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Santé et environnement

Du benzène et des villes

  
  

IAméliorer les technologies automobiles, mettre en place des politiques de dissuasion de la circulation dans les centres urbains, promouvoir les transports alternatifs… Autant d'armes contre les émissions nocives.

Les taux de concentration du benzène dans l'air urbain atteignent des niveaux de plus en plus élevés au fur et à mesure que l'on descend vers le Sud de l'Europe. Telles sont les conclusions d'une étude menée dans six villes européennes par le laboratoire ERLAP, du Centre Commun de Recherche. Un constat renforçant la récente proposition de directive "Qualité de l'air " présentée par la Commission qui, pour la première fois, fixe une limite à la présence de ce composé cancérigène émis par les automobiles.

Branle-bas de combat contre le benzène. Ce composé organique volatil n'est certes qu'une émission très secondaire parmi les polluants émis par les pots d'échappement des voitures (sa production résulte d'une combustion incomplète des hydrocarbures dans les moteurs à explosion) mais sa nocivité cancérigène est établie, en particulier comme facteur de risque important dans l'apparition des leucémies. Aucun seuil légal de concentration n'existant jusqu'ici, peu de mesures suivies sur l'importance de sa présence dans l'air urbain n'ont cependant été effectuées.

C'est pour combler cette lacune que la Direction Générale de l'Environnement de la Commission (DG XI) a demandé au Laboratoire de Référence Européen pour la Pollution de l'Air (ERLAP) - une installation gérée par l'Institut de l'Environnement du Centre Commun de Recherche, à Ispra (I) - de lancer une large campagne de mesures, à l'échelle européenne. Le projet, appelé MACBETH (1), s'est déroulé dans six villes tests du nord au sud de l'Europe : Copenhague (DK), Anvers (B), Rouen (F), Padoue (I), Murcie (E) et Athènes (GR). Il associait plusieurs partenaires nationaux dans les différents pays concernés (2).

Innovants, très petits, peu coûteux, aisés à poser, les capteurs Radiello enregistrent le taux de benzène avant d'être acheminés vers des stations
de contrôle.

Des capteurs nommés Radiello

Pour procéder à des évaluations des niveaux de concentration de la pollution de l'air à l'échelle urbaine, ERLAP a mis au point une technologie d'échantillonnage innovante et particulièrement avantageuse en termes de coût. Traditionnellement, les mesures complètes de qualité de l'air exigent des appareillages automatiques assez perfectionnés dont les résultats, transmis automatiquement et en temps réel, sont ensuite analysés. Le prix élevé de telles installations, établies en un nombre limité d'endroits, restreint fortement les possibilités de contrôle de la qualité de l'air sur de grandes étendues.

"Pour contourner le problème, explique Emile De Saeger, responsable de l'ERLAP, nous avons développé des dispositifs capteurs de pollution ultra simplifiés, baptisés capteurs diffusifs, qui peuvent être utilisés pour détecter divers polluants aériens. Réduits à la taille de petits tubes à essai (7 cm de long, 1 cm de diamètre), ils contiennent un matériau d'absorption, capable de capter le polluant par diffusion moléculaire. Le coût du capteur Radiello est minime - de l'ordre de cinq euros - et on peut en installer un très grand nombre sur de vastes superficies. Après quelques jours d'exposition, le niveau d'absorption de tous les échantillons recueillis est analysé en laboratoire. De véritables cartes de pollution peuvent ainsi être dressées."

Dehors, dedans, sur les individus

C'est grâce à ces capteurs Radiello que les chercheurs de MACBETH ont pu mener, dans les six villes européennes, une triple analyse de la pollution par le benzène en mesurant les concentrations observables dans l'air ambiant dans différentes parties des villes étudiées, les concentrations relevées dans les habitations et l'exposition directe des individus.

Benzène et latitude

 

"Durant les six périodes d'observations, réalisées sur des tranches de cinq journées consécutives, des capteurs fixes ont été placés dans les différentes zones urbaines étudiées à raison de 100 sites par ville, dans les habitations de citadins volontaires et non-fumeurs - 50 personnes par ville -, ainsi que sur ces mêmes volontaires qui ont porté le capteur Radiello sur eux. Nous avons suivi deux groupes de personnes. D'une part, un échantillon de population en principe moyennement ou peu exposé directement au trafic automobile, et passant une large part de son temps dans des lieux fermés - notamment des étudiants et leurs professeurs. D'autre part, un groupe dont la profession présentait des conditions à haut risque d'exposition - tels que les chauffeurs de bus et de taxis et les agents de maintenance des voies publiques."

L'inégalité devant le risque

Les résultats de MACBETH ont été présentés lors de la Conférence internationale sur la qualité de l'air en Europe (3) qui s'est tenue à Venise du 19 au 21 mai 1999. Ils ont montré combien les citoyens européens sont loin d'être égaux devant la menace du benzène. Pour les niveaux ambiants, on passe d'une moyenne de 3,3 µg/m3 à Copenhague à 24,9 µg/m3 à Athènes. Il existe nettement une progression caractéristique de la pollution au benzène lorsque l'on passe des villes plus nordiques aux villes méridionales. Plusieurs variables devront être prises en cause pour expliquer cette différence, dont sans aucun doute l'intensité du trafic et les plans de circulation adoptés, l'influence du climat et de la météorologie, le mode de vie ou encore la structure du tissu urbain bâti.

Un second constat ressort clairement : les taux de concentration du benzène dans les lieux fermés sont, de façon générale, paradoxalement supérieurs aux niveaux ambiants extérieurs. Un enseignement qu'il faut certainement prendre en compte. Quant à l'incidence nocive sur les métiers à risques, elle se trouve confirmée.

L'automobile et la ville en question

L'étude MACBETH vient conforter la politique de qualité de l'air développée par la Commission européenne. Celle-ci vient de déposer, en décembre 1998, une nouvelle proposition de directive qui, pour la première fois, fixera un niveau de concentration limite pour le benzène. L'objectif proposé est d'atteindre un seuil jugé de précaution de 5 µg/m3 d'air urbain ambiant d'ici 2010. "Nos résultats montrent que le respect de ce taux de concentration ne paraît pas devoir poser de grands problèmes en Europe du Nord, commente Emile De Saeger. Par contre, les cotes alarmantes des villes méridionales exigent un effort d'abattement beaucoup plus considérable." La proposition de la Commission prévoit, à cet égard, qu'une évaluation des progrès pour la mise en oeuvre de la directive devrait être menée en 2004.

Quelles sont, en effet, les armes dont les autorités urbaines disposent pour contrer la menace du benzène ? Celles-ci s'inscrivent, bien évidemment, dans le débat complexe de la place de la voiture dans les villes. La solution peut venir, en partie, de l'amélioration croissante des technologies des moteurs à combustion et de la réduction de leurs émissions nocives. Les mesures de limitation du trafic, déjà utilisées de manière brutale dans des grandes villes comme Paris ou Athènes lors de certains pics de pollution, ont fait leurs preuves - et ont même été acceptées beaucoup plus positivement que prévu par les citoyens. Cette problématique implique, en tout cas, de réfléchir à des politiques de dissuasion (plans de circulation, voire péage d'accès urbain) et à la promotion des transports alternatifs.

(1) Monitoring of atmospheric concentration of benzene in European towns and homes.
(2) Fondazione Salvatore Maugeri (I), Miløundersøgelser (DK), Universidad de Murcia (E), Vlaamse Instelling voor Technologisch Onderzoek (B), Institut National de l'Environnement et des Risques (F).
(3) Air quality in Europe : challenges for the 2000s : cette conférence était organisée conjointement par la DG XI, le CCR et la Fondazione Salvatore Maugeri.

Contact
Emile De Saeger,
ERLAP
E-mail: emile.de-saeger@jrc.it

L'ERLAP, la référence de l'air en Europe

Créé conjointement par la Direction Générale de l'Environnement (DG XI) et le Centre Commun de Recherche en 1994, l'ERLAP a pour première mission d'assister la Commission européenne dans la préparation des directives sur la qualité de l'air. Il coordonne aussi, au niveau européen, l'harmonisation des mesures entre les réseaux de contrôle nationaux pour l'application de toutes les réglementations communautaires déjà en vigueur. ERLAP est doté d'une instrumentation de pointe pour l'analyse des polluants atmosphériques les plus divers - et notamment de deux laboratoires mobiles. Le laboratoire conduit également des études pilotes - telles celle menée sur la détection du benzène décrite ci-contre.

 

   
  

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