Le sexe compte dans la recherche en sciences de la vie
Le projet GenderBasic montre que le sexe des sujets est de la plus haute importance dans les recherches en sciences de la vie. C’est donc un facteur que les scientifiques doivent prendre en compte.
Du fait des différences biologiques (sexe) et sociales (genre), plusieurs
maladies et affections ne comportent pas les mêmes risques chez les
hommes et chez les femmes. Par exemple, le risque de sclérose en plaques
(une maladie chronique qui affecte le système nerveux) est deux
fois plus élevé chez les femmes que chez les hommes. En revanche, le
risque d’attaque cardiaque est plus élevé chez les hommes. Les femmes,
quant à elles, souffrent d’une forme différente de maladie cardiaque, qui
peut aisément passer inaperçue lors de tests habituels.
Qui plus est, les hommes et les femmes réagissent souvent très différemment
aux médicaments. Malheureusement, ce facteur est encore trop
souvent négligé par les scientifiques, qui n’en tiennent pas compte
lorsqu’ils conçoivent et réalisent des recherches, puis analysent leurs
résultats. De ce fait, beaucoup de femmes sont soumises à des tests et
reçoivent des médicaments qui n’ont été testés que chez les hommes.
L’UE s’est penché sur ce problème et a demandé que les projets financés
dans le cadre des programmes-cadres de recherche et de développement
technologique (RDT) soumettent un plan d’action prenant
en compte le sexe des participants. Malheureusement, des évaluations
ont montré qu’il y avait souvent un fossé entre le contenu de ce plan
et la réalité.
Le projet GenderBasic propose un ensemble d’outils pratiques,
d’exemples et de recommandations de meilleures pratiques pour
aider les scientifiques à intégrer plus efficacement à leurs travaux les
différences de sexe et de genre.
EN SAVOIR PLUS
Revenir à la base du problème
L’équipe du projet, dirigée par le docteur Ineke Klinge de l’université
de Maastricht, aux Pays-Bas, a analysé les facteurs qui ont facilité ou
freiné l’intégration de la dimension hommes-femmes lors de recherches
fondamentales, précliniques et cliniques, dans certains projets
en sciences de la vie financés par l’UE et dans des instituts de recherche
européens de pointe. Elle a également appelé les experts
internationaux spécialisés dans les domaines du sexe, du genre et de
la santé, à rédiger des articles critiques sur les problèmes méthodologiques,
pratiques, éthiques et financiers relatifs à ces questions,
ainsi que sur l’impact du sexe et du genre sur un certain nombre de
maladies et d’affections. Ces articles ont été publiés dans une édition
spéciale de la revue Gender Medicine (Vol. 4, Suppl. B, Déc. 2007).
En se basant sur leurs analyses, les scientifiques de GenderBasic ont
émis un ensemble de recommandations pour aider les scientifiques,
les agences de financement, l’industrie pharmaceutique, les gouvernements
et les autres parties intéressées, à s’assurer que les différences
de sexe et de genre reçoivent l’attention qui leur revient.
Quand la vie dépend du genre
Les articles commandités par le projet montrent à quel point la vulnérabilité
aux maladies diffère selon le sexe. Par exemple, avant la
puberté, l’asthme est plus courant chez les garçons que chez les filles.
À l’âge adulte, cette tendance s’inverse et la maladie devient plus courante
chez les femmes. Les scientifiques supposent qu’une
combinaison de changements hormonaux et de susceptibilité génétique
contribue à ce changement, au cours de l’adolescence.
Entre autres choses, le communiqué préconise davantage d’études
sur les animaux, afin de déterminer les différences entre mâles et
femelles, ainsi que leur susceptibilité aux facteurs hormonaux et environnementaux
en relation avec le développement des poumons. Il
souligne également qu’il est important d’étudier les différences de
réponse aux traitements.
Un autre article révèle comment une gestion déséquilibrée des genres
peut avoir des conséquences négatives pour les hommes. Il traite
des recherches sur l’ostéoporose et les risques de fracture. Les hormones
sexuelles jouent un rôle important dans le développement
osseux et, du fait de différences dans le niveau de ces hormones, les
hommes ont des os plus solide du point de vue structurel et encourent
donc moins de risque de fractures que les femmes.
Actuellement, notre compréhension de l’ostéoporose et des risques
de fracture est essentiellement fondée sur des recherches réalisées
sur des femmes. En outre, la plupart des médicaments utilisés pour
traiter l’ostéoporose n’ont été testés que sur des femmes. Par contre,
on manque de données détaillées sur les hommes.
L’ostéoporose et les risques de fracture sont déjà sous-diagnostiqués
chez les femmes, mais le problème est encore plus sérieux chez les
hommes. Par ailleurs, comme les femmes sont plus souvent contrôlées
que les hommes, leurs problèmes sont généralement détectés
à un stade plus précoce.
Dans ces deux exemples, l’étude de l’impact du comportement lié au
genre, en ce qui concerne le développement et la gestion de la maladie,
a été mis en exergue. L’importance de l’étude de l’interaction du
sexe et du genre, d’un point de vue cumulatif à l’échelle d’une vie
entière, est donc fermement à l’ordre du jour des recherches.
Combler le fossé: recommandations sur les innovations en matière de genre dans la recherche
Si la communauté de la recherche souhaite s’attaquer à ce problème
sérieux, il faut agir sur de nombreux fronts. Les partenaires du projet
recommandent, entre autres, que les études, les recherches et les
essais cliniques portent à la fois sur des hommes et sur des femmes.
Si ce n’est pas le cas, les chercheurs doivent expliquer leurs raisons.
Par ailleurs, les résultats doivent être détaillés en fonction du sexe.
L’impact du sexe sur la santé devrait également être pris en compte
par ceux qui mènent des recherches sur les animaux, ou sur des tissus
d’origine humaine.
Les agences de financement de la recherche sont appelées à promouvoir
les travaux mettant en rapport les dimensions biomédicales et
sociales, y compris les aspects liés au genre. Les comités éditoriaux
des revues sont encouragés à demander des articles présentant des
données ventilées par sexe, et donnant des explications suffisantes
sur les différences dues au sexe et au genre.
Parallèlement, les chercheurs de GenderBasic poursuivent leur objectif
visant à intégrer les questions de sexe et de genre dans les
recherches. Ils sont particulièrement désireux d’utiliser leurs résultats
dans un module de formation. Destiné aux chercheurs, ce module
aborderait la place du sexe et du genre dans les recherches biomédicales
et la santé publique.
«Pour les recherches en sciences de la vie et dans le domaine de la
santé, il est important de tenir compte des différences des sexes, aussi
bien au niveau moléculaire que social», commente le docteur
Klinge. «Le projet a bien montré que les experts disposaient d’une
grande expertise concernant l’influence du genre dans les recherches
biomédicales et sur la santé publique. L’un de nos axes stratégiques
majeurs consiste à convaincre le public que la prise en compte du
sexe et du genre n’est pas l’expression d’une position féministe, mais
qu’il s’agit bel et bien d’une question de qualité de la recherche.»