite) pour des applications d'électroporation (transfert d'ADN dans des cellules via des impulsions électriques appliquées à leur membrane). Dans le médaillon inférieur, protéine rendue fluorescente après électroporation.
    Développement de circuits électroniques pour des applications d'électroporation (transfert d'ADN dans des cellules via des impulsions électriques appliquées à leur membrane). Dans le médaillon inférieur, protéine rendue fluorescente après électroporation.


    Damijan Miklavcic, 40 ans, vice-doyen de la Faculté d’Electrotechnique, en dirige le laboratoire de biocybernétique. Son équipe travaille sur le passionnant phénomène de l’électroporation, une propriété physiologique des membranes cellulaires. Lorsque celles-ci sont soumises à des impulsions électriques d'une intensité soigneusement appropriée, leur perméabilité augmente et permet l'absorption de molécules qui, "normalement", ne peuvent franchir la barrière de protection cellulaire. Cette technologie bio-électrique, qui a notamment été approfondie dans le cadre du projet européen Esope, est déjà utilisée sur des patients pour augmenter l’efficacité des chimiothérapies. L’électroporation pourrait également permettre d’introduire des séquences d’ADN dans des cellules soigneusement ciblées. C’est l’objet de Cliniporator, une autre recherche soutenue par l'Union dans laquelle la faculté joue un rôle de premier plan. Ces travaux semblent ouvrir de très intéressantes possibilités à la thérapie génique.

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      L’environnement au premier plan

    La Slovénie possède une variété d’écosystèmes étonnante en regard de sa superficie. Depuis les fonds méditerranéens au large de Koper jusqu’au sommet enneigé du Triglav, à plus de 2 800 m d’altitude, s’étend une succession de milieux naturels originaux et préservés : forêts mixtes, plaines alluviales, prairies sèches, lacs de montagne... La sauvegarde de ce riche environnement est une préoccupation nationale et nombre d'habitants sont attachés à divers loisirs liés à la nature. Cette sensibilité a son pendant en termes de recherche. Plusieurs institutions (laboratoires universitaires, centres forestiers ou agronomiques, etc.) consacrent des volets d'activités significatifs aux problèmes de protection écologique et de développement durable.

    Le Lac Noir (50 km de long), encerclé de forêts dans le massif de Pohorje. © Kodia Photo & Graphis/ Jože Hanc
    Le Lac Noir (50 km de long), encerclé de forêts dans le massif de Pohorje.
    © Kodia Photo & Graphis/ Jože Hanc

    Situé dans un faubourg verdoyant de Ljubljana, l’Institut National de Biologie (NIB)(1) joue dans ce domaine un rôle majeur. Il possède notamment une antenne marine à Piran où se mènent diverses recherches interdisciplinaires sur les écosystèmes et l'halieutique, en collaboration avec plusieurs institutions internationales. Les chercheurs s’intéressent tout particulièrement à la dynamique planctonique, notamment aux proliférations désastreuses d'algues qui souillent périodiquement l'Adriatique et à leurs relations avec les activités humaines (agriculture, déchets domestiques, aquaculture, etc.).

    Le NIB possède également un département consacré à la recherche sur les écosystèmes d’eau douce terrestres, impliqué dans plusieurs projets européens de surveillance de l’environnement – par exemple celui qui concerne les lacs d’altitude, via le projet Emerge. Une autre section, spécialisée dans l’écotoxicologie, mène des travaux passionnants, en particulier sur les toxines générées par les cyanobactéries présentes en eau douce. Ces microcystines sont des protéines, dont le NIB a montré qu’elles sont toxiques non seulement pour le foie mais aussi pour le cerveau, favorisant l’apparition de tumeurs en cas d’exposition durable, par exemple via l’eau de boisson.

    Le petit port de Piran, sur l'Adriatique, abrite l'antenne marine de l'Institut National de Biologie (NIB). © EPA Photo/STR
    Le petit port de Piran, sur l'Adriatique, abrite l'antenne marine de l'Institut National de Biologie (NIB).
    © EPA Photo/STR

    L’Institut de Biologie s'intéresse également à la physiologie végétale, notamment aux facteurs de croissance, aux OGM ou encore aux infections des plantes par les virus. Un laboratoire s’occupe de neurobiologie des invertébrés tandis que la physiologie des insectes, notamment leurs systèmes de communication, est étudiée dans le cadre de différents partenariats, entre autres avec l’Institut National de Recherche Agronomique Français, l’université californienne de Riverside, l’université de Gottingen et celle du Queensland en Australie.

    (1) Le NIB est le troisième en importance des instituts nationaux, après l’Institut Josef Stefan et l’Institut de Chimie.

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      Chiffrer la recherche

    • Nombre de chercheurs : 6 562 (chiffre 2000), soit 4,5 chercheurs pour 1 000 actifs (moyenne UE : 5,5).
    • Proportion de chercheuses : 35,2% (2000).
    • Pourcentage du PIB consacré à la recherche (1999) : 1,57% (moyenne UE : 1,86 %).
    • Progression annuelle moyenne de la dépense R&D (1995-99) : 6,5% (moyenne UE : 3,3%).
    • Publications scientifiques par million d’habitants : 516 (moyenne UE : 613)
    Même si elle se situe sous la moyenne européenne pour différents points, la Slovénie devance souvent des pays bien plus grands et membres de l'Union de longue date.

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