EUROSTARS

Dénicher les trésors cachés

Soutenir les PME investies dans la recherche technologique en vue de promouvoir la croissance économique, tel est le but du nouveau programme Eurostars, fruit d’un partenariat entre l’Union et Eureka. Une initiative qui devrait faire éclore les perles innovatrices d’Europe.

Les médicaments, un domaine où les PME peuvent jouer un rôle important. Ici, des microbilles à base de cyclodextrines. Ces molécules cages d’origine naturelle, permettant d’encapsuler diverses molécules, sont souvent utilisées en pharmacologie.© CNRS Photothèque/Hubert Raguet
Les médicaments, un domaine où les PME peuvent jouer un rôle important. Ici, des microbilles à base de cyclodextrines. Ces molécules cages d’origine naturelle, permettant d’encapsuler diverses molécules, sont souvent utilisées en pharmacologie.
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Les cellules cancéreuses ont une remarquable capacité à «repousser» les médicaments utilisés contre elles, c’est une des raisons pour lesquelles la profession médicale désespère d’une guérison complète contre le cancer. Une méthode des plus subtiles employées par ce type de cellule contre les attaques thérapeutiques est d’envelopper et de détruire la molécule médicamenteuse au sein de vésicules cellulaires appelées endosomes. Les tentatives pour contrer ce mécanisme n’ont connu jusqu’ici qu’un succès mitigé. Mais des scientifiques de l’entreprise norvégienne PCI Biotech pensent être sur la bonne voie: outre le médicament, ils injectent des photosensibilisateurs dans la zone touchée. Ceux-ci sont absorbés dans la membrane endosomiale qu’ils réduisent à néant lorsqu’ils sont éclairés. Libérée de cette entrave, la molécule thérapeutique peut dès lors atteindre le «coeur» de la cellule.

L’innovation de PCI Biotech a tous les airs d’un traitement miracle qui pourrait sauver des milliers de vies. Mais commercialiser de telles thérapies est très coûteux et la concurrence est rude dans le domaine de la technologie médicale. Toutefois, PCI Biotech, financée par le nouveau programme Eurostars – un fonds d’innovation européen spécialement destiné aux PME – est à deux doigts de voir son produit gagner les hôpitaux. Eurostars financera des recherches cliniques, grâce auxquelles les scientifiques exploreront les moyens d’illuminer la tumeur en insérant une fibre optique à travers la peau ou les cavités du corps.

«On a déjà une expérience substantielle d’utilisation de photosensibilisateurs dans les thérapies contre le cancer, mais pas en ce qui concerne la libération de la molécule de l’endosome. Notre technique d’éclairage de l’endosome est tout à fait originale», explique Anders Høgset, directeur scientifique de l’entreprise. Un des principaux effets de la technique sera l’amélioration de la précision avec laquelle les thérapies contre le cancer peuvent être dirigées vers la tumeur.

Un démarrage en trombe

PCI Biotech est une des quelque 200 entreprises européennes ayant bénéficié du fonds Eurostars. La société a reçu 1,1 million d’euros. «Pour une entreprise comme la nôtre, c’est beaucoup d’argent», commente Anders Høgset. Comme la plupart des bénéficiaires d’Eurostars, la PME est déjà active depuis quelques années mais cherche à franchir un nouveau seuil dans son évolution. Elle emploie neuf personnes et a été introduite à la bourse d’Oslo en 2008. N’ayant pour l’instant aucun revenu, elle fonctionne uniquement grâce aux subventions de recherche et aux investisseurs. Lorsque sa technologie sera «prête à l’emploi», cette PME vendra ses licences à des entreprises pharmaceutiques.

Pour croître, les petites entreprises peuvent lever des fonds auprès d’investisseurs ou d’actionnaires privés, d’entreprises spécialisées dans le capital à risque, ou via la bourse. Mais c’est au début de leur existence qu’elles ont le plus besoin de soutien. Pour Bernd Reichert, chef de la division PME à la DG Recherche, elles sont un levier indispensable pour le développement économique européen, puisqu’elles constituent 99 % des entreprises. «Elles sont responsables de la création de beaucoup d’emplois et sont un des moteurs de l’innovation.»

C’est pour cette raison que le programme Eurostars a vu le jour. Géré par Eureka, son succès étonne déjà ses créateurs. 25 % des fonds sont versés par la Commission européenne qui a budgétisé 100 millions € jusqu’en 2013. Le reste provient des 32 pays participants.

«Eurostars est le premier programme qui donne la priorité absolue aux PME actives dans la recherche et le développement. Ses objectifs sont définis autour des besoins et des souhaits des PME», explique Bernd Reichert, ajoutant que si les PME peuvent bénéficier des programmescadres, les formalités qu’impliquent ces derniers sont généralement coûteuses et prennent surtout trop de temps. C’est là qu’intervient Eurostars, dont le but principal est d’aider les PME à commercialiser leurs produits aussi tôt que possible pour accélérer leur maturation. «Les PME hi-tech ne peuvent pas se permettre d’attendre, car leurs marchés évoluent très vite», relève Bernd Reichert. «Avec la procédure Eurostars, beaucoup plus rapide, nous espérons permettre aux PME d’innover à un rythme soutenu.»

Place aux étoiles montantes

Les projets durent maximum trois ans avec pour objectif d’amener les entreprises à mettre leurs produits sur le marché dans un délai de deux ans, une fois le projet achevé. Ce ne sont pas les start-ups qui ont la priorité, mais les sociétés employant jusqu’à 35 personnes et ayant déjà réalisé une bonne partie du parcours qui mène au développement d’un produit ou à sa commercialisation. Les projets se concentrent également sur les sociétés investies dans la recherche technologique et qui y consacrent au moins 10 % de leur chiffre d’affaires. Les bénéficiaires opèrent surtout dans des secteurs hi-tech comme l’informatique, la télécommunication, la technologie biomédicale et les matériaux de fabrication industrielle.

«Lorsque nous avons lancé le premier appel, en 2008, nous ne nous attendions pas à autant de demandes des PME spécialisées dans la technologie. Nous ignorions même qu’il en existait autant», se souvient Michel Vanavermaete, responsable du programme Eurostars au Secrétariat Eureka. Les deux cycles de financement ont attiré des centaines de candidats, avec une moyenne de 3,5 partenaires et une demande de financement tournant autour de 2,9 millions € par projet. Michel Vanavermaete et ses collègues ont également été étonnés par les candidatures pertinentes de beaucoup de PME des pays les plus petits et les plus défavorisés de l’Union.

L’une des principales caractéristiques du programme Eurostars consiste à adopter une philosophie «bottom-up», en évaluant chaque cas selon ses propres mérites. Un objectif primordial est aussi d’aider ces entités locales ou nationales à devenir des entreprises d’envergure internationales, à la fois au sein et hors de l’Europe. «Nous voudrions repérer les entreprises qui se transformeront en Google de demain. Notre ambition pour l’Union est de voir se tisser de grandes sociétés à partir d’entreprises de taille moyenne. Nous estimons que c’est la bonne démarche à suivre», explique Luuk Borg, directeur d’Eureka. «Les entreprises dont le chiffre d’affaires a un taux de croissance élevé – allant parfois jusqu’à 180 % – sont particulièrement bienvenues.»

«Lorsque nous avons lancé le premier appel, en 2008, nous ne nous attendions pas à autant de demandes des PME spécialisées dans la technologie. Nous ignorions même qu’il en existait autant», se souvient Michel Vanavermaete, responsable du programme Eurostars au Secrétariat Eureka. Les deux cycles de financement ont attiré des centaines de candidats, avec une moyenne de 3,5 partenaires et une demande de financement tournant autour de 2,9 millions € par projet. Michel Vanavermaete et ses collègues ont également été étonnés par les candidatures pertinentes de beaucoup de PME des pays les plus petits et les plus défavorisés de l’Union.

Innovation dans l’Est

Le programme soutient également les PME du secteur de l’environnement, qui évolue à grands pas. L’énergie éolienne, qui s’étend largement à travers l’Europe, du Danemark au Portugal, génère des milliers d’emplois. Non seulement au sein des entreprises qui développent les projets mais également pour celles impliquées dans la fabrication et la fourniture de pales ou de pièces de rechange par exemple. Parmi ces PME, EC Electronics, basée en Pologne. Elle travaille sur la mise au point d’appareils capables d’identifier les défauts des éoliennes et fait partie d’un consortium plus important, le Smart Embedded Sensor System (SESS), fondé par le programme Eurostars et implanté en Pologne, en Estonie et au Danemark.

Le rôle d’EC Electronics dans ce consortium consiste à fournir le matériel nécessaire aux technologies de communication et de signalisation pour la surveillance des pales d’éolienne. EC Electronics a déjà permis de développer des produits nécessaires à la surveillance d’autres «segments» d’éoliennes comme des boîtes de vitesse ou des tourillons, cylindres mobiles utilisés pour guider un mouvement de rotation.

«SESS vise à détecter les dommages qui peuvent apparaître dans les pales des éoliennes. Les analyses effectuées permettront de prédire si une fissure ou tout autre dégât risque de se propager, et de quelle manière elle le fera», explique Artur Hanc, directeur d’EC Electronics. «Un aspect unique de SESS est qu’il dépendra de systèmes de détection à la fois actifs et passifs. On pourra ainsi non seulement déceler les problèmes une fois qu’ils apparaissent, mais aussi ‘demander’ aux capteurs de passer en revue les points fragiles de la pale. Cela permet de mieux évaluer l’état structurel de ces points sensibles.»

Si aucun des bénéficiaires d’Eurostars n’a encore atteint l’envergure d’ «entreprise phare» sur la scène internationale, certains pourraient bien commencer à briller d’ici quelques années…

Elisabeth Jeffries

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