Les femmes atteintes d’un cancer du sein pourraient bientôt bénéficier d’un
traitement hautement personnalisé grâce aux outils de diagnostic mis au point par le projet TRANSBIG. TRANSBIG conduit notamment des tests cliniques majeurs afin d’évaluer l’efficacité d’un outil pour identifier les patientes nécessitant une chimiothérapie après l’intervention chirurgicale (la chimiothérapie adjuvante) et celles pour lesquelles cette démarche est inutile.
Si l’outil s’avère efficace, il évitera à de nombreuses patientes de suivre
une chimiothérapie adjuvante inutile et d’en subir les effets
secondaires désagréables. Il permettra aux systèmes de santé d’économiser
les dépenses liées à l’achat de médicaments dont les
patientes peuvent se passer.
TRANSBIG est coordonné par le Breast International Group (BIG) et
réunit 40 partenaires issus de 21 pays. Parmi eux figurent des universités,
des instituts de recherche et des hôpitaux spécialisés dans les
technologies biomédicales et le traitement du cancer, des associations
de patients, des organisations de lutte contre le cancer et de
petites entreprises du domaine biomédical. À partir des résultats
obtenus en laboratoire, son objectif est de développer des outils que
les médecins pourront utiliser pour traiter plus efficacement le cancer
du sein.
Le cancer du sein en quelques mots
Dans les pays industrialisés, c’est le cancer le plus répandu chez les
femmes.Il touche une femme sur huit au cours de sa vie. Selon le
Centre international de recherche sur le cancer, on a diagnostiqué,
320 000 cancers du sein et enregistré 85 000 décès, rien que dans
l’UE, en 2006.
Lorsqu’il est diagnostiqué et traité rapidement, le cancer du sein peut
être guéri dans environ deux tiers des cas. Cependant, pour empêcher
une rechute après l’ablation de la tumeur, beaucoup de
patientes suivent une chimiothérapie ou un traitement hormonal.
Ces traitements s’accompagnent d’effets secondaires désagréables,
notamment des cancers secondaires, des problèmes cardiaques, une
ménopause précoce et une altération des fonctions cognitives.
Or, ces traitements ne sont pas toujours indispensables. On estime
que 12 à 20 % des patientes dont le cancer du sein a été décelé rapidement
sont «sur-traitées». Le projet TRANSBIG s’appuie sur les
résultats de la recherche fondamentale pour développer des outils
qui aideront les médecins à déterminer quelles patientes doivent
suivre le traitement, et le traitement le mieux adapté à chacune.
Le développement du cancer du sein varie en fonction des patientes.
En général, on évalue le risque associé à la tumeur à partir de critères
cliniques et pathologiques tels que l’âge de la patiente, la taille de la
tumeur, l’aspect des cellules au microscope (leur stade), la présence
d’hormones et celle de protéines HER-2 (le récepteur du facteur de
croissance épidermique 2) sur les cellules tumorales.
Les progrès réalisés, par exemple en génomique, ont permis de
mieux comprendre les différences biologiques entre les tumeurs.
Le cancer du sein est une maladie très hétérogène, dont les différentes
catégories se comportent de manière assez différente. Il faut donc
personnaliser davantage le traitement, en fonction de chaque cas.
Tester de nouvelles technologies pour personnaliser les traitements
La première initiative importante du projet est un essai clinique international
nommé MINDACT (MIcroarray for Node Negative Disease
may Avoid ChemoTherapy). Dans les cancers sans envahissement ganglionnaire,
les métastases ne se sont pas propagées aux ganglions
(noeuds lymphatiques), et le risque de récidive du cancer est plus faible.
Les patientes dans ce cas suivent souvent une chimiothérapie,
même si elle n’est pas nécessaire dans 15% des cas.
Le but de MINDACT est de comparer la méthode classique d’évaluation
de l’agressivité d’une tumeur avec une nouvelle méthode basée
sur la signature pronostique de 70 gènes (Mammaprint®), qui, comme
son nom l’indique, analyse l’activité de 70 gènes dans la tumeur. Des
recherches précédentes suggèrent que le modèle de «signature» de
ces gènes peut prévoir avec une bonne exactitude la probabilité de
récidive.
Dans le cadre de l’essai, un prélèvement de tissus de la patiente est
envoyé au laboratoire, qui le soumet aux tests classiques et au nouveau
test. Si les deux méthodes indiquent un faible risque de récidive,
la chimiothérapie n’est pas recommandée. Si les deux méthodes suggèrent
un risque élevé de récidive, la chimiothérapie est conseillée à
la patiente.
Si les résultats sont contradictoires, les patients sont traités en fonction
des résultats du test classique ou du nouveau. Bien entendu, toutes
les patientes participant au test sont suivies de près par des médecins,
tout au long du processus. Cette étude a porté sur 6 000 femmes, dans
250 institutions dans le monde entier.
Selon les partenaires du projet, l’utilisation conjointe du test sur 70
gènes et de l’analyse pathologique clinique habituelle se traduira par
une meilleure évaluation du risque de récidive. Sans oublier que 10 à
20 % des femmes dont le cancer n’a pas atteint les ganglions éviteront
la chimiothérapie… et ses effets secondaires.
Récemment, le test des 70 gènes a été validé comme outil dans le
traitement des cancers du sein impliquant un à trois ganglions. Par
conséquent, ces patientes pourront très prochainement participer
aux tests. Pour refléter cette évolution, le libellé du test MINDACT a
été complété (Microarray for Node Negative and 1 to 3 Positive Nodes
Disease may Avoid ChemoTherapy).
Léguer un héritage durable
Outre leurs activités de recherche, les partenaires sont engagés dans
des opérations de formation et de travail de proximité. Ils forment les
jeunes scientifiques et médecins, et collaborent étroitement avec des
associations de patients pour les informer des derniers développements
en génomique.
À long terme, les partenaires du projet espèrent faire de TRANSBIG
un réseau permanent de recherche contre le cancer du sein pour servir
de lien entre les chercheurs qui travaillent en laboratoire et les
médecins et patients en établissements de soin.
Mais le principal succès du projet TRANSBIG reste l’amélioration de
la vie de nombreuses patientes, qui n’auront plus à subir inutilement
une chimiothérapie adjuvante.