INTRODUCTION

La marche vers l’égalité

© Shutterstock
© Shutterstock

Quel est le «poids» des femmes dans la science et la recherche en Europe? On l’évalue, depuis une décennie à peine, grâce à des statistiques tenant compte du genre. La mesure de leur sous-représentation est due au Groupe d’Helsinki, qui a fait un gigantesque travail de collectes de données, à travers les États membres, pour rendre visible le «quota» féminin dans la recherche. C’était en 1999, lorsque l’Union lançait son plan d’action «Femmes et Sciences».

Ces chiffres ont mis en lumière les trois principaux pièges qui guettent les chercheuses. Le leaky pipeline, tout d’abord. Si, au départ, des femmes sont largement présentes dans le pipeline de la recherche, ce conduit est ensuite parsemé de «fuites» et nombre d’entre elles disparaissent. Lorsqu’elles se maintiennent, elles se heurtent souvent à ce glass ceiling (plafond de verre), invisible et réel, qui réserve les postes de choix aux scientifiques masculins. Parallèlement, elles peuvent rencontrer un autre type d’entrave, le sticky floor (plancher collant), qui les confine à des tâches peu créatives, les empêchant de s’envoler.

De multiples solutions sont avancées – et certaines mises en œuvre, notamment à travers des projets soutenus par l’Union – pour contrer ces obstacles: changement dans l’enseignement des sciences, formations ou bourses spécifiques pour les femmes, mentoring, réseaux, etc. La situation des chercheuses reste cependant fragile et leur présence à des postes de responsabilité trop rare (8 % des postes de professeur, en moyenne).

La conférence Changing research landscapes to make the most of human potential – 10 years of EU activities in «Women and Science», organisée par la Commission, dressera un bilan de cette décennie et évaluera le chemin qui reste à faire pour accélérer ce processus d’égalité – ainsi que les moyens pour y parvenir. Un coup de projecteur important sera donné sur la modernisation des universités et des institutions de recherche, en chantier dans de nombreux pays européens. Ce mouvement peut représenter une opportunité toute particulière pour améliorer l’environnement de travail des chercheuses autant que des chercheurs.

Les annonces de politiques de changement avancent volontiers quelques maîtres mots: autonomie, ressources financières, compétition et excellence, partenariats université-entreprise, propriété intellectuelle, etc. Mais peu de ces concepts s’attachent aux ressources humaines – et encore moins à l’égalité des hommes et des femmes dans ces métiers. Or, si l’organisation de la science et de la recherche est au centre du débat, c’est le statut de l’ensemble des scientifiques qui doit être repensé. L’équilibre entre la vie privée et la vie professionnelle, les congés liés à la naissance des enfants, les possibilités temporaires de travail à temps partiel et/ou de télétravail, les horaires «acceptables» sont souhaités par les générations montantes. Un tel statut abolit les stéréotypes et les préjugés qui continuent d’entraver les talents des femmes. Une telle perspective aborde le travail des chercheurs en favorisant la mixité, gage d’une pensée plurielle et d’une égalité nouvelle.


Haut de page