Roberta

Des robots et des filles

Comment encourager les écolières des cycles primaire et secondaire à envisager un avenir impliquant des sciences et des technologies? Un projet européen a trouvé une arme de séduction ludique: des robots d'un nouveau style, qui ne véhiculent pas de valeurs martiales et qui les rassurent dans leurs propres capacités…

Les jeunes Européennes représentent à peine 20% des futurs ingénieurs, électroniciens et physiciens. Pourquoi un tel manque d’intérêt de la part des filles pour les disciplines scientifiques et techniques? Comment susciter davantage de vocations dès leur plus jeune âge? Pour Gerhard Kraetzschmar, du Fraunhofer Institute for Intelligent Analysis and Information Systems, coordinateur du projet européen Roberta Goes EU, "les facteurs cruciaux pour la motivation et l’intérêt des filles ne sont pas les sujets techniques en eux-mêmes, mais la façon de les présenter avec une pédagogie adaptée. Nos recherches démontrent ainsi que la participation aux formations Roberta améliore leur confiance dans leurs capacités à traiter des objectifs et des sujets techniques." Recourir à la robotique à des fins éducatives n’est pas franchement neuf. Concevoir, construire, programmer et tester un engin mobile et autonome – qui marche, roule, communique, réussit des acrobaties ou esquisse des pas de danse – conduit les jeunes, dès la préadolescence, à s’initier, tout en jouant, au développement de systèmes techniques. Une séance d’une journée permet d’apprivoiser des notions de science, de technologies, d’ingénierie électrique, de mécanique, de robotique et des technologies de l’information. "L’attraction exercée par les robots et l’approche ludique font tomber les inhibitions et réduisent les scepticismes, expliquent les promoteurs de Roberta. Les enfants sont tellement fascinés qu’ils ont envie d’en savoir plus."

Question d'intérêt

Mais ni les projets habituels, ni les jouets disponibles sur le marché – souvent des voitures de course ou des engins de combat – ne séduisent particulièrement les filles. Le défi consistait à définir des domaines qui suscitent leur intérêt. "Elles sont davantage sensibles aux problèmes environnementaux. Nous avons cherché des modèles qui simulent les phénomènes naturels, en reproduisant notamment une colonie d’abeilles ou de fourmis à travers leurs modes de communication. Et nous constatons que ces domaines motivent également les garçons, alors que l’inverse n’est pas vrai." C’est donc tout l’apport du projet Roberta que de mettre au point des manuels didactiques et des logiciels spécialement conçus à leur attention. Un projet qui fait ses preuves en Allemagne depuis plusieurs années où il s’appuie sur des universités, un musée des sciences, un conseil pédagogique, un établissement scolaire, un centre de promotion de la femme et la division éducative de la firme Lego. En s’élargissant depuis 2007 à l’Autriche, l’Italie, la Suède, au Royaume-Uni ainsi qu’à la Suisse, le projet désormais européen permettra de traduire les cours de formation et d’adapter le matériel pédagogique à la situation de chacun de ces pays.

Succès féminins

L’attraction et la qualité des cours font l’objet d’une évaluation permanente auprès des enseignants et sont améliorées en fonction des remarques. A l’automne 2006, plus de 200 enseignants et quelque 2 600 élèves de 10 à 19 ans (dont 75% de filles) avaient participé à ces formations en Allemagne.

Une enquête conduite par l’université de Brême auprès de 800 participants (dont 81% de filles) indiquait que la plupart d’entre elles (94%) estimaient l’expérience amusante, la recommanderaient à leurs amis et amies (88%) et souhaiteraient bénéficier de davantage de cours de ce type (72%). Selon cette étude, une expérience, même d’une demi-journée, suscite l’intérêt pour la technologie, stimule le désir d’apprendre, renforce la confiance personnelle et apporte une dimension ludique à l'acquisition de connaissances.

Ces résultats ont encouragé l'essaimage à travers les pays partenaires (Autriche, Suisse, Italie, Suède, Royaume-Uni). D’ici la fin de l’année 2007, quelque 12 centres régionaux devraient former une centaine de professeurs et plus de 1 200 filles et garçons.

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