HERMES éclaircit les
mystères des profondeurs sous-marines d’Europe

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Le fond des mers d’Europe grouille de vie. On y trouve des zones de forte biodiversité, comme les récifs coralliens en eau profonde, et de profonds canyons. Le projet HERMES (Hotspot Ecosystem Research on the Margins of European Seas) apporte une nouvelle perspective quant à la localisation et au fonctionnement de ces oasis sous-marines, et particulièrement quant à l’impact des activités humaines sur celles-ci.

Grâce à des technologies de pointe, l’équipe du projet a fait d’importantes découvertes et a considérablement amélioré notre compréhension de cet univers caché. Ces études sont cruciales, car on cherche de plus en plus à exploiter les ressources biologiques, énergétiques et minérales des eaux profondes. Dans ce contexte, les scientifiques du projet HERMES communiquent leurs résultats aux décideurs politiques pour s’assurer que la prise de décisions concernant la gestion de nos ressources maritimes se fait sur la base des toutes dernières preuves scientifiques.

EN SAVOIR PLUS

Un univers inexploré

La plaine abyssale s’étend depuis la limite du plateau continental, à 200 mètres de profondeur, jusqu’au glacis continental, à environ 4 000 mètres de profondeur, où commence la plaine abyssale. En Europe, les marges continentales couvrent 3 millions de km2 et s’étendent sur plus de 15 000 km, de l’Arctique au nord à la Méditerranée au sud, et de l’Atlantique à l’ouest à la mer Noire à l’est.

Pourtant, cette zone si vaste reste largement inexplorée et mal comprise. Ce que nous savons, c’est que les grands fonds représentent un puits de carbone très important, et qu’à ce titre ils influencent les processus du changement climatique. C’est aussi un réservoir unique, mais largement inexploité, de ressources génétiques.

Le projet HERMES a pour but d’étudier ce monde sous-marin avant qu’il ne soit irrémédiablement modifié ou endommagé par le réchauffement planétaire et les activités anthropiques. Le projet met en particulier l’accent sur les «zones de forte biodiversité», où les conditions permettent la prolifération de nombreuses espèces, connues ou non.

Les 50 partenaires du projet proviennent d’universités, de laboratoires publics, d’organisations non gouvernementales (ONG), d’instituts de recherche et de sociétés privées, qui représentent 18 pays. Ces partenaires sont des experts en biologie marine, géologie, océanographie, biogéochimie, microbiologie, géophysique, modélisation et socioéconomie.

Ce projet est d’une importance vitale, car la plupart des marges continentales d’Europe se trouvent dans la Zone économique exclusive (ZEE) des 200 milles marins. Les états côtiers ont un droit exclusif sur les ressources marines dans cette zone, et pratiquent plus intensivement que jamais des activités telles que le chalutage de fond, l’exploitation des hydrocarbures et l’exploitation minière des fonds marins. Les informations issues du projet HERMES seront vitales pour permettre aux décideurs politiques de superviser le développement durable des ressources maritimes de l’Europe. C’est en effet le premier projet à intégrer des recherches pluridisciplinaires et à couvrir un large éventail d’environnements.

Aller au fond des choses

Ne serait-ce que pour la première moitié du projet, les partenaires d’HERMES ont lancé environ 80 expéditions tout au long des marges de l’Europe, notamment sur le talus au large des côtes scandinaves, la zone Porcupine-Rockall de l’Atlantique, l’ouest et l’est de la Méditerranée et la mer Noire.

Pour explorer ce monde caché, l’équipe a utilisé des appareils télécommandés équipés de caméras et reliés au bateau de commande. En outre, des outils spéciaux ont permis aux scientifiques de recueillir des données sur les zones de forte biodiversité, notamment les sources froides (où des fluides riches en hydrocarbures suintent du fond de la mer), les dômes et les récifs coralliens d’eaux froides ou encore les canyons et les zones anoxiques (où l’eau est pauvre en oxygène). Au fur et à mesure que les informations sont collectées, elles sont archivées et mises à disposition via le système d’information géographique (SIG) paneuropéen.

Découvrir un monde caché

L’une des découvertes les plus importantes du projet réside dans la relation établie entre la biodiversité et le fonctionnement des écosystèmes. Les scientifiques ont démontré que le fonctionnement des écosystèmes profonds est lié de façon exponentielle au nombre d’espèces qui les peuplent. En d’autres termes, si certaines espèces disparaissent en raison des activités anthropiques ou d’autres causes, l’impact sur ces écosystèmes sera catastrophique.

Une autre découverte a des implications sur le secteur de la pêche. Les pêcheurs capturent souvent des espèces autres que celles souhaitées, et ces «prises accessoires» sont rejetées. Beaucoup de ces espèces pêchées par accident vivent en grande profondeur. La pêche moderne peut exploiter des profondeurs de plus de 2 000 mètres, ce qui a un impact majeur sur les écosystèmes des grands fonds.

D’autres découvertes nous rappellent à quel point nous ignorons ce qui se passe sur nos marges continentales. En Méditerranée centrale, un «jardin suspendu» de corail a été découvert, qui croît vers le bas d’un récif; en outre, un récif corallien d’eau profonde, très riche, a été localisé au sud-est des Hébrides extérieures, au large de l’Écosse. Et même dans l’apparente désolation de la mer Noire, on a découvert des colonies microbiennes originales qui pourraient permettre de développer de nouveaux médicaments.

La surveillance des canyons sous-marins dans le nord-ouest de la Méditerranée révèle comment le phénomène saisonnier des plongées d’eau dense côtière (Dense Shelf Water Cascading ou DSWC) déplace une très grande quantité d’eau et de sédiments vers les profondeurs. Il remodèle le fond marin et réalimente en oxygène et nutriments ce monde caché, au bénéfice de bancs de crevettes qui présentent un certain intérêt économique. L’équipe d’HERMES a bien peur que le réchauffement climatique réduise la fréquence et l’intensité de ces phénomènes, et affecte ainsi les écosystèmes du fond et les organismes qui les peuplent.

Ailleurs, les scientifiques qui ont exploré les profondeurs de la mer Tyrrhénienne ont été horrifiés des montagnes de déchets qui envahissent le corail.

Faire passer le message

Les partenaires du projet ne ménagent pas leurs efforts pour traduire leurs découvertes en recommandations, de grande valeur pour les responsables européens de la gestion de l’environnement et des ressources des fonds marins. Par exemple, le panel d’experts en politique scientifique regroupe les scientifiques d’HERMES et des représentants des principales administrations, secteurs et organisations non gouvernementales (ONG) d’Europe. Par cette initiative comme par d’autres moyens, l’équipe du projet HERMES aide à s’assurer que les hautes instances soient informées de ce qui se passe au fond des mers.