Ethnic

Des couleurs pour la science

Très peu de jeunes issus de minorités – pourtant nombreuses en Europe – entreprennent des études scientifiques et techniques. Les raisons ne sont sans doute pas difficiles à deviner. Comment contrer cette situation et aboutir à une égalité des chances? Des pistes pédagogiques sont proposées par le projet européen Ethnic.

Au Royaume-Uni, les populations noires ou d’origine asiatique formaient, en 2006, quelque 21% des enfants de l’école primaire et 17% des adolescents de l’école secondaire. D'autres minorités (venant notamment du Maghreb et de Turquie) atteignent des proportions comparables dans différents pays de l'Union. Elles constituent un potentiel de ressources humaines qui, pour des motifs socioculturels, se trouve bien souvent écarté des meilleures écoles et des études supérieures. En 2003, le projet Ethnic s'est constitué pour sensibiliser à la science et aux technologies ces jeunes issus de minorités, leurs parents, leurs enseignants et, plus généralement, la communauté scientifique et les médias. Opérant dans six pays, les partenaires ont ciblé différents groupes de populations: des élèves d’origine afro-caribéenne au Royaume-Uni, turque en Autriche, philippine et péruvienne en Italie, ainsi que les importantes minorités roms de Hongrie, Slovénie et République tchèque.

Combattre les stéréotypes

"Le principal obstacle à la participation des minorités ethniques est l’existence de stéréotypes qui renforcent l’idée selon laquelle un scientifique est nécessairement un homme blanc issu de la classe moyenne-, explique Elizabeth Rasekoala, directrice de l'African-Caribbean Network for Science & Technology, réseau britannique particulièrement impliqué dans le projet. Le discours classique des ouvrages scolaires, des musées et des médias évite de souligner la nature véritablement universelle de la science. En raison de cette insidieuse image, y compris dans le miroir sociétal du monde des écoles, les enfants issus des milieux minoritaires (à l’instar des filles) ne se projettent pas en futurs chercheurs ou ingénieurs. Ils souffrent généralement d’un mauvais accès à la culture scientifique et de trop faibles attentes des professeurs à leur égard." Comment renverser cette vision figée? Visites de musées et d’installations scientifiques, groupes de discussions et de consultation, séminaires, apprentissage post-scolaire… Durant deux ans, plus de 130 événements ont permis à des milliers de jeunes de faire la connaissance de professions techno-scientifiques. En de nombreuses occasions, des chercheurs issus de différentes minorités ont accepté de rencontrer ces élèves, parfois sans grandes perspectives d’avenir, pour témoigner de leur propre parcours, incarnant ainsi le rôle de modèles alternatifs.

Nouvelles initiatives

S'appuyant sur ces nombreuses initiatives, les promoteurs du projet ont pu analyser les défis posés, élaborer des méthodes permettant d’améliorer la situation et les évaluer. Les informations récoltées à l’aide de questionnaires ont permis de mettre en lumière les entraves sociales et culturelles qui s’enchevêtrent pour détourner ces jeunes de la science. La plupart des expériences menées ont suscité un large intérêt dans des médias nationaux et régionaux. "Il est important que les groupes sociaux marginaux puissent s'intégrer au progrès socio-économique et parvenir à une meilleure cohésion sociale, expliquait à la BBC Miroslav Polzer, directeur de l'Austrian Science and Research Liaison Office (ASO) de Ljubljana. Elargir l'accès des minorités ethniques à l’éducation aux sciences et aux technologies est vital pour le développement de l'ensemble de la société."

Achevé en 2005, le projet Ethnic a donné lieu à de nouvelles initiatives dans plusieurs pays. Les partenaires slovènes et britanniques continuent, notamment, à développer des outils – essentiellement des guides de formation. "Accroître le potentiel des ressources humaines européennes pour les sciences et les technologies, expliquait Elizabeth Rasekoala lors du Forum science et société organisé par la Commission (Bruxelles, 2005), ne peut se faire sans se préoccuper de la diversité qui les caractérise. Les minorités sont désormais une part significative de ces ressources. Il faut que la société en prenne conscience et développe des solutions pour les inclure."

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