Les produits de la mer sont notre pain quotidien
Les produits de la mer font l’objet de commentaires contradictoires: une consommation régulière nous assure longue vie et santé, mais ils sont souvent à l’origine d’intoxications alimentaires. Quels que soient leurs risques et leurs avantages, les produits de la mer sont régulièrement au menu des citoyens du monde entier. Les dernières statistiques disponibles, celles de 2002, montrent que leur consommation dans les pays développés atteint en moyenne 16,2 kg par an. À l’évidence, il est important d’en savoir plus sur les bénéfices et les risques de cette catégorie d’aliments.
Pour sa part, le projet SEAFOODplus se prononce en faveur d’une
plus grande consommation de poisson. Ce projet de très grande
envergure, réunissant 68 partenaires et des équipes de 14 États
membres de l’UE, plus la Norvège, l’Islande et le Canada, a soutenu
la confiance populaire dans les bienfaits de ces aliments. Ses résultats
sont actuellement utilisés pour promouvoir la consommation
de poisson. Les études sur l’avis des consommateurs concernant le
poisson et les fruits de mer facilitent ce processus, et les progrès
réalisés dans les méthodes de production améliorent la qualité de
ces aliments.
Les partenaires ont travaillé dans des exploitations piscicoles, des
laboratoires, des installations de transformation et des hôpitaux.
Leurs travaux se sont traduits par plusieurs résultats décisifs. Par
exemple, la découverte d’un micro-organisme responsable de l’empoisonnement
à l’histamine, et de nouvelles méthodes pour l’éviter
à l’avenir. L’équipe de SEAFOODplus a également analysé des données
épidémiologiques, découvrant ainsi de nouvelles preuves des
effets positifs sur la dépression postnatale.
EN SAVOIR PLUS
La clef à une vie plus longue et plus saine?
La consommation de 200 g de poisson par jour suffit à couvrir environ
la moitié des besoins journaliers d’un adulte en protéines. Le
poisson de mer apporte de l’iode, les espèces grasses contiennent
beaucoup de vitamines A et D, le poisson «maigre» apporte des
vitamines B, et les huiles de poisson sont riches en acide eicosapentaénoïque
(EPA), indispensable à la croissance et à la régénération
cellulaire.
L’un des résultats révolutionnaires du projet réside dans la découverte
d’une nouvelle source de sélénium pour l’alimentation. Le sélénium
a un effet antioxydant dans le corps, et tout porte à croire qu’il protège
contre le cancer. En général, l’apport journalier en sélénium est
insuffisant chez les Européens, et le poisson en est une source importante.
On peut augmenter la quantité de sélénium contenue dans la
chair du poisson en ajoutant à son alimentation, quelques jours avant
qu’il soit tué, de l’ail cultivé dans un sol riche en sélénium. Cet élément
se retrouve dans sa chair et participe au régime en tant qu’aliment
fonctionnel naturel.
La taurine est une autre substance apportée par le poisson et présentant
de grands bénéfices pour notre santé. Elle facilite le passage des
vitamines et des minéraux dans le sang, et stimule l’élimination des
graisses. Mais comme l’a montré l’équipe de SEAFOODplus, la taurine
est perdue en grande partie si le poisson est cuit à la vapeur, au microondes
ou frit. Pour préserver le maximum de taurine, il faut cuire le
poisson en papillote ou sur le grill. Ces résultats devraient modifier
les avis des nutritionnistes. L’équipe a également trouvé deux méthodes
pour enrichir le poisson en taurine. La première consiste à
injecter la substance, la seconde à faire mariner le poisson dans une
solution, en rotation dans un récipient cylindrique. Aucun effet secondaire
n’a été constaté, et les goûteurs ont été incapables de
reconnaître les échantillons enrichis en taurine.
L’équipe a également constaté les effets bénéfiques d’un régime riche
en poisson sur le contrôle du poids. Les volontaires de l’étude étaient
originaires de trois pays. Ceux ayant pris une capsule d’huile de poisson
par jour ont perdu 7kg en huit semaines. En plus de cette perte
de poids, les volontaires ont également bénéficié d’une réduction
des graisses dans le sang et d’une amélioration des taux de glucose
et d’insuline. Le taux de cholestérol a également diminué considérablement,
et encore plus chez les sujets ayant consommé trois portions
de poisson maigre par semaine.
Du poisson pour les uns, du poison pour les autres
Nous venons de répertorier une quantité de bonnes raisons de
consommer davantage de poissons et de fruits de mer. Pourtant, si
les partenaires du projet veulent convaincre les consommateurs, ils
doivent s’intéresser de plus près aux maladies qui résultent parfois
de la consommation de produits de la mer.
Dans ce domaine, l’équipe de SEAFOODplus a réalisé d’autres progrès
majeurs, qui pourraient permettre de réduire réellement les cas les plus
fréquents d’intoxication. Notons, par exemple, la découverte d’un
micro-organisme responsable de l’intoxication à l’histamine, même si
le poisson est conservé à basse température. Il semble que les études
précédentes n’aient pas détecté ce micro-organisme. L’équipe du projet
a élucidé les conditions dans lesquelles il se développe, et peut donc
proposer des conseils sur la façon de traiter les produits de la mer pour
éviter les intoxications alimentaires à l’histamine.
En outre, l’équipe a mis au point de nouvelles méthodes de détection
pour deux des virus les plus fréquemment rencontrés chez les mollusques
bivalves, ainsi qu’une technologie originale pour éviter la contamination,
en prévoyant les conditions favorables à la présence des virus. C’est ainsi
qu’une réaction en chaîne par polymérase en temps réel a permis de
détecter la présence du Norovirus ou de l’hépatite A. On peut donc garantir
aux consommateurs l’innocuité des produits de la mer.
Transformer le point de vue des consommateurs
Dans un monde idéal, ces découvertes scientifiques sur les bienfaits
pour la santé, ainsi que les nouvelles techniques qui réduisent radicalement
le risque d’intoxication, devraient suffire à convaincre les
consommateurs de l’intérêt de manger davantage de poisson.
Mais avant d’essayer d’influencer le comportement des consommateurs,
l’équipe de SEAFOODplus devait s’informer de leur état d’esprit. Les études
ont confirmé que, dans sa grande majorité, le public est conscient
des bienfaits du poisson sur la santé. Par contre, beaucoup n’apprécient
pas les arêtes, le goût ou l’odeur du poisson. L’équipe a donc conçu des
méthodes pour améliorer les produits à base de poisson, afin de les enrichir
en substances intéressantes du point de vue nutritionnel, et de
réduire les caractéristiques qui rebutent le consommateur.
Des questionnaires concernant les pratiques de pisciculture ont par
ailleurs permis d’évaluer les comportements des consommateurs. Ils
ont confirmé que les acheteurs apprécient la présence d’étiquettes
détaillant les conditions d’élevage du poisson, et préfèrent un environnement
exempt de stress.
Parmi les autres révolutions, citons une nouvelle technique de biologie
moléculaire qui accélère l’identification des espèces de poissons,
ainsi que l’étude de méthodes originales et plus douces pour le fumage,
la déshydratation et la stérilisation, basées sur la «technologie des
barrières». Les nouvelles méthodes apportent au consommateur des
avantages en matière de coût, de goût et de bienfaits, et sont en outre
plus efficaces pour les entreprises.
Les résultats auront un impact sur la société comme sur les entreprises:
la sensibilisation aux bienfaits de cet aliment augmente la
demande, tout en améliorant la santé des consommateurs. De leur
côté, les entreprises bénéficient de méthodes originales, durables et
efficaces, pour satisfaire cette demande.