Au terme d'un processus qui aura duré plus de deux ans, le Conseil des ministres européens de la recherche vient donc d'adopter, le 22 décembre, en co-décision avec le Parlement, le cinquième programme-cadre. Fixé à 14,96 milliards d'euros, son budget représente par rapport au programme précédent une augmentation de 4,6%, ce qui, dans le contexte budgétaire actuel, traduit bien l'intérêt que portent les Etats membres à la recherche européenne.
J'aimerais souligner que ce nouveau programme-cadre représente davantage que la simple poursuite de ceux qui l'ont précédé. Nous avons, en effet, réussi à lui imprimer des inflexions significatives : avec lui, nous passons d'une recherche axée sur la performance pour elle-même à une recherche focalisée sur les problèmes socio-économiques qui se posent aujourd'hui à notre société. En outre, les moyens disponibles ont été concentrés sur des priorités soigneusement ciblées afin d'éviter le saupoudrage financier qui limitait trop souvent l'impact de nos efforts.
J'ai souligné à plusieurs reprises les lourdeurs et les inconvénients de la procédure actuelle, en particulier celles qui découlent du mode d'adoption du programme-cadre à l'unanimité. Cette règle fait que les priorités de recherche de l'Union risquent d'être surtout le reflet de priorités nationales et sectorielles et non l'expression de ce que devrait être une politique européenne au plein sens du terme. Fort heureusement, le traité d'Amsterdam permettra d'adopter les futurs programmes à la majorité qualifiée, ce qui devrait permettre d'en faire évoluer les contours autant que les contenus.
Le nouveau programme-cadre sera lancé officiellement au cours de la conférence d'Essen des 25 et 26 février prochains (voir page 14). Pour l'ensemble des chercheurs et les industriels européens, il constituera un instrument unique de planification stratégique tout au long des cinq années à venir. C'est bien sûr un événement important pour les différents acteurs de la recherche et de l'innovation. Mais son intérêt et son impact dépassent largement le cadre de ces milieux spécialisés : il permettra, en effet, à la société européenne tout entière de tirer un bénéfice accru des progrès technologiques qui marquent notre entrée dans le XXIème siècle, notamment en ce qui concerne la création des emplois de qualité dont nous avons tant besoin.
Voilà pourquoi nous avons voulu accompagner ce lancement d'un effort particulier en matière d'information : les effets de la conférence d'Essen seront prolongés en particulier par la publication de ce numéro spécial, qui présente l'ensemble des "actions-clés" du cinquième programme-cadre, et le développement de l'information électronique consacrée à la recherche communautaire.
Cet effort d'information est d'autant plus nécessaire que ce programme s'ouvre plus que jamais aux petites et moyennes entreprises. Jusqu'à présent, celles-ci éprouvaient de réelles difficultés à participer à nos programmes. Ce constat nous a incité à prévoir des mesures particulières qui leur en faciliteront l'accès afin de stimuler leur capacité à l'innovation et à la création d'emplois dont elles sont le principal vivier.
Si, pour conquérir de nouveaux marchés, il nous faut investir davantage dans la recherche, il est également nécessaire de tout mettre en oeuvre pour donner à l'innovation un environnement plus favorable qu'il ne l'est aujourd'hui.
C'est ce qu'offre précisément ce programme-cadre. Il n'est pas seulement conçu pour soutenir la recherche ou le développement de technologies : il est également doté d'outils qui permettront d'aider au transfert de technologies, de faciliter l'accès au capital-risque, de renforcer la protection des droits de propriété intellectuelle et de développer les ressources humaines.
Le cinquième programme-cadre propose une nouvelle donne pour la recherche communautaire. Son succès dépend maintenant de la mobilisation effective de l'industrie et des chercheurs autour de ses grands objectifs. C'est en associant la créativité de ses entreprises et l'excellence de ses instituts scientifiques que l'Europe créera la richesse dont elle a besoin pour l'équilibre de la société et l'épanouissement de nos concitoyens.